jeudi, mars 12, 2009

TERRITOIRE D’EVENEMENTS ET DE DEBATS : LE FESTIVAL D’AVIGNON ET SON PUBLIC



TERRITOIRE D’EVENEMENTS ET DE DEBATS : LE FESTIVAL D’AVIGNON ET SON PUBLIC

Le Conseil régional du Centre organise le 12 mars 2009 le Forum sur la Culture en région Centre dont le thème, entièrement centré sur les publics, sera : « Culture pour tous, Mythe ou réalité ? ». Cette journée, dont la coordination a été confiée à Bernard Faivre d'Arcier, a été précédée de cinq ateliers, organisés à un niveau départemental et pilotés par un opérateur culturel régional.

Dans ce cadre, les ateliers ont organisé une rencontre autour des « Pratiques culturelles événementielles : un public particulier », le 3 mars 2009 à Châteauroux.

http://www.cultureocentre.fr/index.php/alaune/show/actualitesid/925
Damien Malinas en collaboration avec Emilie Pamart


Qu’est-ce qui fonde « Avignon » ? Le Festival d’Avignon s’est créé dans un principe de participation des spectateurs. L’authenticité, en fait nous préférons la notion de régime de vérité, du Festival d’Avignon pour ses publics est liée à leur sentiment de participation à l’événement. Plus qu’ailleurs la capacité de fonder et de perturber le monde du théâtre et de la culture doit être palpable. Emmanuel Ethis rend compte de cette matérialité impérieuse autorisée par « la forme festival [… qui] crée véritablement un espace de confrontation qui rend possible les évaluations et les entre-évaluations des objets culturels par leur public. Une valeur culturelle doit être éprouvée par ceux qui la portent et la forme festivalière permet bien souvent cette épreuve. […] C’est ainsi que le Festival d’Avignon dans ses formes nostalgiques renouvelées a su capter à lui et former un public inédit qu’il faut prendre au sérieux et à qui on peut aujourd’hui attribuer le joli nom de « public médiateur » » .
Tous médiateurs ? Tous experts ? De la difficulté à enquêter
sur les publics du Festival d’Avignon


Avant que de présenter plus précisément ce que différentes approches en sociologie de la culture ont permis de mieux appréhender des mondes de la culture, il n’est pas sans intérêt de s’arrêter un instant sur la manière dont, en particulier à Avignon, les mondes de la culture considèrent parfois la sociologie de la culture. Souvent durant les enquêtes, on est en effet amené à expliquer : (1) à quoi et à qui vont servir les enquêtes, (2) qu’est-ce que « ces analyses supplémentaires » vont nous apprendre de plus de ce que l’on sait déjà, (3) pourquoi s’intéresser à des lieux comme Avignon où semble aller de soi et « ne pas se préoccuper de là où cela va plus mal ». Bref, là plus qu’ailleurs, il semble qu’il faille se justifier du travail de terrain que l’on mène auprès d’un public – de fait généralement très cultivé – qui, s’il répond volontiers aux questions qu’on lui pose, se pense fréquemment en mesure de pouvoir produire lui-même des analyses sur ce qu’il est d’une part et d’autre part, a souvent un point de vue sur ce qui est intéressant en matière de sociologie et sur ce qui ne l’est pas.

Il faut aussi dire que la forme festival plus que toute autre forme renvoie ses participants –producteurs, critiques, spectateurs- au statut de public. Nombreux sont les spectateurs qui, à Avignon, sont prédisposés à suivre les débats et se déclarent en quête d’échanges intellectuels.

Les sociologues des publics sont souvent dans une drôle de position par rapport à leur objet d’étude : « s’ils croient avoir compris quoi que ce soit à quoi que ce soit en comptant les spectateurs et en voulant les faire rentrer dans des cases ! ». Ainsi, un festivalier nous a
répondu lors d’un entretien : « Vous ne nous mangerez pas à la sauce socio ». Si le monde de la culture, tant chez ses producteurs qu’au sein de ses publics, est en mesure d’apprécier la société, on peut constater qu’il n’aime guère être apprécié par la sociologie : il ne se conçoit lui-même que très difficilement comme un objet d’étude. C’est ainsi et l’on pourrait citer Koltès qui, à sa manière, exprime fort bien ces hiérarchies : « les commerces vulgaires exigent de leurs clients des preuves de solvabilité, mais les boutiques de luxe devinent et ne demandent, ni ne s’abaissent jamais à vérifier le montant du chèque et la conformité de la signature ».

Passer par « l’entrée du public » est vécu par le monde de la culture comme un déni de sa capacité à représenter le goût du monde social en matière même de culture : on ne saurait réduire cette capacité à des sondages et des mesures d’audience et, c’est vrai ! Souvent on comprend que le caractère supposé réductionniste aux seules explications externes à l’œuvre dans les sciences sociales – le niveau de diplôme, l’origine sociale, l’appartenance professionnelle, le niveau de revenu – ne peut qu’être mis en échec par l’irréductibilité de la culture : l’expérience esthétique est inénarrable par autre chose qu’elle-même. S’il n’est pas question pour le sociologue de renoncer à ces explications « externes », on constate que la culture et ses pratiques sont un puissant lieu d’expression du social, dont elles sont à la fois le produit et le ferment, et que « ce serait ne pas traiter la valeur artistique comme la valeur qu’elle est socialement dans les faits de création et de réception que de la traiter comme n’importe quelle valeur sociale ou de traiter n’importe quelle autre valeur sociale comme elle » .

Entrée « public »

Si en 1968, Avignon a bien été le lieu de parole du monde de la culture se retrouvant après un Cannes annulé, il n’est pas sûr que l’Avignon de 2003 se soit construit comme un véritable espace de parole, du moins politique. Ce n’est que l’année suivante, autour du problème de la professionnalisation et des conditions de travail d’un milieu, focalisé autour de la définition du statut de l’intermittence, que sont réapparus en masse des politiques de tous bords, ceux-là mêmes qui depuis quelques années désertaient le festival en dehors de la journée dédiée à eux-mêmes. En 2003, ce n’était pas le cas et, on peut être conduit à penser que le choix politique de l’État a été de laisser Avignon jouer son rôle de soupape de sûreté pour préserver le Festival de Cannes soumis à des enjeux de politique extérieure pensés comme plus sensibles aux yeux de l’opinion internationale.

Cette écologie conflictuelle affairant à la forme festival a été intégrée par les rationalités des spectateurs avignonnais. Les jugements se revisitant dans le temps en sont symptomatiques. Éclairés sous ce jour, ils ne peuvent plus être lus comme fatuité et inconséquence : les critiques journalistiques avignonnaises ne peuvent s’expliquer par une « douce hystérie promulguée par des frustrés de l’art » , et les spectateurs ne sont pas de simples girouettes qui vont là où le vent les pousse enfermés exclusivement dans des comportements dictés par ce que Pierre Bourdieu appelle la bonne volonté culturelle de la petite bourgeoisie d’exécution : « les membres de la petite bourgeoisie d’exécution présentent au plus haut degré les traits, qui font d’eux la réalisation la plus accomplie de la petite bourgeoisie, comme le culte de l’effort autodidacte et le goût de toutes les activités qui ont en commun de demander surtout du temps et de la bonne volonté culturelle » .

La question qui ressort chaque année, et plus encore à chaque crise institutionnelle, est bien celle du maintien du festival – du “In” comme du Off – dans ses formes. Ceci peut se décrire avec les mots du “désordre rituel”, comme le fait Denise Lawrence, quant à ce qui se joue chaque année lors de la Doo Dah Parade : “Ritual disorder in modern society is problematic because, although ritual processes are similar (than preliterate societies) because the forms they take in complex societies are not easily identified. Some argue that tribal rites of rebellion cannot be maintained in complex and highly fragmented modern societies because they are too threatening to the social order and those in power. When aspects of ritual and symbolic disorder are institutionalized, however, they represent a process of transition from collective spontaneity to social structure. Turner exemplifies one approach in his definition of normative communitas : “the attempt to capture and preserve spontaneous communitas in a system of ethical precepts and legal rules”” .

Ce désordre rituel du festival n’est pas contradictoire avec le fait que cela soit un même et seul groupe, communitas, qui permet à nos sociétés modernes de gérer le conflit et d’apprendre des règles. Pour le sociologue, il n’y pas un In et un Off, mais par exemple, il n’y a qu’un seul Festival d’Avignon et il prend l’entrée des publics pour étayer cette affirmation.
Qu’est-ce que décrire l’activité interprétative des publics ? Quels sont les signes interprétables de l’activité interprétative des spectateurs et des publics ? Un des premiers signes interprétables de leur activité interprétative qui peut venir à l’esprit est les applaudissements. On pourrait se contenter de mettre en place un applaudimètre et de recueillir un taux d’applaudissement. On pourrait aussi confronter ces signes d’une activité interprétative à la contrainte préétablie entre l’œuvre et son dispositif de diffusion ; on entend par ici que les mêmes formes de réaction à une œuvre ne prennent pas le même sens selon le dispositif dans lequel elles s’intègrent (festival, théâtre traditionnel, petites salles, salles à très grande capacité, etc.). Dans ses notes de service, Jean Vilar avait, on le constate développer une attention très particulière aux réactions que le public pouvait avoir – notamment ses manifestations par l’entremise des applaudissements – , l’amenant à réfléchir précisément à la question de l’œuvre et du dispositif : « Je voudrais user – encore une fois –de votre bonne amitié pour vous demander de bien vouloir m’aider à résoudre ce nouveau problème, qui a trait aux rapports public – acteurs. Il s’agit des applaudissements en cours de jeu. Et si je pose en tout premier lieu la question sur le plan des « matinées étudiantes », c’est que peut-être le caractère débridé des applaudissements de notre juvénile et généreux auditoire, autorise plus encore la recherche d’une sorte de règle » .

Applaudir prend des formes différentes selon les territoires culturels, ne serait-ce que par la durée : un français qui a assisté sur Broadway à la représentation d’une comédie musicale ou encore à un match de Hockey sur glace à Montréal trouvera les applaudissements très courts par rapport aux applaudissements qu’il observera au Festival de Cannes, au Festival d’Avignon, au Moulin-Rouge ou au Stade de France. Expliquer ces différences par l’appartenance territoriale d’une population qui compose un public trouve ses limites dans le caractère international de certaines de ces manifestations qui pourtant, on le constate, définissent elles aussi un diapason temporel des applaudissements plus ou moins longs en fonction du public rassemblé. « Essayons alors – nous dit Paul Veyne dans L’inventaire des différences - de prendre un peu de recul ; essayons de faire de la sociologie, la théorie de tout cela. Car tout cela doit se structurer en cinq ou six concepts, en quelques variables, en un jeu de quelques lois, de quelques tendances ou de quelques contradictions et, tant que je n'aurais pas mis à nu ces articulations, je ne saurai pas ce qu'est vraiment mon événement. D'autres mettront ensuite ces concepts à l'épreuve sur d'autres périodes de l'histoire, feront jouer ces variables pour essayer de réengendrer d'autres événements, éprouveront ces lois pour former un discours cohérent : c'est cela, une science ».

Pour nombre de chercheurs en sociologie et en sciences de l’information et de la communication , un public n’a aucune des propriétés d’un groupe officiel : ni permanent, ni limité, ni coercitif ; il n’a pas fait l’objet d’un travail de définition sociale établissant le statut de qui est spectateur et de qui ne l’est pas ; il doit son existence à un acte participatif et sa survie à la reproduction de cet acte participatif. Il est vrai que la notion de public, tout comme la notion de spectateur, pose, en réalité, les mêmes questions que la sociologie pose à l’individu et à la société à laquelle il appartient : qu’est-ce qu’il y a de social dans l’individu ? Quelle est la part de l’individuel qui entre dans la formation du social ? En ce qui concerne le public et le spectateur ou l’enquêté, on est, par analogie, conduit aux mêmes remarques : quelle est la part collective qui taraude le spectateur ? En quoi les réactions des spectateurs ou des enquêtés peuvent-elles se penser comme l’addition de réactions individuelles qui peuvent donner l’illusion d’une communauté que l’on peut appeler public ?

Ces questions devraient se reposer à nouveaux frais chaque fois que l’on décide de mettre en chantier une étude de public. Si l’on essaie de dresser l’inventaire des différents modes d’approche des publics mis en œuvre dans l’ensemble des travaux existants, on peut répertorier cinq types d’approches. Chacune de ces approches a privilégié un découpage et une accroche particulière des publics de la culture, chacune étant porteuse, en conséquence, d’un mode de production de connaissances qui lui est propre. Tentons de voir comment ces différentes approches pourraient se décliner sur l’exemple des publics du Festival d’Avignon :

- L’étude de son public en tant qu’institution particulière : l’institution « Festival d’Avignon » ;
- L’étude des pratiquants d’un secteur tout entier, le théâtre, le cinéma, par extension : la place du Festival d’Avignon au sein du secteur théâtral en France ;
- L’étude des pratiques d’une strate particulière de la population, cela autorise ensuite le croisement d’une strate particulière et d’une pratique particulière, par exemple : les moins de vingt-cinq ans et la pratique de La Cour d’Honneur ;
- L’étude des réactions de la population à l’offre culturelle d’une ville, d’un quartier, d’une région, Avignon, et par extension, en ce qui concerne l’offre culturelle de la ville d’Avignon et la réaction de sa population, quelle place y tient le Festival ?
- L’étude des pratiques culturelles de l’ensemble de la population française. Cinq mille individus de plus de 15 ans interrogés à leur domicile répartis selon des quotas afin que les variables soient représentatives de toute la nation selon le lieu d’habitation, la profession du chef de famille, son niveau de revenus, d’éducation, etc. On obtient une approche ainsi pour la société française le poids relatif de chaque type de pratiques mesuré en pourcentage : le poids relatif de la pratique festivalière au sein de la pratique théâtrale des français.

Une limite de ces enquêtes, c’est qu’elles ne permettent pas de saisir finement de quelles manières les pratiques culturelles se métissent avec les pratiques concurrentes en matière de loisir ou comment, plus important encore, elles peuvent ou non résister aux formes de divertissement que certains nomment « anticulturels ». La forme festival permet d’interroger la façon dont se métissent une pratique culturelle et activités liées au travail, vacances…

Une autre grande limite, parmi d’autres, de ces enquêtes tient au fait que la plupart d’entre elles n’appréhendent pas les conditions de la réception des œuvres. Notamment en termes de sociabilité , par exemple, 90% des sorties au musée se font accompagnées et c’est un des dispositifs les moins interrogés. On comptabilise de la même façon quelqu’un qui reste une heure ou dix minutes. Cannes nous a montré l’importance de ce qui encadre la pratique et de ce qui fait que l’on le considère comme faisant partie intégrante d’une activité, voire d’une pratique en soi . Inversement, les arts de la rue comme la notion de festival interrogent le minimum requis pour qu’une relation spectateur-œuvre existe ou que le badaud devienne un festivalier. Où se trouve l’essence pour employer d’autres termes qui nous transforme en spectateur et de spectateur en public. Il est que les arts de la rue permettent de reposer des questions limites sur les publics :

- Qui sont les spectateurs ? ou encore Qui sont les festivaliers ?
- Où commence et où finit le public dans l’espace et dans le temps ?
- Ont-ils conscience dans les dispositifs d’interpellation publique d’être sollicités en tant que spectateurs ? en tant que festivaliers ?
- Qu’est-ce qui différencie l’attroupement autour du jongleur improvisé de l’attroupement autour de la voiture écrasée par un piano lâché accidentellement du cinquième étage ?
- Qu’est qui distingue le spectateur et le badaud ?
- Un festivalier est-il un habitant temporaire ?

Comme le social ne se dissout pas à l’aune de l’individu, l’idée de public ne se décompose pas complètement devant celle du spectateur, elle revient chaque fois qu’il s’agit de comprendre l’ « être ensemble » inhérent au statut de spectateur.
Un festival est dans un territoire qui a un accent et a son propre accent car il invente son propre territoire

Le sociologue Bruno Péquignot souligne un problème crucial de la communication que le registre écrit de la parole sociologique est souvent bien en peine de rendre : l’intonation. Dans un ouvrage intitulé Sociolinguistique, William Labov s’intéresse aux façons de parler et leur mise en relation avec la stratification sociale dans trois grands magasins new-yorkais situés sur l’île de Manhattan. Les trois magasins dans lesquels Labov a enquêté étaient Saks (magasin de prestige), Macy's (prestige et prix moyens), Klein's (magasin populaire et bon marché). William Labov s’est présenté dans ces magasins et a amené un employé de magasin à prononcer “fourth floor“ en lui demandant où se situe tel ou tel rayon. Simulant, de ne pas avoir entendu, il obtient ainsi une seconde occurrence de la part des employés.

En fait, l’objectif était de faire prononcer le /r /. En effet, dans l'anglais des New-Yorkais, le r est parfois prononcé, parfois omis. En termes de phonologie classique, le phonème /r / comporte deux variantes libres [r] ou [Ø]. Parler de variante libre, c'est admettre « que l'un vienne aux lèvres plutôt que l'autre, c'est là une question de pur hasard ». Il se présente lui-même vêtu à la mode des classes moyennes et adopte une prononciation où le r correspondrait à l’accent d’un natif du New Jersey passé par l'Université. Si l’étude de William Labov porte, non pas sur les clients mais sur les employés, c’est que ces derniers proviennent dans leur ensemble des mêmes milieux professionnels. De cette façon, 264 sujets ont été interrogés. Pour chaque employé, Labov a noté le magasin ; l'étage et le rayon ; le sexe et l'âge estimé (par tranches de cinq ans) ; l'emploi (chef de rayon, vendeur, caissier, manutentionnaire) ; la race ; l'accent, étranger ou régional.
Jusque-là, les études statistiques ne confirmaient pas la conviction, pourtant répandue, que l'omission du /r/ caractérise les classes populaires. Finalement, les résultats montrent qu'il y a un rapport entre la production de /r/ dans le style informel lors de la première occurrence et la stratification sociale des magasins.

Un observateur sensible aux remarques de William Labov pourrait, sans doute, constater qu’une stratification liée à la prononciation de certains mots est également repérable à Avignon, et ce particulièrement en temps de festival. Alors que la manifestation brasse une grande diversité de populations au cœur de juillet, il vaut la peine d’analyser les manières de prononcer des mots aussi communs que celui de « festival ». L’évidence s’impose très vite. Tout le monde ne prononce pas le /a/ de festival de la même manière. On entend simultanément : Festiv/a/l, Festiv/a-a/l , Festiv/hall/ ou (plus provençal) Festiv/ale/. Que nous révèlent ces façons de dire ? Y aurait-il, au sein du Festival, des groupes identifiables par leur prononciation ou leur intonation ? Prononce-t-on de manière différente la dernière syllabe du mot selon qu’on est dans le « In » et dans le Off ? Est-ce que des facteurs autres que l’origine géographique et l’appartenance sociale sont en jeu dans la manière de faire plus ou moins traîner le /a/ de Festival ? Quelle est la signification de l’allongement tendanciel du /a/ ? Peut-on imiter une façon de dire festiv/a-a/l pour avoir l’air d’appartenir à un groupe plutôt qu’à un autre et masquer son ancrage social véritable ? Existe-t-il un conflit de reconnaissance mutuelle entre festivaliers inhérent aux prononciations du mot ? Ces façons de dire ont-elles pour fonction de légitimer la valeur que l’on accorde à des pièces, à des attitudes ou à des styles ? Il n’existe pas de réponse catégorique à toutes ces questions : il serait ridicule de vouloir diviser l’univers des festivaliers en groupes « réels » (Vauclusiens contre Parisiens, « professionnels » de la culture contre amateurs pétris de bonne volonté, etc.). Une rencontre de ce type suppose que l’on puisse aussi jouer sa carte de spectateur en se faisant passer pour un autre, ou, pour dire les choses plus sociologiquement, de marquer une « distance au rôle », de se détacher partiellement de soi-même dans une confrontation réflexive avec la bonne manière de dire, comme Erving Goffman en avait l’analyse. Chaque individu peut utiliser alternativement les différentes prononciations dans des contextes différents. Dans le brouhaha qui caractérise la manifestation, il n’est pas sûr d’ailleurs que les interlocuteurs décodent toujours la longueur du a de manière appropriée. La dimension festive et « participative » de l’affaire produit de l’ambivalence et du flou. Néanmoins, une chose est remarquable : pendant très longtemps, on a décrit le Festival d’Avignon comme “un festival parisien“. Or, les données produites par l’ensemble des enquêtes sur les publics d’Avignon montrent que les publics majoritaires en nombre sont des locaux ou des régionaux. Pourtant ce réajustement statistique ne parvient pas totalement à corriger l’impression que la manière parisienne de prononcer le mot Festival continue de dominer l’ensemble des discours.

En réalité, et ce n’est pas rien, les Parisiens représentent en moyenne 23 % du public et en constituent la troisième fraction la plus importante. Il faudrait aussi s’attacher plus longuement à décrire ce que c’est qu’être parisien : mais ceci est une autre histoire. Les habitants de la capitale sont loin d’être les seuls à conférer au Festival sa couleur sonore. On évoque aussi en ville la prononciation caractéristique d’un ancien directeur du Festival qui n’aurait pas été fâché d’avoir un festival plus parisien, tout en comprenant aisément l’avantage qui consistait à avoir un fond de public local et régional. Il est vrai qu’au Festival, on parle le plus souvent « pointu ». C’est ainsi qu’un phénomène étrange transforme une partie des publics locaux et régionaux : à l’oreille de leurs voisins comme à celle des touristes, ils ne sont soudainement plus du « coin » et on l’on peut entendre fréquemment des : « Ah bon, tu es avignonnais ? » qui témoignent de cette déstabilisation langagière. On remarque aussi que le Festival demande à ses participants, y compris avignonnais, d’éprouver un sentiment d’étrangeté, de dépaysement ou d’exotisme, à l’égard la ville linguistiquement transformée.

Le Festival a sédimenté au cours du temps des manières de parler et des façons de s’aborder, au café ou dans les files d’attente qui ont donné, peut-être autant que la programmation, son style unique au Festival. Un véritable lexique de l’action culturelle s’y est constitué : la décentralisation, la démocratie culturelle, le théâtre public, l’institutionnel, l’alternatif, le « In », le Off, le Off-Off, le hors-champ sont devenus des termes familiers : autant de lieux de mémoire langagiers qui s’apparentent aux espaces théâtraux ou au souvenir de soirées héroïques. Le Festival d’Avignon est toujours bien autre chose que de simples soirées théâtrales : il est le lieu d’élaboration, par des acteurs très divers et souvent anonymes, d’une configuration politico-culturelle dont il n’est pas d’autre exemple.

Un festivalier se construit
Dans sa pièce intitulée Oleanna, David Mamet, l’écrivain et scénariste, au travers de John, professeur d’université s’adressant à Carol, une étudiante, avec qui il est en conflit, personnifie ce problème d’ajustement social :

CAROL. Mais comment pouvez-vous dire ça ? Que l’université…
JOHN. … C’est mon boulot, vous ne savez pas ?
CAROL. Quoi ?
JOHN. De vous provoquer.
CAROL. Non.
JOHN. Et si, pourtant.
CAROL. De me provoquer ?
JOHN. Exactement.
CAROL. De me mettre hors de moi ?
JOHN. Parfaitement. De vous obliger à …
CAROL. Votre travail consiste à me mettre hors de moi ?
JOHN. De vous obliger à …écouter (Pause) : Ah. (Pause.) Quand j’étais jeune quelqu’un m’a dit, tenez-vous bien, que les riches copulent moins souvent que les pauvres. Mais quand ils le font, ils ont plus de vêtements à enlever que les pauvres. Des années durant. Des années, notez bien, j’ai comparé à ce dicton mes propres expériences, pour trouver, aha, ou que c’était le même principe, ou que ah, c’était une variante.
CAROL. Qu’est ce que cela voulait dire ?
JOHN. Rien. C’était un truc idiot qu’un camarade de classe m’avait raconté quand on avait dix ans, et qui n’a pas cessé de me tracasser. (Pause) Quelqu’un vous a dit que l’enseignement supérieur est un acquis indiscutable. Cette notion vous est si chère que ça vous met en colère si je m’avise de la remettre en question. Bon. Bon. Mais n’est ce pas précisément ces choses-là qu’il faut remettre en question ? Je prétends que, depuis la guerre, l’enseignement supérieur est devenu un tel acquis, et une telle nécessité mondaine, que ceux qui aspirent à faire partie de la nouvelle grande bourgeoisie doivent nécessairement épouser cette idée, c’est comme un droit imprescriptible, nous avons cessé de nous demander « À quoi ça sert ? ». (Pause.) Pour quelles raisons est-ce qu’on peut décider à bon escient de suivre des études supérieures.
Un : l’amour des études.
Deux : acquérir la maîtrise d’un talent.
Trois : une promotion sur le plan économique .

Par habitude, peu de crédit est accordé aux comportements des publics du festival qualifiables de rationnel. Bons élèves, suiveurs, pèlerins, snobs, au mieux découvreurs, quand elles ne relèvent strictement de la bonne volonté culturelle, leurs pratiques sont subordonnées soit à de la magie, soit à du grégarisme. Peu interroge le public de théâtre comme Denis Guénoun lorsqu’il questionne l'assemblée théâtrale (la collectivité formée par le public et les acteurs) dans sa nécessité : du sens de cette réunion au regard porté sur ceux qui sont en dehors. On ne demande pas pour quelles raisons est-ce qu’on peut décider à bon escient d’aller [au théâtre au Festival d’Avignon] ? Et on doit encore moins répondre :

• Un : l’amour [du théâtre ou-et du Festival].
• Deux : acquérir la maîtrise d’un talent [d’une expertise].
• Trois : une promotion sur le plan [social par une valorisation de sa culture].

> Un : l’amour
Les deux dernières modalités ne recouvrent pas l’ensemble des différentes manières de participer au festival et lorsqu’elles sont investies par des spectateurs, il est bien évident, que la fréquentation de l’objet théâtral, le « Un : l’amour », ne doit pas être évacuée du fait du même de leur fréquentation festivalière. L’amour avignonnais est débordant, est une forme de latin love qui met en écho le festival et la scène : venir au Festival d’Avignon, c’est aller jusqu’à incarner des conflits de classes dans une catharsis prodigue jusque dans les rues et les bars. Il ne faut pas surinvestir uniformément les spectateurs de cette intention en imaginant un public militant du théâtre en permanence à tous les coins de rue, même si à tous les coins de rue, le théâtre est en discussion. Dans sa forme, le Festival d’Avignon propose une idéologie où tout le monde peut prendre part ou sa part de conflit.

> Deux : acquérir la maîtrise d’un talent
Les festivaliers construisent une expertise à Avignon, car c’est un lieu de définition de la qualité artistique, en laissant aux individus la capacité de la définir et de l’attribuer aussi bien à des objets prestigieux intellectuellement qu’à des objets vulgaires [C’est un lieu de] relativi[sation de ] de la distinction hiérarchique établie entre les professionnels de la culture et les simples usagers, la compétence à juger de l’art n’étant pas réservée aux artistes reconnus professionnellement et aux produits de leurs activités. . Le monde du Festival confronte une expertise ordinaire et la professionnelle. La distinction devient encore plus ténue et, même, ambiguës au regard de ces critiques amateurs par la presse locale engagés et non rémunérés. De la même manière, la présence de professeurs mais aussi le statut des myriades de stagiaires interroge Avignon, à la fois, comme lieu de formation au monde la culture et comme lieu de professionnalisation.

>Trois : une promotion
Ce point est important, car il définit, y compris et même particulièrement, chez ceux qui pratiquent assidûment et fidèlement, ce que les festivaliers ramènent avec eux d’Avignon : une appartenance au monde du théâtre et le rôle de prescription culturelle que l’on peut endosser sur son propre territoire culturel et géographique.


Un public se constitue…

Une question qui mérite d’être posée à toute enquête sur le public est bien celle esquissée dans l’introduction en rappelant l’histoire du bateau de Thésée que les Athéniens conservèrent en l’état au fil des ans en substituant aux vieilles pièces de bois des pièces neuves : quelle est la part de permanence et quelle est la part du changement qui composent cette entité que l’on désigne sous la représentation, l’idée, le mot, voire le concept de « public » ? Pour le dire autrement, de quoi dépend cette dynamique qui nous donne, jusque dans les chiffres statistiques, l’illusion que parler du ou des publics de telle ou telle institution a un sens alors même que l’on constate, sur la durée, combien les entrées et les sorties de nombre de spectateurs sont fréquentes et qu’il nous est impossible de prétendre que l’on a toujours affaire au même public ?

En corollaire à ces deux questions et à l’histoire du bateau de Thésée rapportée par Plutarque, il s’agirait, de se demander - et c’est là la question qui articule l’ensemble de ce travail – si, pour décrire l’identité d’un objet, il n’est pas, avant toute chose, essentiel de se demander s’il existe (ou non) un principe qui régule la permanence et le changement de ce qu’il est, et donc de ce qu’il devient. Est-ce que la fréquence et l’ordre des opérations de réparation qui permettent de maintenir en l’état le bateau de Thésée n’est pas un indicateur tout aussi important pour dire ce qu’est ce bateau que ne l’est le nombre et la forme de pièces qui la composent ? De fait, lorsque l’on pose cette question, on se doit également d’interroger ce dont dépendent cette fréquence et cet ordre des opérations de changement des pièces du bateau qui assurent sa pérennité. De la même manière, l’enquête sur les spectateurs d’Avignon, parce qu’inscrite sur une longue durée, permet d’approcher permanence et changement de l’entité « public » du festival ; de la même manière également, l’on peut se demander si la dynamique à l’œuvre qui implique que de nouveaux spectateurs arrivent et que d’autres abandonnent la manifestation au fil du temps n’est pas tout aussi importante pour éprouver « l’identité » du ou des publics avignonnais que ce que laisse saisir une sociomorphologie détaillée des pratiques de ses spectateurs.

En poursuivant l’hypothèse sous-jacente au renouvellement des spectateurs, on pourrait ainsi penser que pour être à Avignon, il faut avoir envie de « trouver sa place » ; pour revenir à Avignon, il faut pouvoir « la retrouver ». Ces changements dans la composition d’un public qui sont difficilement mesurables dans une structure culturelle qui reçoit des publics tout au long de l’année, deviennent, pour l’observateur, manifestes d’un festival à l’autre lorsqu’un an minimum sépare deux participations festivalières. Cette période minimale entre deux participations festivalières correspond à ce qu’on appelle une hibernation. L’hibernation possède un pendant estival connu sous le terme d’estivation. Ce terme, qui caractérise à nos yeux le mode de fréquentation des festivals, peut être décrit en tant qu’une période d’engourdissement, une suspension des pratiques qui définit un rythme de fréquentation : les sorties aussi marquées que les entrées des participants dans une carrière décrivent, de fait, un régime intermittent de leurs pratiques culturelles. Pendant, combien de temps peux me passer d’une pratique qui m’est chère ? Et au-delà, quels sont les moyens que j’y mets ?

…puis on veut le renouveler

Le Festival d’Avignon est une épreuve corporelle pour ceux qui le font. Et c’est cette épreuve corporelle qui plus qu’ailleurs est censée garantir l’expérience esthétique : un moment marquant qui nous redonne depuis le présent à relire notre passé et nos projets.
Dès la fin avril, le montage de la Cour d’Honneur commence et ce n’est qu’au début du mois de septembre qu’elle est démontée. Dès juin, les compagnies du Off amènent puis stockent leur décor, installent leurs projecteurs, commencent les filages. Dans le Off, l’épreuve induite par le rythme et la durée du festival, aux alentours des vingt-cinq représentations, est redoublée par les changements quotidiens de décors : dans la journée, jusqu’à neuf spectacles peuvent se succéder sur la même scène et donc neuf installations et désinstallations de décors. Le festival nécessite de ses producteurs non seulement une tension corporelle longue et soutenue, mais aussi une affectation différente de leur corps. Par exemple, si l’attachée de presse a bien une fonction au Festival d’Avignon, son corps est désaffecté par ses interlocuteurs habituels dans les équipements implantés à l’année . En effet, lorsqu’il y a une demande de contact plus développée avec les producteurs de la pièce que celle qui existe lors de sa représentation, les journalistes comme le public sollicitent le corps de l’artiste, celui du metteur en scène ou encore plus, le comédien. En fait, le corps de l’attaché de presse perd sa qualité de médiateur de l’œuvre théâtrale et de l’artiste : le dossier de presse est nécessaire mais insuffisant, l’artiste doit rencontrer directement le journaliste, le public. Cette sollicitation particulière du corps de l’artiste vient aussi du fait qu’au Festival d’Avignon, on sait que le metteur en scène ou le comédien sont aussi dans la ville et que l’on peut les voir, les rencontrer et même passer à l’occasion pour l’un d’eux. Le petit mythe construit autour de « la Civette, ce café-tabac sans couleur ni prétention […]cœur parlant du festival » , relève de cette coexistence des corps des producteurs du théâtre et du corps des spectateurs dans la ville : à la Civette, place de l’horloge, on pouvait croiser et parler avec Jean Vilar et Gérard Philipe.

La sollicitation et la réaffectation corporelles de ceux qui font le théâtre sont liées à cette coexistence avec le public dans la ville, mais les conditions mêmes de la scène sont plus rudes car les vocations initiales des lieux accueillant du théâtre à Avignon ne sont pas, à l’exception de l’opéra-théâtre, en rapport avec leur office originel. Bien que les “garages“ réaffectés en théâtre aient fait une partie de la réputation inconfortable du Off, il faut remarquer que ces “garages“ étaient souvent à l’origine voués à d’autres usages, certes, parfois des écuries mais aussi des ateliers ou comme le théâtre de l’Oulle, situé place Crillon, une ancienne salle des ventes. À ces transformations fixes de lieux, il faut ajouter des réaffectations plus temporaires comme celles de cinéma de l’intra-muros qui pendant le festival transforment leur dispositif pour accueillir des spectacles. Les climatisations et l’équipement techniques de ces salles ont largement adouci les conditions de la représentation, néanmoins ce sont des conditions de production particulières au Festival. Il reste que la réaffectation théâtrale avignonnaise la plus emblématique est celle de la Cour d’Honneur du Palais des Papes depuis 1947 .

Cette sollicitation particulière, conséquente à la réaffectation de la ville et de ses lieux, ne concerne pas uniquement ceux qui font le théâtre, elle concerne tout autant ceux qui en sont les spectateurs, ses publics. Aller voir une pièce au festival, ce n’est pas aller traditionnellement au théâtre : à Avignon, on a chaud avec le comédien dans le Off et froid avec lui dans le In. Dans la mesure où, comme le souligne Jean-Marc Leveratto, « le spectacle est une épreuve par le corps des effets que des corps produisent les uns sur les autres, épreuve qui suppose mon consentement et celui de la société dans laquelle il s’inscrit » , le fait de la réaffectation festivalière et théâtrale de la ville et de ses lieux implique une sollicitation corporelle différente du spectateur. Plus qu’ailleurs, le spectateur partage une épreuve physique avec ce que Jean Vilar appelle la communauté des spectateurs mais aussi, les comédiens. Ainsi, en 2000, lorsque dans la Cour d’Honneur, le metteur en scène Jacques Lassalle dirige Isabelle Huppert en Médée, la scène était en grande partie occupée par un plan d’eau où la comédienne devait régulièrement baigner sa tête avant de réciter son texte. Cette humidité et son épreuve lors des soirs de mistral étaient partagées par le spectateur avec la comédienne mais aussi avec le reste du public.

De fait, le premier engagement du spectateur passe par son corps et l’apprentissage qu’il fait de celui-ci en situation. On peut constater, par exemple, comment dans la salle de cinéma, l’enfant doit apprendre à domestiquer son corps et à le tenir immobile le temps d’un film (contrairement à ce qu’il fait chez lui en regardant la télévision, peu contraignante). Ces fauteuils de cinéma, fauteuils de « grands » ne sont certes pas faits pour lui, pourtant, ils vont le renseigner mieux sur lui-même grâce à la mesure que prend son corps, mais également grâce la projection qu’il peut faire suite à cette expérience de sa future condition de public : il se mesure à l’autre bien mieux qu’il ne pourrait le faire sur toutes les chaises ergonomiques qui lui seraient spécialement destinées.

Plus tard, certains apprennent l’inconfort des salles de théâtre où la résistance au fauteuil entraîne parfois des crampes qui ne sont pas toujours musculaires. Cependant, lorsqu’on a la chance de vivre une première émotion théâtrale qui nous amène à penser que quelque chose se passe dans ces lieux et qu’on y a peut-être notre place, on est souvent poussé à reconduire l’expérience. Ce que nous appelons « chance » ici, on le sait, n’est pas le fruit du hasard, et quand bien même les déterminismes sociaux ne parviennent pas entièrement à expliquer « la chance de la première expérience esthétique », on ne peut ignorer qu’au sein du public d’une scène nationale, comme par exemple celle de Cavaillon, mais cela vaut pour bien d’autres structures culturelles fondées dans un esprit de démocratisation culturelle, les publics ouvriers représentent rarement plus 1 % du public total .

Si la catégorie socio-professionnelle reste une indication quant au groupe d’appartenance sociale dans lequel on a potentiellement plus de chance que dans un autre de favoriser l’entrée ou la non-entrée possible dans une carrière de spectateur, cette dernière est rarement convoquée pour expliquer les « sorties de carrière » de spectateur. Il faut souligner néanmoins que très peu d’enquêtes sur les pratiques culturelles se sont intéressées à la question des arrêts d’une pratique, et qu’en conséquence, peu de résultats concrets existent pour comprendre ce qui influence ce que nous avons appeler ici la sortie d’une carrière de spectateur. Bien que rares, les justifications de sortie de pratique existent. La justification la plus explicite que nous avons récoltée en dix ans d’enquête est une lettre reçue à l’occasion d’un retour postal de questionnaire, et cet exemple, on va le découvrir, nous ramène très directement à la mesure prise par le corps du spectateur.

Cette lettre a été reçue durant à la fin de l’été 2000 à l’université d’Avignon puisque c’est cette adresse qui figurait en bas du questionnaire afin d’offrir la possibilité d’effectuer un retour postal après la fin du festival (il existe toujours une minorité de spectateurs qui préfèrent « prendre leur temps » pour remplir le questionnaire et qui préfèrent le retour par voie de poste). Contrairement à la plupart des autres courriers qui étaient tous des courriers formels d’accompagnement du retour postal du questionnaire où les spectateurs se restreignent à indiquer leurs coordonnées et à exprimer quelques remarques à propos de l’enquête ou du festival, cette lettre était directement adressée aux sociologues, responsables scientifiques de l’enquête. Nous la reproduisons ci-dessous in extenso :

Carpentras, le 9 août 2000

Pour Messieurs Les sociologues, responsables scientifiques de l’enquête sur les publics du Festival

Messieurs,

Je sais que vous êtes sociologues et que vous vous occupez des publics au Festival d’Avignon et c’est pourquoi je tiens à m’adresser directement à vous plutôt qu’à la direction du festival espérant que vous comprendrez pourquoi. En effet, ma femme et moi avons décidé, cette année de ne plus revenir à Avignon. Mais avant que de quitter avec une tristesse extrême cette Cour d’honneur qui a nourri durant de si belles années notre dignité de spectateur, nous tenions à vous expliquer, à vous, pourquoi nous serons désormais définitivement absents de ce lieu magique. Rassurez d’emblée les organisateurs de la manifestation, ce ne sont pas les spectacles qui sont la cause de notre démission. Le problème est plus sensible, plus profond, plus délicat à dire.
Ma femme et moi pesons chacun près de 130 kilos. Le temps qui passe a fait un drôle d’ouvrage sur nos corps. Du laissez aller comme l’on dit. Le problème est que nous ne doutions pas que chaque nouveau kilo encaissé nous a peu à peu éloignés de ces pratiques culturelles qui ont fait toute notre vie. Le festival était chaque année au rendez-vous qui nous donnait le plus de joie et de plaisir. Il faut avouer que la manifestation avignonnaise était plus facile à vivre pour nous que ces théâtres municipaux et autres scènes nationales. Le regard des autres spectateurs y a longtemps été, si j’ose dire, moins lourd, moins humiliant.
Pour que vous compreniez bien, il faut tout de même que vous sachiez que l’année dernière, dans notre scène nationale, la « grosse dame et le gros monsieur », comme disent les enfants, se sont vus suggérer par la responsable des relations publiques, l’idée de retenir trois places au lieu de deux pour le « confort de tout le monde ». Trois places pour deux, histoire de continuer à se sentir à notre place pour ne gêner personne. Soit. Je me souviens encore de ce « c’est pas mieux comme ça ? vous devriez en faire autant partout où vous allez… » qu’a ajouté ladite relation publique lorsqu’elle a constaté que nous avions suivi ses conseils. Mais ce qui est à la limite du jouable dans une scène nationale, prend des contours bien plus compliqués à la location du festival. « Trois places dans la Cour ? oui nous avons bien trois places, mais vous serez séparés de deux rangs… » « mais Madame, je vous explique, nous sommes obligés de prendre ces trois places côte à côte car nous sommes, un peu forts » « Ah… Ok, pas de soucis, on peut régler votre problème, mais il faut vous adresser au service en charge des personnes handicapées qui s’occupera de vous »…
Vous rappelez souvent, messieurs les sociologues, que le projet de Vilar était de réunir, toutes les catégories sociales dans les travées de la Cour d’honneur, « petit boutiquier et haut magistrat, ouvrier et agent de change, facteur des pauvres et professeur agrégé » selon la formule consacrée. Certes il n’y a rien d’exhaustif dans cette liste, mais, je suis, à peu près sûr que Monsieur Vilar, comme tous ceux qui après lui rabâchent cette liste incantatoire, ne pensent jamais à nous, les personnes obèses. Vous comprenez, Messieurs les sociologues, pourquoi cette lettre s’adresse à vous : vous êtes sans doute les mieux placés pour comprendre comme notre gros corps interroge tout ce qui constitue, par défaut, la place du spectateur, une place normalisée, normalisante et normalisatrice. Nous ne reviendrons plus à Avignon car nous ne voulons pas vivre notre passion du théâtre comme un handicap culturel.
Nous vous laissons libres, messieurs les sociologues, de transmettre ou non ces propos à Mr Faivre d’Arcier, car nous ne savons pas si les grands responsables culturels de notre pays afférés à parler de la démocratisation culturelle sont en mesure de comprendre une situation comme la nôtre, que partagent pourtant tant de personnes. Et ce, qu’elles soient obèses ou non.
Vous n’imaginez pas combien le regard des publics de la culture peut impliquer les corps, les physiques, les apparences, et combien ces regards-là font, dans la plus grande indifférence, mais avec une efficacité certaine, leur œuvre d’exclusion à l’égard de ceux qui n’affichent pas la différence qui convient.
Nous vous prions, de recevoir, Messieurs, nos plus cordiales salutations,

Mr et Mme De la T.

Le questionnaire qui accompagne la lettre corrobore un certain nombre de variables dont il est fait état dans le texte lui-même, variables que l’on peut compléter au vu des autres variables d’état qui définissent le talon sociologique de ce spectateur : c’est l’homme qui a rempli le questionnaire, son niveau d’études est à BAC + 5, il exerce la profession de kinésithérapeute, est marié, il a participé exactement 11 fois au Festival d’Avignon. Lors de la dernière édition, à l’occasion de laquelle le questionnaire a été rempli, il a vu 18 spectacles dont 4 dans le « In » et le reste dans le Off. Il est allé au théâtre 5 fois depuis un an.

Bien entendu, cette lettre, présentée là comme une explication fournie spontanément par un ex-festivalier pour expliquer sa défection ne fournit pas assez d’éléments susceptibles d’être généralisés à toutes les défections de participation au Festival d’Avignon. On imagine cela d’autant mieux que la première raison invoquée ici pour justifier l’arrêt de la pratique - une prise de poids excessive – renvoie à une histoire individuelle très singulière. Cependant, si l’on a choisi de la faire figurer ici, en guise d’illustration, c’est parce que cette histoire interroge l’abandon d’une pratique malgré le désir affiché de la poursuivre : « ce ne sont pas les spectacles qui sont la cause de notre démission». Cet ex-festivalier fait référence à sa place de spectateur objectivée par son corps comme « une place normalisée, normalisante et normalisatrice » en suggérant que l’implication sociale que demande une pratique culturelle passe par le fait d’effectuer cette pratique dans ce que l’on pourrait appeler « de bonnes dispositions ». C’est ainsi qu’il faut comprendre cette prise de conscience exprimée par une expression comme « ceux qui n’affichent pas la différence qui convient » pour caractériser ceux qui s’écartent de ce qui se révèle comme un mode d’appartenance minimal à ce qu’on attend d’un pratiquant culturel. On objectera, sans doute à juste titre, que contrairement à l’exemple présenté ici, l’inventaire des traits qui constitueraient ce mode d’appartenance minimal à ce qu’on attend d’un pratiquant culturel fonctionne plutôt comme seuil à franchir à l’entrée dans une pratique plutôt que comme facteur de sortie. Néanmoins, ce que l’on retiendra d’un tel témoignage, c’est la manière dont s’exercent d’une façon permanente et de façon plus ou moins ouverte – « avec une efficacité certaine » - les multiples rappels à l’ordre à ce mode d’appartenance. Le festival, que certains ont qualifié aux origines d’un festival en bras de chemise pour signifier que l’ambition de Vilar était s’affranchir des barrières sociales imposées par les grands théâtres parisiens, comporte, on le constate, lui aussi des cadres d’acceptation et d’exclusion ici mis en évidence. C’est pour le sociologue aussi une façon de réinterroger la notion de renouvellement des publics qui, même si elle est pratique, apparaît comme très idéologique.

En tant que tel, le cas de sortie de pratique rapporté par la lettre de Monsieur et Madame De la T. pourrait n’être considéré que comme un « beau cas » ou un « cas-limite » porteur de toutes les justifications explicatives pour comprendre une situation intime qu’il serait difficile d’atteindre sans l’apport d’un témoignage aussi probant. S’il ne peut donc difficile de tirer une généralisation de l’ensemble des arguments présentés dans « ce beau cas », il en est un qui illustre et qui renvoie très directement à un comportement qui caractérise les participants festivaliers. En effet, lorsque Monsieur et Madame T. écrivent «le problème est que nous ne doutions pas que chaque nouveau kilo encaissé nous a peu à peu éloignés de ces pratiques culturelles qui ont fait toute notre vie », ils font supporter à leurs kilos en trop une forme de questionnement que l’on retrouve sur d’autres plans chez la plupart des festivaliers année après année. Ce questionnement peut se résumer ainsi : « est-ce que toutes les conditions sont réunies pour nous donner l’envie de revenir au festival cette année ? » Chaque campagne festivalière s’organise autour d’une préparation minimale – on choisit ou l’on parie sur un programme et sur le fait que l’on passera un bon moment – et sur un bilan après-campagne – est-ce que nos attentes ont été rassasiées ? Avons-nous encore notre place pour frayer notre chemin dans cette offre qui change ? -. Comme le soulignent Jean-Claude Passeron et Jacques Revel : « lorsque des concepts descriptifs d’une grille d’observation produisent des connaissances, c’est qu’ils ont permis d’observer des phénomènes qui n’étaient pas observables avant qu’une reconfiguration théorique des concepts qui les rendent descriptibles ne les ait rendus concevables » Ce qui est rendu concevable ici, c’est le sens que l’on peut attribuer à la notion de campagne festivalière . Car ce que l’on analyse lorsque l’on observe les publics du Festival d’Avignon, c’est non seulement une adhésion à une programmation, mais à une programmation que l’on met peu à peu en perspective avec l’ensemble des saisons auxquelles on a participé et avec une certaine manière représentation que l’on a de la manifestation.

A voir aussi :
Ethis, E., Fabiani, J-L., Malinas, D., 2008, Avignon ou le public participant. Une sociologie du spectateur réinventé, Montpellier : L’entretemps éditions.
Fabiani, J-L, 2008, L’éducation populaire et le théâtre. Le public d’Avignon en action, Grenoble : PUG.
Malinas, D, 2008, Portrait des festivaliers d’Avignon. Transmettre une fois ? Pour toujours ? Grenoble : PUG.
Pamart, E., 2008, « Pour une reterritorialisation des politiques culturelles intercommunales : l’invention d’un dispositif, le cas « Scènes et Cinés » », in Appel, V., Bando, C., Boulanger, H., Crenn, G., Croissant, V., Toullec, B., La mise en culture des territoires, nouvelles formes de culture événementielle et initiatives des collectivités locales, Nancy : Presses universitaires de Nancy.

mercredi, février 25, 2009

Aux fourmis et poissons "de petite taille" : Small is beautiful comme l'Université d'Avignon, d'Evry, du Mans, de Cergy, du Havre, de La Rochelle...



http://leblogdeleducation.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/02/26/le-mythe-de-l-universite-egalitaire.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Patrick_Fauconnier
Patrick Fauconnier est le fondateur du magazine Challenges. Il est aujourd'hui journaliste au Nouvel Observateur. Il a aussi écrit le livre "La fabrique des "Meilleurs"", publié en 2005. Ce livre présente une critique du modèle d'enseignement supérieur français que Patrick Fauconnier considère comme trop élitiste.

Actionnaire : personne morale amorale, affectée d'un trouble oculaire spécifique : dans des comptes financiers, elle ne peut lire que la ligne du bas, celle du résultat. Luc Fayard
Extrait du Dictionnaire impertinent des branchés

Ne pas attendre l'avenir, le faire

En même temps que le statut des enseignant-chercheurs est remis en cause, se pose la question des personnels BIATOSS –administratifs et techniques- dont les postes doivent être pérennisés, mais aussi créés et les carrières valorisées afin de pouvoir assumer pleinement leur mission dont une trop grande partie a été transférée aux enseignant-chercheurs dans le temps. En effet, au moment où l’on construit la notion de Gestion des Ressources Humaines, il est important de dire que ce transfert des pratiques administratives vers les enseignant-chercheurs est du à une dégradation des conditions de travail des BIATOSS qui aboutit bien trop souvent à une incompréhension entre ces deux corps de l’université chacun ruminant : comment est-ce que je peux toujours prendre de plus en plus de tâches administratives de différentes natures sur mes épaules et ne jamais en voir le bout ? C'est l’autre ? Au moment ou l’on veut donner l’autonomie aux universités, il faut les stabiliser et consolider les postes des contractuels pour que les enseignant-chercheurs puissent faire leur travail pour les étudiants : piloter, valoriser les formations dans une logique de prospective et d’invention. En effet, on ne peut prédire le marché de l’emploi à cinq ans et les nouveaux métiers qui le régiront. C’est pour cela que la recherche appliquée mais aussi fondamentale nous permet de nous construire et d’inventer les formations en n’attendant pas l’avenir, mais en le faisant.



Grosses et grandes pressions face à la dépression ?

Gravement, le nouveau mode de calcul appelé «SYMPA» ne prend pas en compte le contexte de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse et celui des petites universités : il met en péril toutes ses formations, y compris celles qui jouent et réussissent le jeu de l’évaluation. Dans la situation de sous encadrement qui est la nôtre, l’évaluation doit nous conduire à la valorisation des moyens et non à la suppression de ceux-ci.
C’est pour cela que l’initiative du CURIF est amorale :
Treize universités dites "de recherche intensive" se sont regroupées fin 2008 au sein d'une coordination, la CURIF. Cette "Coordination des universités de recherche intensive françaises", réseau parallèle à la Conférence des présidents d'université (CPU), entend ainsi faire pression sur les pouvoirs publics.
http://www.educpros.fr/detail-article/h/b5fc98b9e1/a/jean-charles-pomerol-president-de-lupmc-la-curif-un-groupe-de-lobbying.html
Au lire de ce texte, je ne peux m’empêcher de repenser à ce drôle de moment où j’avais été emmené par mon Président, au ministère, à la réunion université – grandes écoles : deux mondes se regardaient. Des représentants invités des « anciens » des grandes écoles discutaient derrière moi d’une visite qui avait été organisée pour eux au Louvres. Il s’agissait dans leurs mots d’une analyse des œuvres en termes de relations de pouvoir. Sous cet angle, Napoléon au pont d’Arcole est un chef-d’œuvre… hommage au créateur ! Chargé de mission culture de notre université à Avignon, je m’obstine à penser que la culture qui nous individualise et nous construit collectivement en même temps peut devenir autre chose qu’un instrument de domination et de reproduction de l’élite, elle est le lieu de la communauté universitaire de l’étudiant et du BIATOSS, de l’enseignant-chercheur et l’auditeur libre, de l’artiste et du passant, du diplômé, du professionnel et du chômeur. Aussi, j’étais impressionné de ce que j’entendais. D’autant plus lorsque la Ministre insista sur le rapprochement entre les grandes écoles faiblement reconnues au niveau international et les universités devant apprendre la professionnalisation et notamment des réseaux d’anciens mis en place chez les précédents. Ce que j’étais en train de faire regardant et écoutant les deux congénères, sourire coincé aux lèvres, commentant : il suffira d’attendre.



Les petites universités sont les mailles du filet territorial...

Dans les manifestations avignonnaises, un refrain en forme de comptine "Petit poisson nage aussi bien que les gros...". En effet, l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse n’est ni grosse ni grande. Parfois, on dit d’elle qu’elle est de proximité, car on n’ose pas dire populaire – 43% de boursiers dont la moitié à l’échelon 5 (le plus haut) -. Elle n’est pas de proximité, elle accomplit sa mission sociale de service public comme autre part, mais plus qu’autre part.

« Le service public de l'enseignement supérieur contribue […] à l'élévation du niveau scientifique, culturel et professionnel de la nation et des individus qui la composent ; [… ] à la réduction des inégalités sociales et culturelles et à la réalisation de l'égalité entre les hommes et les femmes en assurant à toutes celles et à tous ceux qui en ont la volonté et la capacité l'accès aux formes les plus élevées de la culture et de la recherche. »
« Le service public de l'enseignement supérieur a pour mission le développement de la culture et la diffusion des connaissances et des résultats de la recherche. Il favorise l'innovation, la création individuelle et collective dans le domaine des arts, des lettres, des sciences et des techniques. »
(Loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur, articles 2 et 7)



Le Vaucluse est le département le moins diplômé de France –18% de la population- et à Avignon, seulement, 40% des habitants payent l’impôt sur le revenu. Même si elle a plus de 700 ans, c’est seulement depuis 1984 et son plein exercice qu’elle est un des leviers de l’action sociale et économique de territoire. Son existence pleine et entière est la garantie de la continuité territoriale du service public. Il n’y a pas de misérabilisme, ici, mais quel sens aurait la notion d’université de proximité dans une ville qui n’aurait que 3,8% de HLM là où la SRU en demande 20% ? Mon université est petite et sociale, mais elle est aussi reconnue et attractive internationalement par ses formations et sa recherche –10% d’étudiants étrangers sur l’ensemble et un tiers en doctorat-. Depuis son conseil scientifique et son collège doctoral, elle tient une politique scientifique forte. Elle est même reconnue parfois nationalement comme le Premier Ministre François Fillon le soulignait récemment :

Notre projet culturel, c’est aussi l’université, débouchée naturelle de cette éducation humaniste que nous voulons continuer d’entretenir. J’attache une importance particulière à l’autonomie des universités que nous avons désormais rendue possible. Du Moyen-Age à l’âge classique, les universités européennes ont tiré de leur indépendance intellectuelle leur indépendance financière, et de leur indépendance financière leur indépendance juridique. Eh bien, aujourd’hui, l’autonomie de nos universités, c’est une chance de recouvrer cette liberté ; c’est une chance de nouer avec leur territoire, avec les entreprises, avec les industriels, avec les organismes de recherche, des partenariats d’avenir. Je pense aux partenariats qu’une université comme celle d’Avignon, chère Marie-José, pourra nouer dans le futur avec les industries culturelles, grâce à sa notoriété, grâce à son histoire, grâce à la mise en place de formations ou d’unités de recherche spécialisées. Je pense que nous avons ici, en région, le germe d’une première université française de la culture.

http://www.premier-ministre.gouv.fr/acteurs/interventions_premier_ministre_9/discours_498/intervention_francois_fillon_forum_61647.html

Small is beautiful comme l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse

Schumacher, économiste ayant travaillé avec John Maynard Keynes et John Kenneth Galbraith, a proposé l'idée "small is beautiful" : une forme spécifique de décentralisation. Une grande organisation pour travailler, selon Schumacher, doit se comporter comme un groupe lié de petites organisations. Le travail de Schumacher a coïncidé avec la croissance de soucis écologiques et avec la naissance de science de l'environnement.
L’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse et les autres petites universités sont « beautiful ». Et puisqu’il est sans cesse question de classement et que la beauté est une affaire de goût, il est plus qu’urgent de se rappeler que les premières universités du palmarès de Shanghai seraient, dans le cadre de la norme « sympa », désavantagées dans leurs moyens, car trop petites par leur nombre d’étudiants. Il ne faut donc pas changer la masse structurelle des universités, mais celle de leurs moyens.

mardi, février 10, 2009

Pour un service public : ne pas attendre l'avenir, le faire



Est fonctionnaire : une personne employée et nommée par une personne publique dans un emploi permanent, et titularisée à son poste dans un grade de la hiérarchie administrative.

Maîtres de conferences : pour commencer, 1680 euros net.



Depuis 1984, les universités doivent participer « à l'élévation du niveau scientifique, culturel et professionnel de la nation et des individus qui la composent […] ; à la réduction des inégalités sociales et culturelles et à la réalisation de l'égalité entre les hommes et les femmes en assurant à toutes celles et à tous ceux qui en ont la volonté et la capacité l'accès aux formes les plus élevées de la culture et de la recherche. ». « Le service public de l'enseignement supérieur favorise l'innovation, la création individuelle et collective dans le domaine des arts, des lettres, des sciences et des techniques ».

vendredi, janvier 30, 2009

"American Pie" sur le campus d'Avignon

"American Pie" sur le campus d'Avignon
http://www.avignews.com/-american-pie-sur-le-campus-d-avignon-@/article.jspz?article=10542

Vingt spécialistes du cinéma ont planché durant deux jours (*) sur "le cinéma de Campus". Rencontre avec Damien Malinas, maître de conférences. Interview Campus.
Un «Film de campus», c'est quoi ?

C'est un genre cinématographique qui n'existe pas en France. Pourtant, ces films sont très connus en France puisqu'ils représentent 60% des films américains. Les meilleurs exemples sont "American Pie", "La Revanche d'une blonde" et même "Indiana Jones" puisqu'il est prof !
Pourquoi en France, on ne sait pas faire des «films de Campus»?

Tout simplement parce que les réalisateurs français sont formés dans les mêmes lieux que les élites. C'est à dire des écoles spécialisées comme la FEMIS et sont donc moins sensibles à l'univers universitaire.
Un «film de campus», c'est un film marketing ?

La réponse la plus évidente serait que les films de campus comblent un manque chez le public. Mais c'est un argument publicitaire avec lequel je ne suis pas entièrement d'accord.
Pourquoi?

Car certains films de campus montrent des vrais problèmes de société. Les réalisateurs américains ont aussi bien compris que la principale activité culturelle des étudiants c'est le cinéma! Ils ne font que les mettre en scène.
Pourquoi les ados y sont-ils toujours "niais"?

On ne peut pas dire ça ! Les personnages d'"Hélène et les Garçons" ne sont pas plus intelligents que les autres. En France, on a simplement une image plus pure des étudiants.
L'Université d'Avignon pourrait-elle devenir un "campus américain" ?

La volonté des responsables de l'Université n'est en aucun cas de transformer le site d'Avignon en campus américain. C'est vrai que l'université s'est engagée dans une politique de développement de la culture, du sport et des espaces verts à l'image de certains établissements américains.
Y a t-il un "message" dans ces films?

Ils reflètent les problèmes que connaissent les étudiants. Dans "High School Musical", les personnages illustrent bien le dilemme de la séparation du cocon familial ou encore comment choisir la bonne université pour faire du sport sans être loin de sa petite copine. Là, les difficultés sont montrées en chanson. C'est une façon amusante de parler d'évènements difficiles.
Après "American Pie 8: Campus en folie", à quand "American Pie : Avignon en folie" ?

Ça fait un peu titre de film porno ça, non ?! (rires). Je ne fais pas de futurologie mais je ne souhaite pas aux étudiants avignonnais d'avoir une tarte tatin sur les parties génitales !
Pour finir, votre «film de campus» préféré ?

Sans hésitations, Scream II. Le scénario est à tomber à la renverse !
(*) "campus or not campus" s'est déroulé à l'université le lundi 26 et le mardi 27 janvier.

A lire également :
le 27/01/09 : "Campus or not Campus", c'est quoi?
http://www.avignews.com/-campus-or-not-campus-c-est-quoi--@/article.jspz?article=10541

mardi, janvier 27, 2009

Scary movie à la Sorbonne

http://www.e-orientations.com/actualites/scary-movie-a-la-sorbonne-1972

Scary movie à la Sorbonne

Le titre intrigue, et pourtant, le film n’est pas près de sortir sur vos écrans. Pourquoi ? C’est la question que s’est posée la première promotion du Master Stratégies du Développement Culturel, spécialité Publics de la Culture et Communication - festivals, cinéma, évènements - de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse.

L’absence de culture de Campus à la française

Pour faire un film de campus, les ingrédients, toujours les mêmes, sont connus de tous : un campus verdoyant, des bâtiments flambants neufs, les fameux casiers qui bordent les couloirs et des étudiants qui ont pour seul objectifs de marquer dans les annales leur passage dans l’établissement.

Le genre est très développé aux Etats-Unis et largement exporté à travers le monde. Pourtant, malgré ces succès récurrents, les réalisateurs français s’adonnent rarement à l’exercice. Pourquoi ? La réponse lors du séminaire "Campus or not Campus : du rêve américain au désamour français” organisé les 26 et 27 janvier 2009 à l’Université d’Avignon en partenariat avec la chaîne Ciné Cinéma.

Au programme, les différences entre l’enseignement supérieur européen et américain, la perception des cursus d’études, les modes de vie, la symbolique de l’étudiant… Mais aussi des projections, tel le film culte Péril Jeune et un “Bal de promo” organisé pour l’occasion.

Programme complet et intervenant sur le site de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse.

jeudi, janvier 22, 2009

Tu citeras donc le Nouvel Observateur, pour l'analyse de l'actualité, le Monde diplomatique qui n'est pas un magazine mais c'est pas grave.

Note : Maurane médiatrice -une enfoirée sur du Bach-
Les pieds dans la fac, moi et ma tête à claques...



http://sebisghosts.free.fr/index.php?2008/06/08/214-strategie-de-developpement-culturel

Stratégie du développement culturel

Si un jour ça te prend de postuler pour un Master "stratégie de développement culturel", faudra bien te dire que ça aussi, ça se mérite. Parce que c'est pas comme à l'université, tu t'inscris et pendant deux ans de glandouille vie d'étudiant la sélection naturelle fait le reste ; non, là c'est l'université mais on te sélectionne à l'entrée, et attention parce que les videurs ils ont Bac+12.

Si tu sais faire preuve d'imagination, d'intelligence, de culture et si en plus tu sais montrer que tu es bosseuse, t'as tes chances. Si t'as pas tout ça, heureusement Sébi est là pour te mâcher le travail.

Allons-y.

• Quelles revues lisez-vous ?
Là il s'agit de montrer que la culture, tu connais ça trop bien, non seulement tu as baigné dedans depuis l'enfance mais en plus ta curiosité t'a poussé à découvrir de nombreux horizons chez ton marchand de journaux, ou mieux, à la médiathèque. Mais attention, il te faut aussi montrer que tu es quelqu'un d'ouvert, en phase avec les problématiques de ton époque, et qu'à côté de la culture tu sais qu'il existe un monde avec des gens qui souffrent dessus.

En conséquence, il te faudra citer Diapason et Rock & Folk pour la grande musique, Positif pour le cinéma (pasque si tu cites les Cahiers tu vas passer pour un intello et ça va pas leur plaire, même s'ils te prennent tu seras de suite catalogué chiant). Tu peux aussi citer la revue de théâtre anglophone Encore, ça en foutra plein la vue mais ça risque de faire un peu snob, parce que au contraire de Sébi, tes profs n'ont pas forcément les moyens d'aller voir du théâtre à New York tous les week-ends, ou sont nuls en anglais. Tente le Journal des auteurs SACD, pour montrer que tu connais aussi les affres de la création côté cuisine.
Tu passeras bien sûr sur Paris Match que tu lis chez le médecin et Closer chez le coiffeur. En revanche, n'hésite pas à citer Onze (pasque le foot c'est hyper tendance, à condition d'avoir un T-shirt aux couleurs du drapeau brésilien)(sinon c'est juste beauf) et Hot vidéo (pasque le porno aussi ça peut être super hype si comme Evelyn tu sais mettre le discours autour)(et surtout si tu es une fille).

• Quels magazines lisez-vous ?
Déjà tu auras noté la nuance entre revue et magazine. Moi non, mais heureusement je fais travailler des stagiaires qui eux savent des choses.
Donc là la question a pour objectif de déterminer si tu es de droite ou de gauche. Dans ton intérêt, évite de montrer que tu es de droite : les sélectionneurs veulent des gens lucides, pas des simples d'esprit.
Tu citeras donc le Nouvel Observateur, pour l'analyse de l'actualité, le Monde diplomatique qui n'est pas un magazine mais c'est pas grave, ça fera de toi un altermondialiste engagé, Télérama car tout le monde le fait et c'est pas le moment de te faire remarquer, De l'air parce que tu es quelqu'un de branché, la Décroissance pour montrer que tu as dix ans d'avance sur les autres.
Ayant ainsi assuré tes arrières, tu pourras citer le Point, pour montrer que tu es quand même magnanime et que tu sauras opposer quelques arguments provocateurs dans les milieux mondains où tu auras l'occasion d'évoluer (du style : "Mais qui va payer ?!").

(Au passage, on peut regretter qu'ils ne demandent pas "Quels blogs lisez-vous", parce qu'en citant le Foutoir de Sébi t'étais prise d'office.)

• Quelles différences faites-vous entre information, communication et expression ?
Ne te laisse pas impressionner par une question pareille, en fait c'est très simple.
L'information a pour vocation de décrire les faits et rien que les faits, de façon objective.
L'expression, c'est quand tu donnes ton avis et rien que ton avis, de façon très subjective.
La communication, c'est le mélange des deux. Tu donnes ton avis mais tu le tournes de façon suffisamment habile pour faire croire que c'est de l'information. Par exemple, quand les hommes politiques commencent leurs phrases par "Les Français ont le sentiment que / savent que / ont envie que", ce n'est pas de l'information. C'est de la langue de bois.

• Donnez cinq mots-clés pour définir un festival.
Bon ça, facile : subventions, mondanités, drogue. Stagiaires. Jolies.

• Quel ouvrage de sciences sociales avez-vous lu avec plaisir cette année ?
Ouh là, bigre.
L'acteur et le système de Michel Crozier et Erhard Friedberg.
Nan c'est pas vrai, c'était en 1995 et plutôt même dans la torture. Mais quand même, n'oublie pas de le citer.

• Ecrivez en cinq lignes le synopsis du film de fiction que vous aimeriez voir réaliser par Jacques Audiard.
Attention, il y a un piège ! Par Jacques Audiard, tu ne dois sûrement pas comprendre Michel Audiard, son père. Tu es censé être quelqu'un de cultivé, je te rappelle. Si tu confonds les deux, c'est un peu la honte. Et la porte assurée.
Une fois évité l'écueil, c'est un jeu d'enfant. Maintenant tu te débrouilles, tu es grande.

Pour finir, quelques questions subsidiaires.
Quel(le) est :
• le seul livre que tu conseillerais à ton meilleur ami :
Un démocrate, Mick Jagger, 1960-1969 de François Bégaudeau. Ne discute pas, c'est parce que c'est le plus grand livre du monde.

• le seul film que tu conseillerais à ton pire ennemi :
Là tu pourrais citer un film de merde, par vengeance, mais ce serait tomber dans un nouveau piège. Tu te destines à faire du développement culturel, c'est à dire inciter des gens que tu n'aimes pas à aller voir des trucs de qualité et/ou hermétiques. Dans cet esprit tu citeras donc plutôt Magnolia de Paul Thomas Anderson.

• la seule musique que tu pourrais écouter en boucle pendant 24 heures :
Attention, ta réponse peut en révéler long sur ta personnalité. Evite les artistes jouant chez les Enfoirés, ça marque mal. Ne fais pas trop original en citant Marylin Manson ou Sigur Ros. Joue la sécurité, suggère le raffinement avec un truc de Jean-Sébastien Bach. Surtout pas Mozart ou Beethoven, ça fait France Loisirs.

• le seul personnage de téléréalité avec qui tu aurais passé une soirée par curiosité :
Julien Doré est sûrement très côté cette année, mais en futur médiateur culturel tu préféreras la pionnière Loana (surtout si tu es un garçon).

• le personnage public qui incarne le mieux, pour toi, la culture aujourd'hui :
Si tu as une idée, tu peux t'amuser à aller répondre à ce petit malin qui demande carrément à Internet ce qu'il doit mettre sur son dossier, quel culot. Je te propose de citer au choix Mireille Mathieu, Faudel et Enrico Macias. Tu montreras au moins que tu as de l'humour.


Au fait, je décline toute responsabilité si tu te fais recaler. Je veux bien rendre service mais c'est pas une raison pour pas réfléchir par toi-même des fois aussi.


Sébi | Ghost in the Machine | Date: dimanche 8 juin 2008 | #214 | rss


Ils l'ont dit :

Gravatar Le dimanche 8 juin 2008 à 12:22, par Zoic :: email :: site :: #

D'où sort ce billet ? Tu te venges d'un entretien ?

Et c'est pas gentil pour Magnolia... Tu as été soudoyé par Tof, je suis sûr (ou c'est de la pure provoc ;-)... ça marche !)


Gravatar Le dimanche 8 juin 2008 à 12:45, par Sébi :: email :: #

Hi hi ! C'était juste spéciale dédicace Zoic pour voir en combien de temps tu réagirais... Moins d'une heure, bravo !
Sinon, c'est pas tellement méchant de ma part : de tous les avis que j'ai pu entendre sur ce film, il y a ceux qui le trouvent génial et ceux qui n'ont pas compris. Moi je m'en fous, j'ai plutôt bien aimé.
Bon mais je ne me venge de rien du tout, et ne porte aucun jugement sur un tel master jedi. Ce billet est une juste une caricature d'une certaine image de la culture.


Gravatar Le dimanche 8 juin 2008 à 14:49, par Gilsoub :: email :: site :: #

J'aime bien ta définition de festival, tellement vrai des fois... En tout cas, je retrouve dans ton jury, nombre de personnages qu'il m'arrive de croiser dans mon boulot... Et quand ils ne sont pas marrant (souvent malgré eux) quesqu'il sont chiant !


Gravatar Le lundi 9 juin 2008 à 13:40, par crevette :: email :: site :: #

et fait gaffe, pour sortir moi meme de ce genre de formation, tu est sélectionné en première année, et BAM! en deuxième aussi! et par des "videurs" pas toujours fut fut... D'ailleurs, ou est ce que tu as postulé? Avignon?


Gravatar Le lundi 9 juin 2008 à 13:42, par crevette (again) :: email :: site :: #

autant pour moi... au vu de ce questionnaire "à la con", tu as certainement du postuler à avignon. J'en sors, alors à bon entendeur... je détiens le kit de survie!


Gravatar Le lundi 9 juin 2008 à 17:23, par SKAL :: #

J'adore ce vrai-faux fake, ca fait genre article de MEDIAPART intelligent, élitiste, trop long ... Mais cela donne envie de lire "Un démocrate, Mick..." Ca m'a fait aussi penser, en d'autres lieux et d'autres circonstances à la question ...on : quelle est la différence entre l'éthique la morale ? c'est la premiere fois que j'arrive à placer Mediapart dans un com de blog !


Gravatar Le lundi 9 juin 2008 à 18:28, par Sébi :: email :: #

@ Gilsoub : heureusement, c'est la définition la plus péjorative d'un festival !
@ crevette : non, non, je n'y ai pas postulé, j'ai passé l'âge ! Je suis juste tombé sur un dossier de candidature par hasard. (bienvenue !)
@ crevette (again) : moi je trouve pas que le questionnaire soit si con. Les questions sont plutôt pertinentes... et rigolotes, ce qui m'a donné envie d'y répondre.
@ SKAL : "élitiste", "trop long", c'est exactement ça ! Tu as oublié "cynique" et "prétentieux". Heureusement, c'est pour de faux. Si tu veux Mick, je te le prêterai !


Gravatar Le lundi 9 juin 2008 à 20:27, par Anders :: site :: #

ahah! un fake aux olives!


Gravatar Le mardi 10 juin 2008 à 19:20, par Aurel' :: site :: #

Mick Jagger et Romain Duris dans un Star Wars réalisé par MICHEL Audiard.... Info ou Intox ?


Gravatar Le mercredi 11 juin 2008 à 13:24, par Jénorme :: site :: #

Julien Doré, il est un peu nul comme mec, non ?! On le voit partout en ce moment, mais je ne comprends pas pourquoi. En même temps, sur RTL, ils nous passsent en boucle du Maxime Leforestier et du Moustaki. C 'est moche la culture française en ce moment. Et les petits festivals disapraissent les uns après les autres parce qu 'il n 'y a pas de subventions pour payer les mondanités qui se droguent avec les jolies stagiaires.


Gravatar Le mercredi 11 juin 2008 à 19:02, par Sébi :: email :: #

@ Anders : tu parles de ce truc in-fake-t ?
@ Aurel' : je sais pas, mais ça pourrait peut-être faire un bon Star Wars, pour une fois.
@ Jénorme : heureusement, il y a Didier Super !


Gravatar Le mercredi 11 juin 2008 à 22:01, par Aude :: email :: site :: #

Je n'aurais jamais été reçu, c'est sur. Tout ça me rappelle un peu les conversations à la sortie du théâtre. Mon copain est comédien et reste toujours discuter après les pièces. J'ai parfois l'impression d'écouter des dialogues surréalistes.


Gravatar Le mardi 15 juillet 2008 à 11:21, par juju :: #

salut sébi, je voulais juste savoir si tu avais fais cette formation à avignon, je cherche des gens qui pourrait m'en dire un peu plus ... histoire de savoir ou je vais , merci !


Gravatar Le mardi 15 juillet 2008 à 12:55, par Sébi :: email :: #

@ juju : non je n'ai pas suivi cette formation, mais demande à crevette (adresse e-mail un peu plus haut dans les comms), je crois qu'elle l'a faite.


Gravatar Le mardi 7 octobre 2008 à 09:07, par Damien M :: site :: #

"Si tu sais faire preuve d'imagination, d'intelligence, de culture et si en plus tu sais montrer que tu es bosseuse, t'as tes chances."

Merci pour ce billet qui dédramatise l'entrée en master en exagérant certains pour les rendre plus lisibles.
Vous avez tout à fait raison dans votre introduction sur ce qui permet d'entrer dans la formation : imagination, intelligence, culture, bosser. Je rajouterai juste la notion primordiale de projet. D'autre part, vous donnez de bons conseils (pas que), sauf que nous sommes un moins pervers que ce que vous imaginez. Pourtant, et je le répète, l'imagination est bien un des critères qui président à l'entrée en master. Je précise que je lis Paris Match, j'apprécie les cahiers, positif, mais aussi studio. Bref, vous seriez recruté à l'oral, même si vous êtes un peu hypercorrect.
Très cordialement,
Damien Malinas
un des bac + 12 et pour faire court :Responsable du MASTER PUBLICS DE LA CULTURE ET COMMUNICATION -Festival Cinémas Événements Télévisions- de la mention Stratégies du développement culturel du Département des Sciences de l'Information et de la Communication


Gravatar Le mercredi 8 octobre 2008 à 08:56, par Sébi :: email :: #

@ Damien M : trop d'honneur ! :-)
(hypercorrect, moi ?! quelle déception !)


Gravatar Le mercredi 8 octobre 2008 à 20:51, par Un hyper correct :: #

Damien M., Bac+12 ? Bac+8 c'est déjà bien assez...


Gravatar Le mercredi 8 octobre 2008 à 21:16, par Sébi :: email :: #

Il faisait allusion à la fin du premier paragraphe I guess.

mercredi, janvier 21, 2009

Avis Aeres Stratégies du développement culturel

Précision : la lisiblité de l'enseignement en anglais a été améliorée et le master continue et approfondit son projet dans la même dynamique en étant à l'écoute des retours de l'AERES.



Avis Aeres
Appréciation (A, B ou C ): A
Avis global :
Cette mention de master est reconnue nationalement et internationalement. Elle repose sur l’activité d’un laboratoire en information communication reconnu dans le domaine des stratégies et du développement culturel. On ne s'étonnera donc pas de la grande cohérence d’ensemble du dossier, avec des objectifs précis pour un master
professionnel et le développement d’un pôle fort de recherche, dans une approche interdisciplinaire des pratiques de communication liées à la culture. Ce master possède de plus l'atout d'une implantation au cœur d’une ville et d’une région riche culturellement, permettant de vraies synergies avec les partenaires du secteur.
Deux perspectives sont bien mises en évidence pour favoriser l’employabilité des diplômés : les métiers de l’amont (chargés de mission pour l’expertise) et les métiers de l’aval (responsables de la gestion des projets et de
l’action culturels). L’accent est mis sur l’adéquation des emplois émergents dans les secteurs et les profils requis, le développement de compétences collectives (les activités en équipe) et les capacités d’adaptation personnelles et à la mobilité professionnelle et géographique.
L’analyse des résultats antérieurs de l’insertion professionnelle depuis plusieurs années (2004-2005) sont bons pour le secteur culturel (6% seulement d’étudiants non insérés après 18 mois) ; les types de métiers liés à l’embauche
ne sont hélas pas précis.
La synergie des ressources (recherche, dispositifs pédagogiques, professionnels, institutions culturelles), et le développement de pratiques collaboratives sont bien mis en valeur et constituent la force et l’intérêt du projet.
En conclusion, une excellente mention de master qui a reçu un avis très favorable de l’université et qui justifie pleinement son renouvellement.
2
Points forts :
• Ce projet est particulièrement bien ancré dans le contexte universitaire et régional ; en témoignent les nombreuses lettres de soutien émanant d’organismes culturels régionaux, dans lesquelles l’accent est mis sur la densité et la qualité des partenariats, tant au plan de la recherche que des fortes opportunités d’emplois.
• Une formation bien équilibrée, appuyée sur la recherche, avec des liens internationaux et dont les différentes finalités professionnalisantes sont claires.
• Une formation qui se soucie beaucoup du projet et devenir de l’étudiant sur la base d’une formation bien ciblée. (L’annexe sur les compétences est remarquable) et dont les effectifs correspondent aux besoins.
Points faibles :
• Seul l’anglais est proposé comme langue vivante et son apprentissage et son évaluation ne sont réellement présents qu’au S1, le S3 ne proposant que 9 heures.

Publics de la culture et communication : festivals, cinémas,
télévision, événements.
Appréciation : A
Le projet est de s’intéresser aux dynamiques culturelles. Il s’agit d’« étudier l’ensemble des réalités attachées
au développement de projets de communication et des expertises sociologiques des publics pensées à l’aune de leur
contexte socio-économique, politique et organisationnel en se centrant sur les grands festivals et les médias culturels.
Les objectifs sont clairs et adaptés à une spécialisation du master originale qui permet de suivre les évolutions
culturelles. L’entrée semble toutefois plus se situer du côté institutionnel que des pratiques des publics. La formation
sert à former des cadres aptes à comprendre et à intervenir dans le domaine des festivals, des événements culturels,
du cinéma en se centrant sur l’analyse de leurs publics et la communication qui en découle. La spécialité conduit à
des métiers très divers quant aux compétences demandées : des « concepteurs d’événements culturels ou de
4
festivals, des administrateurs culturels, des webmasters d’institutions culturelles, des directeurs de services de
communication, des chargés d’exploitation culturelle ».
L’adossement à la recherche est excellent, le travail est en lien direct avec le laboratoire et d’autres
laboratoires du domaine, français et étrangers.
C’est une très bonne spécialité, elle est originale et les objectifs prennent en considérations les évolutions des
mondes de la culture. Avis très favorable pour cette spécialité. Compte tenu des objectifs scientifiques, les contenus
et l’équipe permanente pourraient s’ouvrir à d’autres disciplines notamment l’économie ou l’ethnographie.
Points forts :
• Une très grande cohérence et de bons résultats antérieurs.
• Une ouverture à des formes d’appropriation qui prennent en compte les évolutions du domaine
culturel.
• Une originalité dans l’ensemble des formations du domaine culturel.
• Une équipe pédagogique très solide.
• Des liens forts avec la recherche.
• Il existe des partenariats avec plusieurs universités étrangères.
Point faible :
• Au vu des intitulés, une relative fermeture des contenus qui ne prennent pas suffisamment en compte
l’environnement socio-économique et politique.
5
Recommandations
Sur le plan du contenu : une réflexion pourrait s’ouvrir pour mieux aborder les questions territoriales et les
reconfigurations actuelles du secteur culturel.

Masters culturels La vraie cote des diplômes 2009

ht

Le nouvel Observateur étudiants, La vraie cote des diplômes 2009. Du diplôme à
l’emploi. S’orienter malin, p 83-84
Masters culturels
Peu d’élus
La valeur ajoutée de ces bac +5, c’est la passion. Côté jobs, peu d’élus et des
salaires fort modestes. Et pour les décrocher la compétition est féroce. […]
Une inflation de formations […]
Même constat à Avignon, où les candidats pour le Master Stratégies du
développement culturel sont passés de 700 à 500. Mais l’explication de cette
baisse est aussi ailleurs, dans la multiplication des formations
universitaires. Une récente étude du ministère de la Culture les a chiffrées à
près de 300, rien que dans le domaine de la gestion et de l’administration de
la culture. Parmi ces diplômes, un tiers ont été crées depuis 2004 ! […]
Quelques diplômes stars […]
Leurs points communs ? Une sélection drastique à l’entrée et une insertion
professionnelle relativement réussie. Certains étudiants sont même recrutés
avant d’avoir rendu leur mémoire ! Les responsables du master Stratégies du
développement culturel, à Avignon, s’enorgueillissent d’avoir vu plus de la
moitié de la promo 2008 se caser avant la fin du cursus… Autres atouts de ces formations renommées : « Elles donnent du réseau », selon Jean-Pascal Quilès, le
directeur adjoint de l’observatoire des politiques culturelles (OPC). Le réseau
le plus précieux est celui des anciens élèves. Plus le master est ancien, plus
il y a de chances qu’ils aient fait carrière et soient susceptibles d’aider les
jeunes sortants. Autre réseau fondamental : celui que l’université a tissé avec
le monde professionnel. Ainsi, les étudiants du master d’Avignon travaillent
chaque année sur des projets concrets avec le Festival et la chaîne Ciné
Cinéma. […]
« Mener sa petite enquête » […]
Tout ce qui va dans le sens d’un rapprochement entre théorie et pratique est
également bon signe, puisqu’on reproche souvent à la fac de former des jeunes
gens peu ancrés dans le concret. Exemple à Avignon : les étudiants font un
bilan de compétences à la fin de leur cursus. « Ils rencontrent des anciens,
des professionnels qui les aident à transformer leurs connaissances et leurs expériences en compétences et à les orienter en vue de futurs entretiens d’embauche », résume Damien Malinas, un des responsables du master.
Viser les bonnes spécialités […]
Autre raison garder espoir, les fondations, qui pourraient devenir une nouvelle
niche dans ce marché de l’emploi culturel très fragmenté. Un indice : Poppy
Sallinger, la veuve du journaliste Pierre Sallinger, a confié en 2008 un
travail de réflexion autour de sa fondation à deux étudiants du Master
d’Avignon. Conclusion : le dynamisme du secteur ne se dément pas. Certes, s’y
frayer un chemin peut ressembler à un parcours du combattant. Mais une
formation solide et une bonne dose de motivation permettront aux vrais
passionnés de trouver leur place…

lundi, janvier 05, 2009

Séminaire les 26 et 27 janvier 2009 Université d’Avignon - Cinéma et Campus - Entre rêve américain et désamour français : les enjeux d’un genre

- Cinéma et Campus - Entre rêve américain et désamour français : les enjeux d’un genre

http://cinemacampus.unblog.fr/2008/12/28/soiree-cinefils-filles-au-pathe-cap-sud-davignon-le-26-janvier-2009/



Séminaire les 26 et 27 janvier 2009 Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse
Depuis les années 70, l’eldorado universitaire américain n’a cessé de fasciner l’industrie cinématographique des Etats-Unis par ses établissements richement dotés, ses campus rutilants et ses bibliothèques gorgées d’ouvrages. Cette industrie, profondément ancrée dans la culture américaine, ne semble pas inspirer les réalisateurs français, encore peu nombreux à avoir abordé ce thème du campus. À travers ce séminaire, il s’agit de comprendre en quoi le genre « Film de campus » s’inscrit dans une logique sociale et économique propre à l’Amérique ? Et pourquoi reste-t-elle peu exploitée en France ?

Naissance du projet

Ce séminaire est organisé à l'occasion d'un projet d'étude réalisé par 11 étudiants de Master 2 “Publics de la Culture et Communication” de l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse. Ce projet consiste a effectuer la recherche documentaire necessaire pour la réalisation d'un documentaire traitant du film de campus. Celui-ci sera diffusé en septembre 2009 sur l'une des chaînes de Ciné Cinéma.

Pourquoi développer un tel projet à l'Université d'Avignon?

Même si sa vitrine la plus visible reste son prestigieux festival de théâtre, la ville d'Avignon se distingue avant tout par une cinéphilie hors-normes. En terme de fréquentation statistique des salles de cinéma, elle s'avère devancer toute les autres ville de France.

Par son caractère scientifique et professionnel, l'Université se trouve être le lieu de prédilection pour traiter de cette situation cinéphilique unique, ce que n'a pas manqué de faire le laboratoire Culture et Communication de l'Université d'Avignon à travers ces travaux sur le cinéma dirigés par Emmanuel Ethis. Dans une période de changements majeurs dont l'autonomisation constitue l'exemple le plus flagrant, l'Université est plus que jamais médiatisée et débattue. Dans ce contexte, ce projet d'étude répond à un besoin grandissant de penser et repenser les représentations universitaires circulant dans notre paysage culturel, ainsi que leurs significations et évolutions.

Soirée Cinéfils & filles au Pathé Cap Sud d’Avignon le 26 janvier 2009

Ce séminaire donnera lieu à une soirée exceptionnelle organisée par l'association cinéphilique de l'Université d'Avignon “Cinéfils & filles“

Le lundi 26 janvier, tous les intervenants, professeurs et étudiants sont conviés à venir au cinéma Pathé Cap Sud à 20 h découvrir ou redécouvrir le film de Cédric Kalpisch Le Péril Jeune (1995). Enfin, la soirée se poursuivra dans les locaux de l'Université d'Avignon où un bal de promo “Babos” sera l'occasion de vivre une soirée étudiante bien française….

jeudi, janvier 01, 2009

Le pouvoir des fleurs







Un festival pour Avignon ?



De belles initiatives qu'on aimerait voir à Avignon.

http://www.lalorgnette.fr/rennes/139-jardins-suspendus.html


Le CAMPUS Vert vous souhaite la bienvenue dans l'un de ses studios à la ferme.

Les agriculteurs qui vous accueillent aujourd'hui ont choisi d'héberger des étudiants dans leur ferme car ils croient aux bonnes conditions de vie qu'offre la campagne. Il est vrai que notre association le CAMPUS vert n'est pas banale.

Cette formule d'hébergement est aujourd'hui reconnue pour différentes raisons :

- elle est originale et sympathique,

- elle s'organise autour d'une charte de qualité qui garantit à chaque locataire de trouver un studio meublé, équipé, avec un loyer modéré et un accueil chaleureux,

- elle regroupe des agriculteurs au sein d'une même fédération et les rend plus forts.

Mais si la chance nous sourit c'est aussi grâce à vous, étudiants et stagiaires, qui nous faîtes l'honneur de bien vouloir vivre un moment à nos côtés.

Nous espérons que cette formule vous conviendra et qu'elle contribuera à la réussite de vos études. Nous souhaitons que vous en gardiez un bon souvenir.

Votre satisfaction sera notre plus grande récompense Bon séjour au CAMPUS Vert et bonne réussite !



http://www.facverte.org/joomla/index.php?option=com_frontpage&Itemid=1

Unitaire, Fac Verte est le réseau universitaire de toutes les écologies

« Fac Verte – l’écologie universitaire » n'est pas un syndicat comme les autres... Ouvert à toute la communauté universitaire (étudiants, enseignants-chercheurs, IATOS, ...), Fac Verte promeut l’écologie dans le champ de l’enseignement supérieur.

Indépendante et démocratique, Fac Verte défend la solidarité, l’environnement et la démocratie. Car nous avons l’audace de croire que nous pouvons changer le monde. Face à l’individualisme exacerbé, le consumérisme, le défaitisme qui nous accablent tant aujourd’hui, nous ne nous résignons pas et agissons très concrètement dans nos facs, nos labos, nos bureaux.

Né à l’automne 2003, Fac Verte est désormais présente dans plus de 10 académies. Présente au quotidien sur le terrain, par des pratiques associatives et syndicales, à l’écoute de tous, nous portons aussi dans les conseils de nos universités et des CROUS – fort de nombreux élus – nos valeurs pour un monde soutenable et désirable.

Fac Verte ne cherche pas à vous offrir la Lune. Juste la Terre.

Ensemble, faisons de nos universités le laboratoire d’un autre monde.

Historique Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Fac Verte en quelques dates


* Mai 2003 : une équipe de Jeunes Verts, animée par Alexis Deck et composée notamment de Julien Sage, Pablo Matus, Mariannick Saoût, Elen Thoumine, Sylvio Bohr, … participe au contre-G8 à Evian.

* Juin 2003 : cette équipe décide de poursuivre le rassemblement des écologies, en dehors de toute structure politique, en inventant une nouvelle forme d'organisation, qui se tourne prioritairement vers les universités.

* Septembre 2003 : adoption du texte fondateur de Fac Verte « Le Réveil ». « Unitaire, Fac Verte est le réseau universitaire de toutes les écologies. »

* Décembre 2003 : Elen Thoumine, secrétaire générale de Fac Verte, est élue au CA de l’université de Nanterre.

* Mars 2004 : Fac Verte se présente pour la première fois à des élections CROUS sur l’académie de Rouen et crée la surprise en soulevant plus de 12 % des suffrages.

* Juin 2004 : un troisième groupe se forme à Aix-en-Provence.

* Mars 2005 : Fac Verte arrive à Grenoble.

* Septembre 2005 : Toulouse, Lille, Sciences-Po Paris … Fac Verte continue son implantation.

* De février à avril 2006 : partout Fac Verte se bat pour le retrait du CPE et appelle à la tenue d’Etats Généraux de la Jeunesse.

* Mars 2006 : élections Crous. Fac Verte présente les listes « Défendre les étudiants, protéger la planète » dans 9 académies et obtient 7 élus, devenant la 5ème force étudiante en France. Majoritaire dans l’académie de Rouen, Eléonore Deck est élue vice-présidente étudiante du Crous de Haute-Normandie. Joël Gombin, d’Aix-Marseille est élu au Cnous en tant que suppléant, suite à un accord technique avec la Fage.

* Septembre 2006 : suite à un processus de démocratie participative et d’un référendum militant, sortie du Livret de l’écologie universitaire (2 MB) . Les bases théoriques et évolutives de Fac Verte sont posées.

*

2-3-4 novembre 2006 : Journées unitaires de l’Ecologie Universitaire et Assemblée Générale de Fac Verte à Rouen autour du slogan « Génération précaire, génération effet de serre : l’écologie pour en finir avec la galère ! ». Alexis Deck, le président fondateur, passe la main à Gaël Roustan et Adrien Meguerditchian, qui sont élus coprésidents fédéraux. Fac Verte se dote de nouveaux statuts en devenant une fédération de groupes académiques. Une motion sur l'éthique de l'engagement (27 KB) est adoptée, ainsi qu’un contrat d’objectifs. (30 KB)

* Février 2007 : Fac Verte est désormais officiellement composée de 7 groupes académiques, de nombreux autres groupes étant actifs.

* Avril 2007 : Dohina Khan prend le relais d'Adrien Meguerditchian à la coprésidence.

* Mai 2007 : Lancement du nouveau site web de Fac Verte.

mardi, décembre 16, 2008

L'inspecteur Derrick reçoit. Un monde policé où il y a quand même des tranquillisants.

L'inspecteur Derrick reçoit
Un monde policé où il y a quand même des tranquillisants.




POUR COMMENCER...
Lors d’une enquête en 2004 sur les publics du Festival d’Avignon, deux dialogues de théâtre de Koltès et de Gabily et un de Derrick ont été soumis à 1300 personnes : plus d’un tiers arrivait à situer la « nationalité » du dialogue, un quart arrivait à dater approximativement l’écriture du dialogue et un seul enquêté est arrivé à repérer qu’il y avait un dialogue de télé. Lorsqu’on est festivalier à Avignon, on peut regarder la télévision, mais on n’y pense pas. On n’est pas là pour parler de ça.

ET APRÈS...
Tout a commencé en DEA. Cette année devait marquer ma vie par mon entrée dans le monde intellectuel. Tous les jours, chez moi, j’y travaillais et tous les jours, à treize heures quarante) cinq, je regardais Derrick. C’est là que j’ai entendu l’inspecteur prononcer ces mots :

« Bravo, les jeunes doivent apprendre les bonnes manières ». .

Je me rappelle avoir pensé que Nadine de Rothschild, Baronne et esthète dans l’art de se comporter en société, aurait pu écrire ces quelques termes qui dans son ouvrage Le Bonheur de séduire. L’Art de réussir. Le Savoir-vivre du XXIe siècle. Édition revue et augmentée. Seulement, il n'en est rien et Derrick, héros de la série éponyme, est bien le véritable "auteur" de ces paroles. En fait comme on le verra plus loin, l’inspecteur et la Baronne entretiennent en commun une vision du monde, une façon de le construire : ce que Paul Veyne décrit comme un régime de vérité.
Cette cohérence, cette intelligibilité du monde que, dans le cadre de mon DEA , je cherchais à mettre en place au travers d’une enquête quantitative, d’entretiens, de grilles d’analyse du monde largement défini par un protocole, pourquoi ne pourrai-je pas l’accorder à l’œuvre de Derrick et à Nadine de Rothschild ? En effet, ces derniers avec des outils propres à leur spécialité et aux enquêtes qu’ils diligentent –mandats, entretiens, courriers, liste, - produisent des assertions sur leur monde. Ces assertions sur leur monde dépassent largement leur monde : celui avec lequel il forme une chaîne de coopération. Ils produisent un regard global sur l’individu et la société ou une partie de celle-ci fondée à partir d’expériences propres. Ce sont des expériences structurées professionnellement qui oeuvrent dans leur domaine respectif -trouver des criminels, mettre la table et divertir le troisième âge avec des outils similaires ? En se basant sur l’œuvre de René Char, l’historien Paul Veyne décrit cette capacité du sociologue et du poète à rendre le monde intelligible. Y a t-il une façon poétique, sociologique d'analyser Derrick comme il existe déjà une analyse communicationnelle des pratqiues de table ?

SHUIS SNOB...
Dans sa « petite apologie de l’expérience esthétique » , Jauss insiste sur l’idée qu’aujourd’hui, dans les analyses qu’on en fait, “ l’expérience esthétique est amputée de sa fonction sociale primaire précisément si la relation du public à l’œuvre d’art reste enfermée dans le cercle vicieux qui renvoie l’expérience de l’œuvre à l’expérience de soi et inversement, et si elle ne s’ouvre pas sur cette expérience de l’autre qui s’accomplit depuis toujours, dans l’expérience artistique, au niveau de l’identification esthétique spontanée qui touche, bouleverse, qui fait admirer, pleurer ou rire par sympathie, et que seul le snobisme peut considérer comme vulgaire ”

Tapis rouge et bonnes manières : le protocole est souvent réduit à ses aspects pratiques les plus pittoresques et, semble t-il, les plus futiles, ce qui n’empêche pas qu’il soit abondamment commenté dans la presse. Il y a pourtant là bien davantage que de l’anecdotique : le protocole, c’est d’abord une hiérarchie qui classe les acteurs et leur prescrit des comportements ; c’est ensuite une mise en scène qui invite le spectateur à faire allégeance à ces acteurs dans une proportion adéquate à la dignité qui leur est conférée. Le protocole est, en ce sens, la formalisation d’un rapport de force et la projection d’une représentation structurée des relations entre dirigeants et dirigés. Il peut ainsi être défini comme l’ordre symbolique donnant à voir l’ordre politique : « parce qu’il fixe la liste des rangs et des préséances, la hiérarchie des fonctions politiques, parce qu’il rappelle à chacun la place qui est la sienne, les gestes qu’il doit accomplir, parce qu’il justifie la distribution des corps dans l’espace politique, parce qu’il règle le mouvement et le rythme des cérémonies, le protocole garantit l’expression de l’ordre politique » .

Certains, comme Derrick ou Poirot, se réfugient derrière une discipline derrière laquelle ils excellent –respectivement pour nos deux enquêteurs, le savoir-vivre et la psychologie permettent de désigner le coupable. D’autres, comme Maigret ou Colombo entretiennent un rapport différent à la culpabilité : ils traquent, piègent et finalement, comme les précédents, ne récoltent que peu de preuves mais plutôt des aveux. La technique de Colombo est des plus intéressantes, car elle consiste devenir meilleur que la coupable dans son propre domaine.

L'INSPECTEUR DERRICK REçOIT
Le problème du genre de cette série se pose. Spécifique, elle supporte des traits caractéristiques assez forts pour être non seulement reconnu dès les premiers instants de sa réception – on n'énumèrera pas ici la totalité de ces traits mais nous pouvons pointer rapidement la couleur, la musique, les dialogues, les comédiens-, elle est aussi particularisante puisqu'elle a permis d'imaginer le timbre de l'audiovisuel allemand. Une ami m'a dit qu'il s'agit du transcodage de la couleur de l'époque pour passer du PAL (chrominance en modulation d'amplitude) au SECAM (chrominance en modulation de fréquence).

Derrick présente cette particularité d’être une série avec un seul scénariste : Herbert Reinecker en signe les 281 épisodes couronne cette carrière qui est aussi marquée notamment par la rédaction des scénarios d'une soixantaine de films, l'intégralité de la série «Der Kommissar» (1969-1976), de «Jakob un Adele», ainsi que diverses contributions aux séries «Der Alte», «Das Traumschiff»...
Nous pouvons citer quelques titres d’épisodes :
Attentat contre Derrick, Une affaire énorme, Un mort a gagné, Bienvenue à bord, Le message universel, Cruauté, insensibilité, froideur, Un cierge pour l'assassin aurait pu tout aussi bien être des titres de pièces de vaudeville déjanté.
Il y a dans ces titres quelque chose de moral qui situe une lutte entre le bien et le mal : dans tout cela, il y a des valeurs. Comme dans le vaudeville, les valeurs bourgeoises définissent la ligne de partage qui amène ou non à considérer le crime. Dans le monde de Derrick, le criminel est impoli, il est celui qui ne maîtrise pas les codes de ce monde que tout le monde doit connaître et respecter. Sauf Derrick, qui par sa science du savoir-vivre bourgeois, peut enfreindre les codes pour mieux confondre l’impolitesse.

Ce qui pourrait passer pour une coquetterie « en passant » à l’égard d’une série aussi peu flattée que celle-ci peut désormais apparaître comme beaucoup plus réfléchie si ce n’est raisonnable. Malgré les qualités attribuées à Derrick, cette série a, à la fois, pris une ampleur dans le temps mais aussi dans l’espace. En effet, plus de cent pays, dont l’Iran, ont diffusé ou diffusent « l’inspecteur ». L’hypothèse que nous faisons est que l’énonciation de la série procède d’une morale bourgeoise qui :
1- lui permet de circuler historiquement et géographiquement
2- et lui assure un succès car elle permet de montrer des choses graves en définissant fortement le prescrit et le proscrit.

Par la même science du protocole que Nadine de Rothschild qui peut accueillir n’importe qui à sa table et être invitée où que ce soit, Derrick peut s’inviter sur tous les écrans de télévision du monde sauf un : l’Américain, le passage du PAL au SECAM ? Ce dernier mettrait-il en place des codes trop sophistiqués, trop simple ? C'est dans la réception que se trouve la réponse. Il reste que cette série n’a jamais pris aux Etats-Unis d’Amérique et qu’il nous semble qu’il vaut mieux arrêter ici les hypothèses plutôt que de se demander si Nadine de Rothschild serait bien reçue par Georg W Bush.

Cependant, c’est bien à l’aune du guide de savoir-vivre de Nadine de Rothschild que nous souhaitons mesurer la valeur bourgeoise de Derrick.

Quand Nadine dit :
[Je] trouvai au fond d'un placard un vieux livre poussiéreux qu'avait sans doute oublier une comédienne.[…] Je ne savais pas qu'il allait transformer ma vie, me donner les moyens de m'élever plus haut que mes rêves. Ce livre, je l'ai lu et relu comme un roman dont j'étais l'héroïne. Je présidais des dîners somptueux, des hommes en habit s'inclinaient jusqu'à terre, je vivais entourée de lys et de roses.
Mais, dès que j'ouvrais les yeux, je retombais dans ma vie quotidienne et retrouvais des gens n'ayant rien de commun avec les personnages qui peuplaient mon livre. Ils n'en avaient ni le langage, ni les manières, ni l'exquise politesse. Je me posais des questions : ces personnages existent-ils vraiment ? Me sera-t-il donné de les rencontrer un jour ? Saurai-je leur plaire ?
Non, ils possédaient un savoir que je n'avais pas.

Derrick est à l’Opéra et est mis sur une enquête :
Dans l’épisode qui suit, « le Dr Schöller, […] en sortant de chez sa fiancée[…], aperçoit un inconnu dans sa voiture. Il tente d’intervenir mais se fait abattre froidement. Derrick comprend que le meurtrier a des liens avec une bande organisée autour du vol de voitures de luxe ».

Personnel de l’opéra - C'est marrant, ça fonctionne.
Personnel de l’opéra - Qu'est-ce que c'est que ça ?
Personnel de l’opéra - Un monsieur me l'a confié et si ça sonne, il faut aller le prévenir immédiatement, je vais le chercher. Tiens voilà son numéro.
Derrick - Vous êtes très gentille, toutes mes excuses de vous avoir embêté, allons-y.
Compagne de Derrick en tenue de soirée -D'accord.
Il laisse un pourboire
Personnel de l’opéra - Merci beaucoup.
Derrick -Où se trouve le téléphone ?
Personnel de l’opéra - Il y en a un dans le hall.
Derrick -Merci.
Harry- Bonsoir, Stephen.
Derrick -Bonsoir, Harry.
Harry- Excuse moi de vous avoir dérangé. J'ai demandé à Schröder de s'amener, seulement, il est déjà sur une autre affaire.
Derrick -Oh, ce n'est rien.
Harry- Dommage pour une fois que Reynat pouvait avoir un peu de repos. Comment c'était ?
Derrick - Il chantait vraiment beaucoup.
Harry- Je t'avais dit de me déposer et de rentrer chez toi. Bon, allez, Harry, je t'écouté que s'est il passé ?

Que de politesses, alors que le crime est là ! Derrick est bien l’anti Columbo. Quand, l’un travaille sur la débauche des grands dans un vieil imper assortie à sa 403 Peugeot, l’autre montre Rolex au poignet qui tient le volant BMW enquête comme un Flaubert sur les travers des petites et moyennes gens.

Un monde policé où il y a quand même des tranquillisants. La question des valeurs chez Derrick se pose comment vivre ou ne plus vivre -tuer ou se faire tuer- la transgression tout en restant digne, ou pas.

Derrick est celui qui est autorisé par sa fonction à déroger à ce savoir-vivre : car, plus que tout autre, il le possède. Aussi, ce suit aurait pu être saisi indifféremment chez Derrick ou Nadine.


Nadine :
Des petits rêves pour être sur de les dépasser

Ils n'en avaient ni le langage, ni les manières, ni l'exquise politesse. Je me posais des questions : ces personnages existent-ils vraiment ? Me sera-t-il donné de les rencontrer un jour ? Saurai-je leur plaire ?
Non, ils possédaient un savoir que je n'avais pas.


Nadine :
Conseils à une jeune fille
Vous en voulez à votre mère de s'être battue pour acquérir une égalité dont vous ne voyez pas les avantages, depuis la victoire du MLF, les hommes dites-vous ont cessé d'être galants. Mais vous, peut-être par réaction, n'avez-vous pas oublié d'être féminine ? Par votre allure garçonnière, ne les avez-vous pas encouragés à être de moins en moins prévenants ?p33

Nadine :
L'union libre
Votre fille, votre neveu, votre petit-fils vit en couple sans s'être marié. Aujourd'hui, les couples qui vivent maritalement sans être passés par la mairie sont de plus en plus nombreux. P68
Nadine :
Conseils à un jeune homme
Si vous êtes un garçon timide –tous les garçons le sont-, raison de plus pour vous armer de toutes les règles du savoir-vivre en société. Ainsi vous n'aurez plus la pénible impression, en entrant dans un salon où vous ne connaissez pas grand monde, de vous sentir perdu, paralysé, ignorant de ce qu'il vous faut dire ou faire. Plus votre savoir-vivre sera grand, plus vite vous vaincrez votre timidité. P43

Derrick :
Les homosexuels qui relèvent souvent d'un tempérament jaloux et son sujet à un tempérament violent.

Nadine :
Je considère que le divorce est un fléau. [… ] Il est devenu un phénomène de société, une mode. Quitte à vous choquer, je dirai qu'il fait autant de ravages que la drogue. […] Bien des couples, à un moment de leur vie, envisagent de se séparer. Mais à l'idée de voir le patrimoine divisé, ils choisissent de ne pas briser les liens du mariage et font l'effort de rétablir l'harmonie, tant bien que mal. Pp 89-90

La force signifiante de Derrick se trouve subsumée par le regard de sa compagne lorsqu'elle lui dit :

Compagne de Derrick :
Excuse-moi, tu sais que je suis angoissée donc stupide. C'est le changement qui m'inquiète.

Derrick ayant été publiquement mon compagnon depuis le DEA, les étudiants de première année de MASTER PUBLICS DE LA CULTURE ET COMMUNICATION m'ont donné hier une carte de condoléances, elle est ressemble à une carte d'anniversaire. Je ne sais pas si Nadine sera d'accord avec cette forme, mais je crois maintenant avec du recul que lorsque tout est en train bouger dans le cadre d'un DEA ou celui de la maison de retraite que l'on se prépare à faire le deuil d'une partie de soi-même, ce que Rousseau appelle une deuxième naissance, d'autres un rituel de passage ou encore une expérience esthétique : Derrick nous renvoie à notre part de stupidité qui nous accompagne tout long de la vie, notre identité numérique, ce qui ne change pas qui fait que nous savons que nous sommes nous-même et qui fait que nous pouvons changer.

La carte des étudiants portait en exergue :
La tragédie de la mort est en ceci qu'elle transforme la vie en destin. André Malraux

vendredi, décembre 05, 2008

Transmissions : passages et temoins



La rencontre "Passages et temoins", rencontre diplomes/nouveaux des masters culture et communication de l'universite d'avignon et des pays de vaucluse, a lieu le vendredi 12 decembre à l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse, une occasion pour une rencontre entre les actuels matser 2 et les anciens diplômes, qui se poursuivra autour d'un diner, organise par les etudiants du master Stratégies du développement culturel Publics de la culture et communication et Médiation de la culture et du patrimoine dans un etablissement de la ville.



Pour les anciens etudiants MST com, IUP Mac, DESS et Master SDC de Culture & Communication de l'Université d'Avignon

En attendant que le site internet voit le jour, voici un facebook pour patienter...

Transmissions a pour but de :
Developper des liens entre les etudiants et les diplomes du master culture et communication de l’université d’avignon et des pays de vaucluse, afin de permettre une meilleure connaissance du secteur de la culture et de la communication et de favoriser l’insertion professionnelle des etudiants
Mais aussi d'organiser des conferences, rencontres, tables rondes, soirees, visites ...