vendredi, janvier 26, 2007

Festival d'Avignon 2003 - NO COMMENT - III -






Vous pouvez utiliser ces photos en les citant :
« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Christophe De Saint Denis.
Veuillez nous signaler leur utilisation : damien.malinas@univ-avignon.fr Merci.

Festival d'Avignon 2003 - NO COMMENT - II -






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« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Christophe De Saint Denis.
Veuillez nous signaler leur utilisation : damien.malinas@univ-avignon.fr Merci.

Festival d'Avignon 2003 - NO COMMENT - I -






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« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Christophe De Saint Denis.
Veuillez nous signaler leur utilisation : damien.malinas@univ-avignon.fr Merci.

En quête du spectateur (1/12) Dites "a"


En quête du spectateur (1/12) Lundi 10 juillet 2006 - 06:00
Dites «A» ! QUOTIDIEN :
«Festiv/a/l», «festiv/a-a/l», «festiv/ale/»... Qui prononce quoi ?
Par Emmanuel ETHIS, Jean-Louis FABIANI, Damien MALINAS
Tous les jours, des sociologues de l'université d'Avignon proposent un miniportrait sur le vif des publics du festival.
Emmanuel Ethis (université d'Avignon), Jean-Louis Fabiani (EHESS-Fellow au Wissenschaftskolleg zu Berlin) et Damien Malinas (université d'Avignon), sociologues

Dans la ville de province par excellence qu'est Avignon, on peut se livrer au moment le plus fort du festival, à une petite expérience d sociolinguistique amusante. Alors que la manifestation brasse une grand diversité de populations au coeur de juillet, il vaut la peine d'analyser le manières de prononcer un mot aussi commun que «festival». L'évidenc s'impose très vite. Tout le monde ne prononce pas le «a» de «festival» de l même manière. On entend simultanément : «festiv/a/l», «festiv/a-a/l», «festiv/hall/» ou (plus provençal) «festiv/ale/»

Allongement tendanciel. Que nous révèlent ces façons de dire ? Y aurait-il, au sein du festival, des groupes identifiables par leur prononciation ou leur intonation ? Prononce-t-on de manière différente la dernière syllabe du mot selon qu'on est dans le in et dans le off ? Des facteurs autres que l'origine géographique et l'appartenance sociale sont-ils en jeu dans la manière de faire plus ou moins traîner le «a»? Quelle est la signification de son allongement tendanciel? Peut-on imiter une façon de dire «festiv/a-a/l» pour avoir l'air d'appartenir à un groupe plutôt qu'à un autre et masquer son ancrage social véritable ? Existe-t-il un conflit de reconnaissance mutuelle entre festivaliers inhérent aux prononciations du mot ? Ces façons de dire ont-elles pour fonction de légitimer la valeur que l'on accorde à des pièces, à des attitudes ou à des styles ?

Il n'existe pas de réponse catégorique à toutes ces questions : il serait ridicule de vouloir diviser l'univers des festivaliers en groupes «réels» (Vauclusiens contre Parisiens, «professionnels» de la culture contre amateurs pétris de bonne volonté, etc.). Néanmoins, une chose est remarquable : pendant très longtemps, on a décrit le Festival d'Avignon comme «un festival parisien». Or, les données produites par l'ensemble des enquêtes sur les publics d'Avignon montrent que les locaux ou régionaux sont majoritaires en nombre. Mais ce réajustement statistique ne parvient pas totalement à corriger l'impression que la manière parisienne de prononcer le mot «festival» continue de dominer l'ensemble des discours.

En réalité, et ce n'est pas rien, les Parisiens représentent en moyenne 23 % du public et en constituent la troisième fraction la plus importante. Il faudrait aussi s'attacher plus longuement à décrire ce qu'est être parisien : mais ceci est une autre histoire. Les habitants de la capitale sont loin d'être les seuls à conférer au festival sa couleur sonore. Mais il est vrai qu'on y parle le plus souvent «pointu».

Déstabilisation. C'est ainsi qu'un phénomène étrange transforme une partie des publics locaux et régionaux : à l'oreille de leurs voisins comme à celle des touristes, ils ne sont soudainement plus du «coin» et l'on peut entendre fréquemment des «Ah bon, tu es avignonnais ?», qui témoignent de cette déstabilisation langagière. On remarque aussi que le festival demande à ses participants, y compris avignonnais, d'éprouver un sentiment d'étrangeté, de dépaysement ou d'exotisme, à l'égard de la ville linguistiquement transformée.

Style unique. Le festival a sédimenté au cours du temps des manières de parler et des façons de s'aborder, au café ou dans les files d'attente qui ont donné, peut-être autant que la programmation, son style unique au festival. Un véritable lexique de l'action culturelle s'y est constitué : «décentralisation», «démocratie culturelle», «théâtre public»,» institutionnel», «alternatif», «in», «off», «off-off», «hors champ» sont devenus des termes familiers ; autant de lieux de mémoire langagiers qui s'apparentent aux espaces théâtraux ou au souvenir de soirées héroïques. Le Festival d'Avignon est toujours bien autre chose que de simples soirées théâtrales : il est le lieu d'élaboration, par des acteurs très divers et souvent anonymes, d'une configuration politico-culturelle dont il n'est pas d'autre exemple.

Pour approfondir la rencontre avec les spectateurs qui «font» le festival, nous nous proposons de redécouvrir chaque jour, avec le regard du sociologue, un portrait de festivalier, un sociogramme instantané sur ces manières singulières, non seulement de dire «a», mais de vivre une relation particulière à Avignon.



POUR ACCÈDER AUX SOCIOGRAMMES ET AUTRES MINI PORTRAITS SOCIOLOGIQUES, VOUS POUVEZ CONSULTER LES ARCHIVES DE LIBÉRATION http://www.liberation.fr/dossiers/avignon2006. UNE PREMIERE VAGUE DE PORTRAITS DE SPECTATEUR AVAIT ÉTÉ ÉTABLI EN 1996, DÉJÀ POUR LIBÉRATION : ILS ONT ÉTÉ RASSEMBLÉS DANS L'OUVRAGE DIRIGÉ PAR EMMANUEL ETHIS Avignon, le public réinventé, le festival sous le regard des Sciences Sociales (La Documentation française, 2002.

Les Nuits des CinéFils et Filles















« Les CinéFils et Filles veulent, par le biais de leurs soirées, à la fois projeter dans leur contexte originel -le cinéma- des films populaires de qualité et faire découvrir le patrimoine avignonnais dans un cadre nocturne particulier ». Tarif unique : 10€
http://cinefilsetfilles.free.fr/
INFOLINE : 0661417255
cinefils-et-filles@emailasso.net

L’association « La Nuit des CinéFils et Filles » a été créée à l’initiative d’Emmanuel Ethis avec Jacques Maillot, Sébastien Roch et Damien Malinas avec les étudiants du Département des Sciences de l’Information et de la Communication de l’UAPV. Dès ses débuts et dès sa composition, cette association a souhaité rassembler la communauté universitaire dans ses différents corps : étudiant, enseignant-chercheur, administratif et technique. Ainsi, Nicole Delorme, alors responsable administrative de l’UFR SLA, a été la première trésorière des Nuits des cinéfils et filles : elle a su transmettre ses connaissances et compétences aux membres de l’association en termes de compréhension de l’université et de son fonctionnement. L’idée de rassemblement autour du cinéma est à l’œuvre dans ces nuits à thème alliant cinéma et patrimoine et conciliant les deux ensembles que sont Avignon intra muros et Avignon extra muros. Conçues en partenariat avec le complexe de cinéma Pathé Capsud, elle ont également associé des partenaires essentiels du patrimoine avignonnais (Palais des Papes, Musée Calvet) et la Ville d’Avignon.

Voici la liste des films programmés au cinéma Pathé Cap Sud http://www.pathe.fr/ au cours de 7 Nuits des CinéFils et Filles :

" LA NUIT HITCHCOCK", 31 mai 2001 avec un premier pot organisé sur le parking du Pathé CapSud pour pouvoir parler et échanger autour du cinéma en mangeant et en parlant.
- La Loi du Silence (I Confess, 1953) d'Alfred Hitchcock avec Montgomery Clift, Anne Baxter...
- Les Oiseaux (The Birds, 1963) d'Alfred Hitchcock avec Tippi Hedren, Rod Taylor...

" LA NUIT MEDIEVALE", 25 janvier 2002 au cinéma Pathé Cap Sud puis au Palais des Papes http://www.palais-des-papes.com/ autour d’un festin pauvre moyenâgeux. Auparavant, un parcours y conduisait les spectateurs visiteurs où l’on croisait des moines dans la nuit, où des contes prenaient place dans les recoins.
- Le Nom de la Rose (The Name of the Rose, 1986) de Jean-Jacques Annaud avec Sean Connery, Christian Slater...

" LA NUIT DE FUNES", 03 mai 2002 au cinéma Pathé Cap Sud puis au Musée Calvet http://www.mairie-avignon.fr/fr/culture/musees/calvet.php où les portraits du comédien étaient exposés au milieu des œuvres du musée où Fantomas nous accueillait dans une ambiance yéyé.
- La Folie des Grandeurs (1971) de Gérard Oury avec Louis de Funès, Yves Montand...)
- Le Corniaud (1965) de Gérard Oury avec Bourvil, Louis de Funès...

" LA NUIT BRAZIL", 13 décembre 2002 au cinéma Pathé Cap Sud puis au réservoir d’eau du Palais des Papes http://www.palais-des-papes.com/ où l’univers de Brazil étaient projetés sur les murs : têtes de cochon et service en uniformes rouges au menu.
- Brazil (1985) de Terry Gillian avec Jonathan Pryce, Robert de Niro...

" LA NUIT CABARET", 23 mai 2003 au cinéma Pathé Cap Sud puis au Cercle d'Echanges Interculturels et Linguistiques d’Avignon http://www.ceila.com/ Un cabaret dans un jardin avec magicien et numéros de ventriloque.

- Moulin Rouge (1953) de John Huston avec José Ferrer, Colette Marchand...

"LA NUIT JEAN-HENRI FABRE", 24 octobre 2003 au cinéma Pathé Cap Sud puis dans la Cour d’Honneur de la faculté des Sciences de l’Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse http://www.univ-avignon.fr/ , ancienne École Normale. Faire rentrer dans l’université l’entomologiste le plus avignonnais.
- Monsieur Fabre (1951) de Henri Diamant-Berger avec Pierre Fresnay, Elina Labourdette...

"LA NUIT EN ATTENDANT JUILLET", 6 mai 2004 au cinéma Pathé Cap Sud puis à la Maison Jean Vilar http://maisonjeanvilar.org/ pour se retrouver par la médiation du cinéma et de Gérard Philipe pour discuter après 2003 en attendant juillet.
- Fanfan la Tulipe (1952) de Christian-Jaque avec Gérard Philipe, Gina Lollobrigida...

" LA NUIT AU BAL DU DIABLE", 25 janvier 2007 au cinéma Pathé Cap Sud puis au Restaurant Universitaire de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, http://www.univ-avignon.fr/ transformé en bal de promo US des années soixante-dix. C’est un évènement puisque jamais l’Université n’a ouvert ses portes après 20h00 depuis son inauguration en 1998.

- Carrie au bal du diable (1976) de Brian de Palma avec Sissy Spacek, Piper Laurie, Amy Irving, William Katt, John Travolta, Nancy Allen, Betty Buckley…

Le rassemblement, on le voit, est générationnel : des films générationnels vus ou revus par plusieurs générations, ensemble. En plus de cette activité, les Nuits des Cinéfils et filles proposent régulièrement (toutes les deux semaines durant l’année universitaire) des séances de ciné-club en vidéo-projection à la bibliothèque universitaire, en collaboration avec le Service commun de documentation de l’UAPV.

Présidents depuis la création des Nuits des cinéfils et filles :
Sébastien Roch 2000-2001
Damien Malinas 2001-2005
Damien Malinas et Alexandre Manzanares 2004-2005
Hugo Soriano 2005-2006
Anaïs truant 2006-2007

mercredi, janvier 24, 2007

"Transmission de données" photo prise par Emmanuel Ethis



"Transmission de données" photo prise par Emmanuel
Ethis au théâtre municipal d'Avignon, Nora (Maison de
poupée) de Henrik Ibsen mise en scène Thomas
Ostermeier, juillet 2004, Festival d'Avignon.

ORAL DE SOUTENANCE-COMMENT DEVENIR UNE TACHE CULTURELLE





ORAL DE SOUTENANCE- Damien MALINAS-VEUX
COMMENT ESSAYER DE NE PAS ETRE UNE TACHE CULTURELLE

SOUTENANCE DE THESE/


Madame la Présidente du jury,
Messieurs les rapporteurs,
Messieurs les Membres du Jury,
Messieurs mes directeurs de thèse,
Mesdames et Messieurs,
Je vous remercie de votre lecture courageuse et de votre présence bienveillante. Je suis donc heureux de soutenir devant vous une thèse intitulée :

TRANSMETTRE UNE FOIS ?
POUR TOUJOURS ?
Portrait dynamique des festivaliers d’Avignon en public

Ce titre s’éclairera au fur et à mesure de cette présentation, cependant j’espère qu’il recèle un caractère éclairant et non obscurcissant car, avant tout, il doit être une aide à la compréhension de cette thèse dans la mesure puisqu’il est censé représenter son propos de la thèse.

Tout d’abord, je tiens à poser un erratum parcellaire car incomplet : je dois avouer qu’une « crémière fois » ne veut rien dire, même si j’ai cherché par des stratagèmes à même de justifier cette faute, je n’ai pas trouvé de métaphore laitière appropriée. En fait, il se peut qu’il s’agisse d’une erreur de traitement de texte, ou de correcteur d’orthographe. Il est plus certain qu’il s’agit d’une erreur humaine comme nombre de celles qui doivent truffer cette thèse. Plus important comme erratum est le fait de devoir pallier à un manque de cette thèse dans sa bibliographie, j’ai oublié de citer Marion Pelletier dont j’ai suivi, en tant que tuteur, durant deux années deux mémoires sur le Festival d’Avignon. C’est, sans doute pour moi, une erreur importante de posture pour un enseignant-chercheur et cela, d’autant plus, au regard de l’exemplarité que mes directeurs de thèse m’ont donné à voir en citant non seulement toutes leurs sources, mais aussi celles des plus jeunes, comme moi.

Maintenant, pour commencer à parler du Festival d’Avignon et de son public, je tiens à rappeler une anecdote rapportée au mois de septembre 2006 dans le quotidien La Provence : les pressings d’Avignon se sont inquiétés de voir apparaître des taches « particulières » sur les vêtements d’une partie de leur clientèle. Ces tâches identiques dans le dos des vêtements étaient caractéristiques car ne concernant que les festivaliers. Devait-on y voir les signes de reconnaissance d’une communauté comme les envahisseurs de David Vincent se reconnaissant à leur annulaire rigide ? Était-ce le marquage du troupeau ?
Toutes ces questions peuvent sembler cocasses, mais il n’en reste pas moins que le dispositif du festival s’est imprimé sur les spectateurs de la Cour d’honneur. En effet, seulement, eux ont été tâchés : l’empreinte de Jean Vilar fêtant la soixantième édition ? Non, en fait, les sièges de la cour marquaient les spectateurs. Mais ce n’est pas là l’important, on sait depuis longtemps comment le festival fait tourner les boutiques et donc, on le voit ici, les pressings, ce qu’il y a d’important ici est de voir le processus qui amène de simple tâches individuelles à devenir une tâche culturelle. Ces tâches individuelles doivent passer par leur mise en commun –on repère que toutes ces tâches sont similaires- et la reconnaissance de cette mise en commun par le dispositif du public et plus particulièrement celui de la Cour d’Honneur pour pouvoir devenir ensuite une tâche de spectateur : plus brièvement, si c’est une tâche de spectateur, c’est parce que c’est une tâche du public. Ces grandes questions sous-tendent la réflexion de cette thèse : peut-on être spectateur tout seul ? Ayant travaillé quelques années dans un théâtre du OFF, j’ai pu voir des pièces jouer pour trois ou quatre spectateurs, mais jouer pour une personne –un spectateur public en somme- : je ne l’ai jamais vu. Cette impossibilité me semblant être partagée tant du côté de la scène que du côté salle.

Plus globalement, cette thèse s’articule en deux parties. Une première partie s’attache à la description du dispositif et de la forme du Festival d’Avignon. C’est là qu’est interrogée la notion d’auteurité du festival : Qui le produit ? Qui s’attribue cette production ? Et qui la raconte ?
La deuxième partie est centrée sur les pratiques des festivaliers. Tout d’abord, celles-ci sont interrogées à partir de la notion de rythme afin de saisir leurs cycles, intermittences notamment grâce à la notion d’estivation. Ensuite, le statut de la première fois au Festival d’Avignon est envisagé sous les termes du rituel de passage : deviendrait-on, par exemple, un adulte culturel ? Enfin, la notion de transmission culturelle est revisitée à l’aune de celle d’héritage souvent employée pour décrire ce type d’échange particulier qu’est l’échange culturel dans la mesure où on ne peut rendre à quelqu’un ce dont il ne s’est pas défait : sa culture, toute ou partie de celle-ci.

Mais, tout d’abord, revenons, plus particulièrement, à cette soutenance car comme Jack Goody le signale, dans son ouvrage La raison graphique, la domestication de la pensée sauvage, il y a une spécificité de la pensée écrite et de la pensée orale : par exemple, je reviendrai moins que dans le manuscrit de la thèse sur les données chiffrées car il me semble, au regard de la linéarité de la parole, vain de vouloir retranscrire des tableaux dans une allocution. Remarquons qu’on peut alors me demander pourquoi ne pas projeter des données avec un PowerPoint, un écran et un vidéo projecteur ? Tout d’abord, je dois relever une part d’incompétence technique de ma part due à un sentiment de panique qui commence lorsque je dois choisir entre deux boutons. Ensuite, trop souvent, ces outils censés éclaircir la vision de l’auditeur la troublent par ce qu’on appelle du bruit dans la communication -bruit réel du vidéoprojecteur- et –bruit au sens plus général instruit par Shannon et Weaver-. En effet, comme le relève, Christian Morel, face à des objets techniques comme la vidéoprojection de figures, graphiques nombres et chiffres, tout le monde réagira si les donnée sont projetées à l’envers, mais si les données correctement projetées sont illisibles car trop petites, on verra tout le monde tendre le cou et plisser les yeux, mais rares sont ceux qui interpelleront le projetant afin d’adapter la projection. On remet en cause plus facilement l’humain que la technique. Toutes ces raisons m’ont poussé à penser depuis l’oralité cette soutenance de thèse. Ainsi, des copies des résumés, des sommaires du corps de thèses et des annexes ont été distribués aux membres de l’assistance, non pour suivre le déroulement de la soutenance, mais pour référer cette soutenance à aux écrits qui lui correspondent en premier lieu. Enfin, il a fallu penser l’oralité dans sa dimension physique et corporelle, ceux qui me connaissent savent que je n’ai pas une voix qui porte, je vous rassure, elle est capable de s’élever, et je suis capable de prendre ce que j’appelle ma voix de cours, d’enseignant quand la situation le requiert. Celle-ci ne nécessite pas de sonorisation comme aujourd’hui, mais, en fait, c’est parce que j’ai choisi de prendre la parole avec ma voix d’étudiant, plutôt que ma voix de cours, celle-ci, je le sais, est parfois hésitante et l’on se demande parfois si j’ai fini ma phrase ou si je dois la continuer. Ayant, dès ma première année d’études en sciences de l’information et de la communication, été inscrit à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, d’aucuns des enseignants du Département des Sciences de l’Information et de la Communication et du laboratoire Culture et Communication pourraient en attester. Ce n’est pas un simple effet de style et de justification destiné à me prémunir de ce que je redoute le plus. M’exprimer avec ma voix d’étudiant, c’est exposer la parole que j’ai du travailler, apprivoiser, domestiquer pour la faire passer d’un régime de pensée orale à un régime écrit. Refaire passer cette pensée à l’oral, c’est éprouver le chemin que ma pensée a parcouru tout au long de cette thèse et essayer de discerner ce qu’est ma voix en tant que chercheur : il me semble qu’elle n’est pas si éloignée que cela de ma voix en tant qu’étudiant.

Vous dire que je parle avec ma voix d’étudiant me rappelle à une problématique entamée depuis mon DEA à l’EHESS Marseille : celle de l’exposition des moyens, penser les dispositifs et les moyens de l’enquête, les montrer et jusqu’à quel point ? Il ne s’agit pas que les annexes deviennent le corps du propos, c’est s’interroger sur ce qu’Albert Camus, dans sa réflexion sur la fin et les moyens, notamment dans son ouvrage L’Homme révolté appelle la pensée des limites. Pour lui, en histoire, comme en psychologie, la révolte est un pendule déréglé qui court aux amplitudes les plus folles parce qu’il cherche son rythme profond. Mais ce dérèglement n’est pas complet. Il s’accomplit autour d’un pivot. En même temps qu’elle suggère une autre nature commune des hommes, la révolte porte au jour la mesure et la limite qui sont au principe de cette nature.

Loin moi, l’idée de révolte ou de volonté de révolter la sociologie ou les sciences de l’information et de la communication puisque, pour moi, une thèse est un exercice de discipline au sens plein du terme et comme Albert Camus le souligne société et discipline perdent leur direction si elles nient le « Nous sommes ». C’est cette discipline même qui permet à Howard Becker de pratiquer une induction analytique pas-trop-rigoureuse.
L’enquêteur, certes fictif, qui affiche le plus fort le principe d’induction est Sherlock Holmes : dès sa première aventure, L’Étude en rouge, il dialogue ainsi avec Watson :
- Pas de données, encore, répondit-il. C’est une erreur capitale que d’échafauder des théories avant d’avoir des faits. Cela fausse le jugement.

Conan Doyle

Je n’ai pas le génie et le courage de Sherlock Holmes de tout recommencer à chaque fois depuis les données. Certes, grâce et avec le Département des Études et de la Prospective puis des Statistiques, des données ont été produites lors d’enquêtes menées et j’ai participé à leur production depuis 1999. Le travail avec le DEP n’a pas été seulement une question de financement, mais un dialogue nourri sur la culture et un véritable apprentissage de ce qu’est une écriture qui doit pouvoir se lire. Plus généralement, les données sont constituées essentiellement de questionnaires, donc de statistiques, d’entretiens donc de retranscriptions. Cependant, si, par la pratique du terrain festivalier, elles se sont réellement construites autour de l’observation chère à Sherlock Holmes, le « Nous sommes » m’a permis d’aller plus loin à la fois parce que cette recherche était insérée dans un programme de recherche mais aussi parce la sociologie et les sciences de l’information et de la communication en tant que discipline m’ont donné un cadre de la parole avec un jargon et tout un vocabulaire de description du monde.

Enfin, parler avec ma voix d’étudiant est essentiel dans ce qui constitue un rite de passage que l’on souhaite accomplir pour ne plus être étudiant. À cette fin et sous les conseils de mes directeurs de thèse, je me suis procuré le 128 de Claudine Herzlich, Réussir sa thèse en sciences sociales, et je me suis particulièrement intéressé à la cinquième partie Finir et soutenir et à la rubrique La Soutenance :
C’est le grand jour ! Classiquement, on compare une soutenance de thèse à une pièce de théâtre. Vous êtes au centre de la représentation. Et dès le lever de rideau, vous devez commencer par la scène difficile qu’est l’exposé initial. D’où l’importance de l’avoir bien préparé. L’avantage, c’est que si vous vous en sortez bien, immédiatement tout ira mieux : avoir franchi ce cap vous permettra de maîtriser votre trac. Mais vous n’êtes pas la seule vedette. Les autres rôles sont également distribués et chacun des acteurs entend jouer le sien avec éclat. Le président du jury [par exemple] est une sorte de metteur en scène : il règle les temps de parole des et des autres et veille au bon déroulement de la représentation. […] Mais la métaphore théâtrale a ses limites : une soutenance n’est pas qu’un spectacle qui s’achève avec le baisser de rideau. L’enjeu, pour vous, est bien réel et il engage souvent durablement l’avenir.

C’est réellement un ouvrage très utile. Mais quelque chose me troublait à la lecture de ce passage : en fait, on voit ici très vite une confusion entre le côté scène et le côté public dans la métaphore basée sur la représentation théâtrale. Et c’est en redistinguant finalement cette confusion abusive que l’on veut finalement différencier de la soutenance de thèse. Pour moi, la grande différence entre la soutenance de thèse et le jeu d’un comédien est qu’un comédien redevient ce qu’il était avant la pièce, là où la soutenance de thèse est un rite de passage au sens de Van Gennep avec trois phases décrite par des étapes préliminaire, liminaire et postliminaire. Quand Claudine Herzlich souligne à l’attention du doctorant que L’enjeu, pour [lui], est bien réel et il engage souvent durablement l’avenir et que ceci qui différencie la soutenance de thèse de la représentation théâtrale, sinon c’est confondre la dimension de production et spectatorielle de la performance. Aujourd’hui, je ne doute pas de l’attention des spectateurs réunis en public pour cette soutenance de thèse, mais je leur fais confiance pour s’en remettre assez rapidement au moins dans sa dimension professionnelle à moins d’être éventuellement professionnellement concerné par la question que ce soit par l’entrée universitaire ou théâtrale. Donc, Claudine Herzlich a raison de différencier la représentation théâtrale.

Pourtant et alors même que cela paraît moins évident, L’enjeu […] réel, [celui qui] engage souvent durablement l’avenir peut résider dans quelques moments de sa vie spectatorielle, de ce que Jean-Claude Passeron appelle une carrière esthétique. Bien sûr, cette dimension est moins évidente à décrire que la dimension professionnelle des transformations : après avoir vu 200 pièces de théâtre, on ne devient pas spectateur de théâtre comme certains deviennent artistes avant même d’avoir jouer une pièce. Le Festival permet de saisir ce surcroît d’identité que donne la culture : on devient festivalier, on ne sait pas trop ce que cela veut dire, mais on peut le dire. On doit remarquer que la notion que la malléabilité de la définition de festival pose la question plus générale des formes plastiques que l’on peut investir de son petit panthéon personnel de symboles : elles prennent le sens qu’on leur donne selon celui qui parle et la situation dans laquelle il le fait. Cependant, nous avons pu trouver une définition du festival :

Le festival signifie un sacré ou un temps profane de célébration, marqué par des observances spéciales; la célébration annuelle de personn notable ou un événement, ou la moisson d'un produit important; un événement culturel consistant d'une série de fonctionnement de travaux aux beaux arts, souvent consacrés à artiste simple ou genre; une foire (un salon); gaieté générique, jovialité, fait d'être gai. Des utilisations de langue commune semblables doivent être trouvées dans toutes les langues romanes.
Alessandro Falassi, (sous la dir.), Time out of time, Festival : Definition and Morpholgy, University of New Mexico Press, Albuquerque, 1987, p 2. Trad. (D. Malinas-Veux)

Cette définition a le mérite d’être claire, elle définit bien, beaucoup, mais elle définit bien plus qu’«Avignon » : son objectif n’est pas de discriminer, discrétiser la notion de festival parmi d’autres, mais bien d’englober tout ce qui pourrait être un festival –de la fête votive à la foire…-. En fait, c’est le moment de situer à quel point moi, ce n’est pas une coquetterie que d’avoir à citer des références issues du monde anglo-saxon, y compris en anglais. Elles sont toujours traduites au long de la thèse sauf une : « Tease me, tease me, tease me baby, Till I loose control »- de Shaggy, exergue de l’introduction, extrait d’une chanson et dont la musicalité me semblait faire partie de la thèse. En fait, il y a des différences entre le monde anglo-saxon, ou québécois d’ailleurs et la France, c’est qu’à l’instar des fêtes votives, la notion de festival peut tout à fait être relié à la religion. En effet, c’est au Canada, lors d’un séjour de recherche à l’Université de Québec à Montréal, que des mots comme « république » et dimension républicaine du festival d’Avignon ont pris sens pour moi : il y a quelque chose à voir avec les fêtes révolutionnaires : comment se réunir ensemble hors de la religion (de la même manière, les vacances françaises liées au Front populaire sont les « holydays » -jours saints- dans le monde anglo-saxon). C’est une des raisons, entre autres, pour laquelle nous avons insisté dans cette thèse sur le fait que des festivaliers ne sont pas à confondre avec des pèlerins.

De façon plus resserrée sur la définition énoncée plus tôt, le festival d’Avignon n’épuise qu’en partie cette définition universelle de la notion du festival, c’est pour cela que nous avons essayé tout au long de la thèse de territorialiser nos propos par la description du dispositif dans l’espace et dans le temps, mais aussi dans le territoire de la pratique qui rassemble les festivaliers à Avignon : le théâtre. Beaucoup ont une idée précise de ce qu’est un festival, de sa pratique d’un festival, sait manifestement pointer du doigt un festival, le critiquer même et pourtant, définir la notion la notion de festival est des plus compliqués. Le festival est un dispositif et une forme dont le festival d’Avignon est une modalité d’investissement parmi d’autres. Cependant, le festival d’Avignon n’est pas n’importe quelle forme puisqu’elle a la capacité de remodeler la définition de ce qu’est un festival.

En territorialisant cette thèse aussi la sociologie et les sciences de l’information et de la communication en France, ce qui nous a frappé, c’est l’usage particulier que l’on y fait de la notion d’héritage. On hérite de tout, de la culture et cela du vivant des donateurs. Il a été important de repréciser la notion d’héritage et de repartir de la notion de transmission ce qui a permis, finalement, ce que pouvait un héritage comme un moment de la vie des transmissions sont réactivées. La notion de transmission a permis aussi un sens différent de l’échange que celui toujours descendant de la reproduction. Ce processus que l’on pu retrouver à l’œuvre dans la transmission culturelle depuis la Festival d’Avignon a été pointé et qualifié selon les termes de Gérard Lenclud en tant que filiation inversée. Enfin, repartir de la transmission culturelle a permis de sortir de la logique de palmarès -« Qui transmet plus que qui ? » et a permis de voir la transmission comme une coopération, une collaboration. Cela a plus généralement permis de réintroduire le monde dans la transmission culturelle, et notamment, la sphère amicale : au regard, de cette salle, on comprend quelles sont les premières données empiriques qui ont pu me faire penser cela.

Finalement, ce qui a été tenté dans cette thèse, c’est de dégager une spécificité de la transmission culturelle au regard des autres transmissions.

Spécificité de la transmission culturelle

La transmission culturelle doit être considérée dans sa spécificité et non en tant que sous-classe de la transmission et souvent confondue avec la transmission économique.
Transmettre, au sens général : c’est faire passer une chose d’une personne à une autre.
Transmettre économiquement : se défaire d’un bien économique que l’on a et le donner à quelqu’un qui en veut bien.
Transmettre culturellement : c’est faire passer quelque chose que l’on a sans avoir à s’en défaire et ainsi pouvoir le donner à quelqu’un qui peut le prendre sans avoir obligatoirement reconnaître cet échange.


Pour conclure, je vous remercie toujours de votre présence et maintenant de votre écoute patiente. J’aurai bien d’autres personnes à remercier et, je le ferai plus tard dans cette journée, car la liste est trop longue : le temps qui m’est imparti ne me le permet pas. Par contre, je voudrais m’attarder sur la nature de ces remerciements : la thèse est, comme on l’a vu, un rituel de passage. Mais la question qui se pose à ce passage est : « vers quoi ? ». Est-ce qu’on devient plus autonome ? Mais qu’est-ce qu’être autonome ? Ici, ce n’est certainement pas se désaffilier. Est-ce s’acquitter des dettes, régler l’addition par un merci en affirmant que l’on est assez bien maintenant, autrement dit que l’on n’a plus besoin de l’autre car on est à présent à son niveau ? Ou est-ce affirmer des liens parce qu’on des dettes ? De ces dettes qu’on ne rembourse pas et qui mettent, comme j’ai pu l’écrire dans ma thèse, la notion de don et de contre-don ? On peut taire ses dettes ou on peut les reconnaître. Céline écrit une phrase terrible car elle semble souvent juste : les gens se vengent des services qu’on leur rend. On pourrait dire que c’est une forme de reconnaissance de ce service. Mais, on peut aussi, par rapport à ses dettes, les affirmer et dire, à quel point, on est heureux de s’endetter auprès de certaines personnes et c’est ce que je fais car, aujourd’hui, que dans ce jury ou dans cette salle, il y a des personnes que je respecte. Il y a de nombreux éléments que j’aurais pu aborder ici et ces pages préparées et non lues en sont la marque. Mais, lorsqu’on parle de respect et de parole, je crois qu’il faut commencer par celui du temps de parole.


La soutenance de Monsieur Damien MALINAS-VEUX a parfaitement confirmé le sentiment d’excellence partagé qu’avait offert la lecture de la thèse présentée ce vendredi 3 novembre 2006 : Transmettre une fois ? Pour toujours ? Portrait dynamique des festivaliers d’Avignon en public. En effet, les prérapports avaient souligné la qualité exceptionnelle de ce travail tant du point de vue du contenu, de l’apport scientifique, que de la qualité de la présentation matérielle de la thèse.
Monsieur Damien MALINAS-VEUX a effectué une présentation de son travail subtile et originale et a su répondre aux questions qui lui ont été posées avec précision. Les qualités académiques de chercheur de Monsieur Damien MALINAS-VEUX ont été unanimement soulignées par l’ensemble des membres du jury.
Après délibération et vote individuel à bulletin secret, tous les membres du jury ont, en conséquence, décidé d’attribuer à Monsieur MALINAS-VEUX le

Doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication
de l’Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse
Mention TRÈS HONORABLE AVEC FÉLICITATIONS À l’UNANIMITÉ

et préconisent la publication rapide de la thèse de Monsieur MALINAS-VEUX.

mardi, janvier 23, 2007

Procès-verbal de soutenance de la thèse présentée par MONSIEUR DAMIEN MALINAS-VEUX




UNIVERSITE D’AVIGNON ET DES PAYS DE VAUCLUSE

Procès-verbal de soutenance
de la thèse présentée par
MONSIEUR DAMIEN MALINAS-VEUX

Sous le titre

TRANSMETTRE UNE FOIS ? POUR TOUJOURS ?
PORTRAIT DYNAMIQUE DES FESTIVALIERS D’AVIGNON EN PUBLIC

préparée sous la direction d’Emmanuel ETHIS et Jean-Louis FABIANI

soutenue publiquement le 3 novembre 2006



MEMBRES DU JURY

Jean CAUNE, Professeur des universités émérite, Université de Grenoble 3, Rapporteur
Jean DAVALLON, Professeur des Universités, Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse
Emmanuel ETHIS, Professeur des Universités, Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse, Co-directeur de thèse
Jean-Louis FABIANI, Directeur d’Études à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, Co-directeur de thèse
Bruno PEQUIGNOT, Professeur des Universités, Université de Paris III, Rapporteur
Helena SANTOS, Professeur, Université de Porto (Portugal), Présidente du Jury
Paul TOLILA, Ministère de la Culture et de la Communication, invité



La présidente du jury, Helena Santos, commence par donner la parole à Damien Malinas-Veux, qui présente ses travaux. Puis la parole est donnée à Jean-Louis Fabiani, directeur d’études à l’EHESS, professeur invité à l’Université Humboldt de Berlin, co-directeur de thèse : « Il est d’usage que le directeur d’une thèse exprime le plaisir qu’il éprouve à voir un travail de longue haleine venir à soutenance. Dans le cas de Damien Malinas-Veux, le sentiment est d’ordre particulier : le candidat est depuis la fin des années quatre-vingt-dix un compagnon de travail dans un dispositif collectif de recherche empirique consacré au Festival d’Avignon : il a publié plusieurs articles cosignés avec ses directeurs de thèse, mais il a été aussi, pendant toute cette période, en apprentissage. La coexistence du collègue, de l’apprenti et de l’ami au sein d’un même personnage aurait pu être complexe. Il n’en a rien été. Damien Malinas-Veux a toujours joué de bonne grâce le rôle de l’apprenti et il a accepté que l’un de ses directeurs de thèse, exerçant à Berlin, adopte quelquefois un style de type prussien qui n’était en fait, il s’en est rapidement aperçu, qu’une ruse pédagogique destinée à clarifier et renforcer l’argumentation très originale de sa thèse. La sévérité méthodologique du directeur de thèse a été récompensée, bien au-delà de ses espérances, puisqu’il a pu lire une contribution vraiment nouvelle à l’analyse des publics, laquelle répond à la fois à l’impératif de « penser par soi-même », exigence d’un ancien professeur de philosophie de l’enseignement secondaire, et à l’impératif, propre aux sciences sociales, qui consiste à utiliser des outils analytiques standardisés permettant l’appariement des contextes et la comparabilité des résultats.

La sociologie des pratiques culturelles à la française, fondée sur une théorie de la domination symbolique, a puissamment orienté pendant près de quarante ans le questionnement des chercheurs. L’usure progressive de ce paradigme a donné lieu au développement de contre-propositions concernant l’omniprésence des « variations individuelles » qui dissolvent le pacte originel qui fonde la sociologie et qui la distinguent, dans la démarcation durkheimienne, d’une psychologie. Le travail de Damien Malinas-Veux refuse simultanément le recours routinisé au paradigme de la domination culturelle et l’abandon en cours de route d’une véritable ambition sociologique. Le fait qu’un spectateur adhère, de façon durable ou éphémère, à un pacte particulier de réception suppose qu’on ne puisse jamais se satisfaire d’une analyse en termes de « collectifs ». Un public singulier n’est jamais une foule, ni une masse. C’est un objet complexe et toujours dynamique dont l’étude a pour objectif d’articuler le niveau de l’engagement individuel et celui de l’émergence d’un collectif particulier et situé dans une histoire. Damien Malinas-Veux construit son objet à partir de quelques schèmes catégoriels que la sociologie des publics aborde rarement en tant que tels. On peut en distinguer quatre principaux :
1. Le premier est celui du récit mythologique, qui « mobilise le paradigme des mythes du festival d’Avignon « au sein d’une polyphonie syntagmatique plus ou moins harmonieuse ». La catégorie du récit mythologique autorise à mettre en relation une sémiologie et une sociologie festivalières. Un tel récit est suffisamment plastique pour faire l’objet de réaménagements permanents, au travers desquels le public, quelle que soit la définition qu’on lui donne, constitue une instance majeure, poursuivant ainsi, sous des formes variées, le geste civique inaugural de Jean Vilar.
2. Le deuxième renvoie à une dynamique de l’événement, hors de laquelle on ne peut comprendre aucune des formes d’engagement, d’attachement ou de retrait.
3. Le troisième schème est celui de l’intermittence de la pratique festivalière, qui fait l’objet du chapitre IV, point nodal de l’analyse puisqu’il redistribue les cartes en portant l’attention sur les « sorties de carrière », alors qu’on se contente ordinairement de mesurer l’intensité et la fréquence des pratiques conçues comme réalités homogènes et indifférentes au cours du temps.
4. Le dernier schème renvoie, sous un angle plus épistémologique, à la problématique de la variation des échelles d’observation, largement importée de la micro-histoire, qui permet de faire jouer l’analyse sur plusieurs plans spatio-temporels et de « contextualiser » en permanence les assertions sociologiques. L’ouvrage contient une très belle réflexion sur le recours au « penser par cas » qui constitue un des outils principaux outils des sciences historiques, mais aussi d’autres savoirs, comme la psychologie et la psychanalyse.

La dimension réflexive, notion aujourd’hui quelque peu galvaudée dans nos disciplines, est en effet toujours présente dans le parcours argumentatif du candidat, et elle donne à la thèse sa tonalité particulière. Damien Malinas-Veux n’en fait pas un élément particulier de son compte rendu de recherche, comme il est fréquent de le voir (des petits chapitres intitulés « moi et ma recherche » ou « mon rapport à l’objet ») mais irrigue l’ensemble de sa problématique de cette préoccupation. Damien Malinas-Veux produit chemin faisant une véritable « enquête sur l’enquête » qui soumet à l’interrogation non seulement les enquêtes précédentes (celles de Janine Larrue et de Nicole Lang, par exemple), ainsi que les études de portée plus générale (Pratiques culturelles des Français, fréquentation des équipements cinématographiques) mais aussi les enquêtes menées collectivement par l’Université d’Avignon. Le lecteur se trouve alors pourvu d’un manuel de l’utilisateur des résultats de l’enquête qui lui permet de saisir en action la nature même de l’opération de recherche (comme en témoigne aussi l’impeccable volume d’annexes) : bien des conclusions péremptoires ou des affirmations purement idéologiques sur les pratiques culturelles sont de ce fait même rendues impossibles, ou sont au moins assignées à résidence. À la différence de Shaggy, évoqué en exergue, le lecteur « ne perd jamais le contrôle » et est conduit à revisiter pour son plus grand profit l’équipement mental de base qui sert de boîte à outils à la sociologie des publics.

Damien Malinas-Veux a pleinement réussi son pari qui consistait à produire un « portrait dynamique » des festivaliers d’Avignon, qui respecte le régime singulier de l’engagement du spectateur (comment s’autoriser d’une « science royale », comme disait Luc Boltanski, qui procéderait autrement ?) et qui permet en même temps une analyse en termes rythmiques des formes de participation et les effets collectifs qu’elles induisent. La question du rythme est une vielle et fondamentale question anthropologique (qu’on pense à Marcel Mauss et aux variations saisonnières des sociétés eskimo). Damien Malinas-Veux la transforme en une question sémio-sociologique qui ouvre de nouvelles voies à l’étude des pratiques culturelles. Le théâtre est aussi, et dans un sens nouveau, un art du temps.

Admirablement servi par une belle rigueur argumentative, illustré par une vaste culture qui va de la philosophie à la bande dessinée, le plus souvent judicieusement mobilisée, ce travail doit être reconnu pour son exigence et son originalité. L’objet central, qui est la transmission, est ainsi clairement distingué des mécanismes de la simple reproduction sociale. La transmission pourrait être considérée, dans un vocabulaire emprunté à Howard Becker, comme une « chaîne de coopération » transgénérationnelle. Cette chaîne peut toujours être rompue : le Festival, comme toute institution sociale, est mortel. Elle peut aussi conduire à des transformations continues qui assignent différents campements nocturnes à l’utopie vilarienne, trouvant des lieux provisoires au non-lieu du théâtre populaire. Transmission ? On finira sur la question de la transmission pédagogique, puisqu’il s’agit aussi, à travers la relation doctorale, d'un style de questionnement et d'un outillage par définition provisoire et évolutif. Jean-Louis Fabiani se réjouit très vivement du fait qu’un enseignement ait été transmis une fois (pour toujours, c’est une autre histoire) et qu’il ait fait l’objet d’une appropriation inventive et rigoureuse, aussi modeste dans l’exposition qu’ambitieuse dans le projet et féconde dans les résultats. Cette thèse réussie est bien à l’image de son auteur, quelqu’un qui sait que penser par soi-même ne revient jamais à propulser son ego au-devant de la scène. Une vraie pensée, et on la rencontre dans ce travail, consiste à exiger un droit d’inventaire sur le travail de la génération précédente. Ce droit a été remarquablement exercé dans un travail exemplaire, dont on peut raisonnablement penser qu’il fera date ».

La Présidente du Jury donne ensuite la parole au second co-directeur de thèse, Emmanuel Ethis, Professeur des Universités à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, qui tient d’abord à remercier Jean-Louis Fabiani avec qui il a dirigé le travail de Damien Malinas-Veux, un étudiant dont ils ont suivi tous les travaux de recherche depuis la maîtrise faite à l’Université d’Avignon et qui avait pour objet le cadre de pratique défini par le Festival de Cannes ; ils l’ont ensuite co-dirigé sur un DEA à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales portant sur les pratiques cinématographiques des étudiants, avant que de suivre cette thèse sur les publics du Festival d’Avignon, du fait festivalier, de la forme festival et de la problématique de la transmission et de la première fois.

En énonçant ces thèmes et ces terrains, on peut remarquer comment Damien Malinas-Veux a su construire un objet de recherche, certes, mais également une identité de chercheur et d’enseignant, dans la constance renouvelée de préoccupations liées aux publics de la culture saisis au double prisme de la sociologie de la culture et des Sciences de l’Information et de la Communication. Institutionnellement, à la sortie de son DEA, Damien Malinas-Veux a bénéficié d’une allocation de recherche de la Région Provence Alpes Cote d’Azur pour mener son travail, d’un monitorat, puis d’un poste d’ATER à l’Université d’Avignon. Nous lui avions demandé de terminer sa thèse à l’issue de son dernier contrat d’ATER, ce qu’il a fait. Il est important de rappeler son parcours à l’Université d’Avignon car Damien Malinas-Veux a toujours su trouver sa place, mais également a toujours su respecter les contrats que l’on passe avec lui. Contrat en terme de recherche, contrat en terme d’enseignement, mais aussi, les non-dits de ces contrats – on sait depuis Durkheim que tout n’est pas contractuel dans le contrat – et le non-contractuel qu’il faut souligner, c’est la part humaine avec laquelle Damien Malinas-Veux a su conduire son travail, une part discrète, modeste, ce que reflète bien son travail de thèse, mais également une part investie et redoutablement exigeante quant à son investissement institutionnel. Il habite les lieux où il s’installe et donne beaucoup à ces lieux : on lui doit une transformation de la communication du département des Sciences de l’Information et de la Communication, de très nombreuses initiatives dans la direction professionnelle du master Stratégie de développement culturel de ce même département, une participation générale au groupe de réflexion sur le LMD à l’échelle de l’établissement, la mise de l’agenda de l’université d’Avignon, il a également présidé aux beaux jours de l’association étudiante Cinéfils et filles en proposant d’ouvrir le Palais des Papes, puis le Musée Calvet et quelques autres lieux patrimoniaux durant les nuits d’hiver à Avignon, en entraînant avec ses étudiants les Avignonnais cinéphiles, amateurs de De Funes, de Gérard Philipe, d’Hitchcock ou de Jean-Henri Fabre – Fresnais dans de longues et très animées nuits cinématographico-patrimoniales.

Il semblait important de rappeler ce parcours car la thèse qui est présentée par Damien Malinas-Veux est une thèse profondément habitée par toutes ses préoccupations, ce qui lui donne la singularité d’un regard très vivant sur le sujet qu’il développe autour des publics du Festival d’Avignon, et qui amène page après page à réfléchir bien au-delà du « Cas Avignon » tout en permettant de découvrir un nouveau regard sur le public d’Avignon lui-même. Pour le dire autrement, plus on se confronte à la découverte des particularités qui font le public d’Avignon, plus il nous semble mieux comprendre ce que l’on ne faisait qu’esquisser sur nos pratiques culturelles en général. Ce propos est d’autant plus fort qu’il est servi par une écriture souvent ciselée qui va droit au but, même lorsqu’il s’agit d’expliquer des situations aussi complexes que celles liées par exemple aux rites de passage.

L’historien Paul Veyne écrit dans un très beau texte sur l’Individu : « un individu n’est pas une bête dans le troupeau ; c’est au contraire un être qui attache du prix à l’image qu’il a de lui-même. Le souci de cette image peut le pousser à désobéir, à se révolter, mais il peut aussi bien, et même plus souvent, le pousser à désobéir encore davantage ; entendue en ce sens, la notion d’individu ne s’oppose pas du tout à celle de société. On peut dire alors que cet individu est atteint au cœur par la puissance publique lorsqu’il est atteint de son image de soi, dans la relation qu’il a avec lui-même avec la société qui est la sienne ». Cette relation entre individu et société telle que Veyne la décrit ressemble très fortement à celle que l’on retrouve dans ce travail. Les spectateurs d’Avignon s’approprient Avignon en s’appropriant une part de la fonction auteur du Festival et c’est le sens de cette appropriation qui construit l’ensemble de leurs attentes et les placent parfois en situation de conflit entre eux et face à l’institution avignonnaise. Ils ont pour parler comme Veyne un souci de leur image, et pourrait-on dire en allant plus loin de leur image de festivalier et considère que le festival est très dépendant d’eux. On pourrait illustrer cela par ce dialogue entre Charlie Brown et son camarade Linus lorsque ce dernier déclare un jour à Charlie Brown « Je crois que le monde est bien meilleur qu’il y a cinq ans Charlie Brown. – Comment peux-tu dire ça ? lui répond Charlie Brown, Tu ne lis donc jamais les journaux ? Tu n’écoutes jamais la radio ? – Comment oses-tu m’annoncer sans broncher que le monde s’améliore ? Et Linus, de répondre à Charlie Brown en revendiquant le fait de s’affranchir du monde de l’enfance : « J’en fais partie de ce monde maintenant » ». Cette prise de conscience de faire partie d’un monde – en l’occurrence celui du festival d’Avignon - est très dépendante de la manière dont on vit sa première fois ou plus exactement ce que l’on considère réellement comme sa première fois, c’est-à-dire le moment où l’on peut revendiquer le fait d’agir de soi-même. Ainsi, dans cette thèse, une transmission culturelle réussie est-elle avant tout le fait d’avoir reçu les moyens de s’autonomiser, culturellement parlant dans un univers où l’héritage au sens matériel du mot n’existe pas. Dans les trajectoires des festivaliers décrits par Damien Malinas-Veux, dans leur esthétique d’éthique de la première fois, on découvre maintes entrées possibles dans l’univers du festival qui nous obligent, non pas simplement à comprendre, ou à découvrir une analyse de parcours dans le festival, mais à repenser le fait festivalier dans son ensemble. Distanciation au quotidien, conversion, vocation deviennent donc ici des esthétiques d’une pratique dont on perçoit mieux les ressorts et les ressources, les contradictions.

Cette enquête toujours sensible et subtile nous aide à saisir dans son ensemble comment les spectateurs du festival sont amenés à situer chaque festival et à se situer via le festival les uns par rapport aux autres. Ce que l’on aperçoit ici, c’est aussi et surtout la quête et la conviction qui animent chaque spectateur pour prendre position. En revenant vivre Avignon à intervalles régulier, on constate qu’ils viennent également prendre la mesure de leur propre place dans le monde de la culture. En ce sens cette thèse se situe d’emblée dans une approche des dynamiques temporelles qui forgent une pratique. Cette approche nous offre tous les instruments pour réformer de fond en comble les instruments de mesure traditionnels d’évaluation des fréquentations. Cette analyse qui interroge le temps que l’on laisse entre deux moments d’une pratique, en l’occurrence entre deux festivals est une innovation très importante qui mériterait d’être généralisée aux pratiques culturelles apparemment moins observables dans leur rythme que ne l’est la fréquentation festivalière. Et, si plutôt que de se demander à l’avenir dans les questionnaires « combien de fois êtes-vous allé au cinéma depuis un an ? », on pose une question du type « combien de temps laissez-vous entre deux sorties au cinéma ? », ou mieux encore on parvient à formuler une question « au bout de combien de temps le fait de ne pas aller au cinéma commence à vous manquer vraiment ? », alors, on a de fortes chances de dévoiler les rythmes qui guident l’ensemble de nos pratiques et de nos carrières de spectateurs. Il y a là un merveilleux chantier ouvert, un chantier qui nous permet de franchir un pas supplémentaire vers la compréhension des scansions des temps individuels et collectifs. Cette enquête s’est donnée les moyens d’approcher un vaste ensemble qui constitue les parcours des festivaliers mais aussi pleinement ce qui pourrait définir l’écologie du Festival d’Avignon. Cette écologie est d’autant mieux saisissable que l’auteur use d’une belle et utile liberté, rare dans un texte académique, pour convoquer tout un univers de références issues non seulement des sciences sociales et de la philosophie, mais également, du théâtre, de la bande dessinée, du cinéma, de la télévision, de l’art contemporain, ce qui ancre profondément ce travail dans son temps.

Aussi à la manière de Damien Malinas-Veux, on pourrait exprimer le sentiment laissé par sa thèse en convoquant Tintin et son aventure dans l’Île mystérieuse. Dans cet album, Tintin découvre provenant d’une étoile donc, un métal mystérieux, le Calystène (Calystène est aussi l’homonyme phonétique du nom du neveu d’Aristote). Ce métal possède des propriétés imprévisibles et prometteuses puisqu’à son contact les choses peuvent croître à une vitesse inouïe : pépin de pomme devenu pommier le temps de l’écrire, araignée atteignant la taille de l’araignée posée sur la lunette astronomique… Aussi il est souvent arrivé au lecteur de penser qu’il y avait du Calystène dans l’écriture de Damien Malinas-Veux à maints passages de son texte, imprévisible et prometteur, ce qui nous laisse penser que Damien Malinas-Veux a non seulement toutes les qualités d’un enseignant-chercheur, mais que celles-ci sont également habitées de celles d’un penseur.

La parole est ensuite donnée à Jean Caune, Professeur des Universités émérite à l’Université de Grenoble 3. Le premier point que Jean Caune tient à signaler concerne l’ampleur des niveaux d’analyse et la diversité et la richesse des points de vue développés dans ce travail. Ces éléments inscrivent brillamment cette thèse dans deux domaines disciplinaires que Damien Malinas-Veux rend complémentaires : la Sociologie de la culture et les Sciences de l’Information et de la Communication.

Cette articulation ne relève ni d’une juxtaposition ni d’une succession de références ou de notions empruntées à ces deux domaines disciplinaires mais bien d’un travail original qui tisse un dispositif d’enquête spécifique, pour rendre compte d’un dispositif d’organisation et de présentation, lui-même, spécifique, le Festival d’Avignon. Celui-ci ne fait sens, comme le montre la thèse, que saisi dans une histoire et une mémoire collective : cette dernière se manifestant à partir de mémoires singulières.
La thèse se présente, selon Jean Caune, comme une phénoménologie qui construit son objet de connaissance, le public du Festival d’Avignon, à partir de ce qui se manifeste dans une expérience esthétique : celle du spectateur. C’est dire combien le travail de Damien Malinas-Veux échappe au destin qui limite bien souvent les travaux de sociologies des publics qui est de saisir un phénomène culturel ou un processus collectif sans que l’enquête ne se réfère, ou ne convoque, des expériences singulières énoncées à partir de la mémoire ou des effets dans la conscience du sujet. Comment, en effet, un savoir sur l’expérience esthétique, c’est-à-dire un jugement de goût peut-il se constituer sans s’articuler dans et avec les discours des sujets qui éprouvent cette expérience ? La thèse construite par Damien Malinas-Veux consiste à saisir l’identité du Festival d’Avignon par le biais de l’identité des publics et cette dernière est posée comme tissée par des perceptions individuelles ; des mémoires et des traces subjectives inscrites dans un cadre et un contexte de rassemblement dans un espace et un temps déterminé. Cette logique, cette hypothèse théorique, appréhende donc le Festival comme manifestation vécue qui laisse des empreintes dans une conscience et une sensibilité.

Ce qui fait, aux yeux de Jean Caune, l’originalité de ce travail et apporte des acquis théoriques, c’est la compréhension du Festival comme un « fait social total », pour reprendre la référence à Marcel Mauss, qu’évoque Damien Malinas-Veux à la fin de son travail. Le Festival d’Avignon est un ensemble d’événements, de manifestations d’expériences, de dispositifs qui nouent une relation entre, d’une part, la salle et la scène et, d’autre part, des faits de communication et de langage. L’avancée théorique qui en résulte ne procède pas d’une déclaration de principe ou d’intention mais se construit, sans en avoir l’air, à partir d’un travail d’enquête exploité avec beaucoup de finesse et traité avec un grand bonheur d’écriture. La métaphore très judicieuse du « Bateau de Thésée » pour appréhender ce phénomène de d’identité, dont les éléments constitutifs changent, trouve son mode d’emploi réflexif à partir de marqueurs que Jean Caune trouve d’une grande originalité.

Le premier marqueur est celui de la « première fois », telle qu’elle peut être évoquée dans la mémoire et la conscience du spectateur interrogé. D’où la richesse du travail de terrain qui consiste à collecter des énonciations, nécessairement subjectives, de spectateurs qui évoquent la trace de cette « Première fois ». Cette trace peut alors apparaître dans ce processus de conscience qui résulte de l’entretien. L’expérience esthétique du spectateur relève de la conscience d’un être-ensemble dans un temps et un espace qui réunit une “assemblée”, pour reprendre une notion chère à Jean Vilar qui voyait dans la double exigence de « Rassembler » et « d’Unir ». l’objectif du Théâtre populaire. “Rassembler” est ce que réalise la rencontre dans un dispositif théâtral ; “Unir” est le fait de l’esthétique de mise en scène qui permet la communion au sens de partage d’émotions. Le second marqueur de cette identité construite des publics est à chercher dans le sentiment d’appartenance à un « être–ensemble » (p. 54). Nul doute que cet “être-ensemble” qui caractérise l’assemblée théâtrale existe en raison de ce que Marie-José Chénier, ce poète de la Révolution française, appelait « l’électricité du théâtre » qui conduit la circulation des émotions. Pourtant ce sentiment d’appartenance, le temps de la représentation à une assemblée réunie pour partager “ici et maintenant” des émotions, ne suffit pas pour constituer le public du Festival d’Avignon. Encore faut-il que le spectateur revienne pour y rechercher, à nouveau, ce plaisir de la première fois. Et c’est dans le rythme des fréquentations que Damien Malinas-Veux interroge l’expérience spectatorielle.

Ce phénomène de récurrence donne lieu à un troisième marqueur qui est d’une grande richesse : il s’agit d’un objet construit par l’entretien. Le « récit génétique de l’ego » donne lieu à la fabrication d’un « génogramme » : dispositif qui rend compte du phénomène de la transmission telle que l’a vécu le spectateur interrogé. C’est certainement dans cette construction théorique, cet objet de connaissance produit par l’analyse du récit, que se manifeste l’apport de Damien Malinas-Veux du point de vue des Sciences de l’Information et de la Communication en ce qui concerne les pratiques de spectateur. Ces pratiques naissent et se développent en fonction de rencontres, d’influence, d’occasions qui donnent lieu à une transmission. Comme l’écrivait René Char, « notre Héritage n’est précédé d’aucun testament », le poète faisait allusion à l’expérience acquise par ceux qui s’étaient opposés au nazisme durant l’occupation. La transmission telle que l’évoque Damien Malinas-Veux n’est pas la communication d’un contenu, de valeurs ou encore d’un mode d’usage de l’art : la transmission est l’établissement d’une relation intersubjective faite de confiance et de complicité.

En construisant la notion de transmission en examinant « Le festival d’Avignon d’un spectateur », Damien Malinas-Veux opère une inversion. Plutôt que de considérer que le passé produit le présent par un effet d’influence qui déplace et véhicule des contenus, la thèse propose un processus où pour reprendre une citation de Pouillon (p. 331), c’est « le présent qui façonne son passé ». Ce point de vue rappelle celui de l’historien d’art, Michael Baxandall, dans Formes de l’intention, sur l’explication historique des tableaux, qui au lieu de considérer, comme on le fait habituellement, que Cézanne a influencé Picasso, considère que, dans le cubisme, Picasso choisit d’emprunter à Cézanne certaines solutions picturales. En inversant ainsi le processus et en refusant de considérer que le phénomène d’influence artistique se présente sous la forme d’un processus de causalité, Baxandall rend toute sa légitimité à la transmission comme choix intentionnel. Il semble à Jean Caune qu’il en va de même avec l’analyse de la transmission telle que l’envisage Damien Malinas-Veux. La thèse présente la transmission comme un passage, un rite, une relation vivante la notion d’héritier est alors remplacée par celle de récipiendaire.

Pour conclure, Jean Caune tient à signaler combien la réflexion de Damien Malinas-Veux procède par touches successives, avec une légèreté qui tient autant à la diversité des références et à leur usage rayonnant qu’à la qualité de l’écriture.

Bruno Péquignot, Professeur à l’Université Paris 3 Sorbonne Nouvelle, rapporteur prend ensuite la parole : Il félicite tout d’abord le candidat pour cette thèse tout à ait passionnante, écrite avec élégance et surtout originale dans sa facture. Il est rare de trouver un style déjà bien affirmé dans une thèse, style tant de l’écriture que du mode d’exposition de la pensée.
M. Damien Malinas-Veux présente, en vue de l'obtention du titre de Docteur en Sciences de l’information et de la connotation de l’Université d’Avignon et des Pays du Vaucluse, une thèse intitulée : «Transmettre une fois ? pour toujours ? Portrait dynamique des festivaliers d’Avignon en public.». Cette thèse, de 405 pages, comprend, en outre, une bibliographie bien présentée et un volume de 451 pages d’annexes reprenant les données quantitatives et qualitatives des différentes enquêtes menées par l’auteur pour cette thèse. Notons aussi un souci d’illustration photographique particulièrement réussi.
Cette thèse s’organise en six chapitres. Dans l’introduction, il cherche à cerner ce que « Festival d’Avignon » peut bien vouloir dire et présente les grandes lignes de la thèse. Le premier chapitre aborde le festival par le public et interroge les difficultés d’une enquête sur le public à travers l’analyse de plusieurs débats sociologiques et institutionnels.
Dans le chapitre deux, pour présenter le mode d’investigation choisi dans l’enquête (questionnaires, entretiens, observation directe), l’auteur choisit d’abord de réfléchir à la forme ou au dispositif du festival et de celui d’Avignon en particulier. Ce choix de présentation original permet de bien saisir la spécificité des données recueillies par la singularité du lieu et de l’événement et par l’organisation particulière de l’investigation.
Le chapitre trois, qui clôt cette première partie, cherche à présenter le festival comme une entité particulière, en utilisant la notion d’auteur, telle qu’elle peut être reconstruite à partir de la « politique des auteurs » (Cahiers du Cinéma) et du texte connu de Michel Foucault. Le mythe fondateur et les mythes secondaires contribuent ainsi à forger une représentation du festival, et de son public, tout à fait singulière.
Le chapitre quatre aborde la question du public en reprenant les enquêtes faites, - l’auteur, on le sait y a participé de façon très active et a déjà publié des textes très importants sur cette question -, depuis de nombreuses années dans le cadre du laboratoire d’Avignon. Il interroge les caractéristiques classiques de la notion de public, sa pérennité, ses rythmes de consommation etc. Il faut remarquer la technique très particulière mise en œuvre par M. Damien Malinas-Veux dans sa critique des catégories classificatoires des sociologues et de ce point de vue la réflexion sur les acceptions du terme de « pèlerin » est exemplaire.
Le chapitre cinq traite du public par la question de la « première fois » et l’hypothèse que s’y constituent les prémisses d’une carrière éventuelle de festivalier. L’âge moyen (29 ans) diminue, sans la supprimer, la prégnance familiale, mais bien d’autres facteurs entrent en jeu. Autour de cette première fois se joue la question de la « loyauté » avec ce qu’elle suppose comme « affect » particulier, on peut même envisager de ce point de vue qu’il y ait plusieurs premières fois.
Le chapitre six, qui clôt la thèse, présente la question de la transmission reprenant le titre de la thèse. Il y a transmission certes, mais l’enquête montre que les modes de la transmission sont multiples, parfois niés voire reconstruits. L’auteur forge un instrument d’analyse de cette opération : le génogramme, qui donne des résultats originaux et intéressants.
La conclusion reprend les principaux acquis de la thèse en les synthétisant, l’auteur reprend l’idée de « penser par cas » pour traiter du festival d’Avignon et de son public et s’appuie fort pertinemment sur Mauss.

Bruno Péquignot tient à dire qu’il n’a aucune objection de fond sur la thèse, ce qui est rare, ses remarques sont donc plus des pistes d’approfondissement que des critiques au sens strict : tout d’abord le recours à la théorie de la mémoire de Maurice Halbwachs aurait sans doute permis de mieux comprendre ce qui se joue dans la constitution d’une identité de festivalier et notamment dans la reconstruction de cette mémoire collective à partir du présent de chaque festival, d’autre part, il aurait été intéressant de travailler l’idée de répétition pour penser autrement le rapport à la première fois et aussi peut-être à la sortie du festival, la notion telle que Freud l’a définie pourrait être utile ici.
Bruno Péquignot termine en félicitant le candidat pour la qualité de ses recherches, il souligne que les compétences sociologiques tant théoriques que méthodologiques de M. Damien Malinas-Veux sont remarquables et que cette thèse devrait rapidement devenir une référence dans l’analyse sociologique des publics. Il en souhaite donc une publication rapide.

M. Damien Malinas-Veux lui ayant répondu très complètement, Bruno Péquignot s’en déclare tout à fait satisfait et l’en remercie.

La parole est ensuite passé à Paul Tolila, inspecteur au Ministère de la Culture et de la Communication, responsable de Département des Etudes et de la Prospective de ce même ministère durant la période où Damien Malinas-Veux a effectué son travail de terrain. Paul Tolila tient avant tout à signaler que le travail effectué par Damien Malinas-Veux peut être considéré à juste titre et à plus d’un titre comme remarquable. Il est le résultat d’un long travail d’enquêtes qui s’étalent sur presque dix ans, menées dans le cadre de l’université d’Avignon et des pays de Vaucluse, et dont l’objet central était l’étude des publics du Festival. À ces enquêtes, Damien Malinas-Veux a apporté ses compétences sociologiques, théoriques et de terrain, son dévouement sans faille dans le temps et l’originalité de sa pensée propre.Autant dire que cette thèse constitue tout à la fois une récapitulation éclairante d’une masse extraordinaire de travaux et de débats, un effort remarquable en termes méthodologiques, une lumière forte projetée sur la question des « publics » du spectacle vivant et, ce qui n’est pas le moindre de ses mérites, une base solide de contribution à la nécessaire élaboration des politiques publiques dans ce domaine.

Méthodologiquement, Damien Malinas-Veux a délibérément choisi un parti pris déroutant pour les lecteurs habitués aux formes rhétoriques courantes de l’exercice universitaire : on chercherait vainement, dans les centaines de pages qu’il nous livre, la traditionnelle niche où l’ensemble de la problématique est évoquée et les concepts convoqués. La stratégie discursive et théorique adoptée ici vise, au contraire, à restituer les moments de l’enquête, son atmosphère « réelle », ses complexités et son mouvement dynamique. À chaque étape, les outils nécessaires sont justement utilisés, convoqués avec économie, travaillés avec élégance. C’est cela qui « déroute », en fait, c’est à dire le refus jamais dit mais toujours pratiqué d’un dogmatisme facile et d’une forme préétablie de la pensée et de la démonstration. Comment ne pas penser ici aux grands travaux menés dans le domaine de la micro-histoire, aux plus belles réussites de la sociologie quand elle allie aux bases quantifiées une constante itération entre réel construit et hypothèses, ou encore à cette sentence définitive de F.Braudel qui déclarait que « le réel social est beaucoup plus rusé que ce qu’en pensent les amateurs de fiches perforées d’ordinateurs » ? Parvenir à restituer cet espace propre de l’enquête dans un travail parfaitement universitaire et convainquant qui se déroule comme un drame sans cesse « imparfait », où le lecteur assemble peu à peu grâce au chercheur, les pièces d’un puzzle rigoureusement cohérent et finalement totalement lisible, constituait une gageure, un pari théorique et pratique dont Damien Malinas-Veux s’est tiré à merveille. Plus que celui d’un enquêteur ou celui d’un universitaire prétendant au titre de docteur, ce travail est déjà celui d’un « penseur » et d’un penseur qui donne fortement à penser.

Car ce travail touche de façon essentielle le problème central des politiques publiques culturelles. Ces dernières marchent sans cesse sur l’étroite ligne de crête qui départage le domaine de la création et celui des publics ; sans cesse aussi, elles sont guettées par le danger de verser dans une pure stratégie de l’offre tant leur connaissance des publics reste lacunaire ou survolante à trop haute altitude. La croyance aux grandes enquêtes statistiques (qui ont leur nécessité et leur valeur) a trop souvent amené les décideurs à ce qu'on pourrait appeler « l'obsession du 100% » et qui n’est que le symptôme de l’infigurabilité des publics dans une certaine approche de "théologie quantitative ». D’où l’incroyable notion de « non public » assez courante et qui définit bien, jusque dans son absurdité, le mystère de ce qui devrait être, en toute rigueur, une des préoccupations centrales des décideurs.

La thèse de Damien Malinas-Veux renverse totalement cette perspective. Plutôt que de s’user dans un combat douteux contre ce qui ne marche pas, il nous dit que la clef du mystère est sans doute dans ce qui marche et que c’est dans l’étude approfondie des publics réels que résident les éléments de compréhension utiles. Encore faut-il entrer dans la « chair » des publics et non plus se satisfaire de simples pourcentages. En inversant le modèle classique de la pensée des publics, en travaillant sur ce quasi « laboratoire » que constitue le festival d’Avignon dans sa récurrence, cette thèse démontre à quel point l’espace ouvert à de nouveaux questionnements est ouvert dans cette direction. Elle démontre aussi à quel point cette ouverture est utile tant pour la recherche que pour les politiques publiques. En ce sens, le travail de Damien Malinas-Veux fait beaucoup plus que livrer un éclairage sur huit ans d’enquêtes et de travaux, beaucoup plus même que nous fournir une très belle thèse pleine d’intelligence et de plaisir de lire : il ouvre de nouveaux chemins à la pensée productive et pose, peut-être, une des premières pierres d’un édifice futur de l’action et du pilotage culturels.

La présidente lui ayant donné la parole, Jean Davallon, professeur à l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, fait remarquer qu’arriver presque en dernier laisse la liberté de choisir les points à discuter – tout ou presque ayant déjà été dit. Il affirme, bien évidemment, s’associer aux compliments que ses collègues ont formulés avant lui et vouloir s’en tenir à faire un commentaire et à poser quelques questions. Il dit tout d’abord avoir trouvé des échos de l’analyse qui est menée ici sur les festivals et leurs publics avec celle d’un autre monde, à savoir celui du patrimoine. Mêmes questions sur les raisons qui font que les visiteurs reviennent (raisons à chercher à la fois dans le présent et dans une initiation préalable). Même logique de dispositif (il en sera question plus en détail dans quelques instants) pour une de présentation d’un art vivant (le théâtre) ou de productions culturelles anciennes avec l’exposition. Et dans les deux cas, une dimension symbolique faisant des pratiques engendrées (ou associées) à ces dispositifs des rituels.
Il est des thèses qui sont élégantes par la rapidité du trait qui les porte du début à la fin ; d’autres, par la capacité qu’elles ont, au contraire, de retarder le mouvement de la découverte. Celle-ci appartient indiscutablement à la seconde espèce. Cela tient à l’écriture, mais surtout à la manière de construire l’objet de recherche. Le mémoire est monté de telle manière que les aspects méthodologiques sont en quelque sorte disséminés tout au long de l’analyse, donnant priorité à une sorte de phénoménologie. Au fur et à mesure de l’analyse, ce sont plusieurs thèses possibles qui se présentent au lecteur (sur les situations, sur la transmission, sur la spécificité institutionnelle du festival d’Avignon, etc.), mais tous ces éléments vont se mettre en place lorsque in fine la thèse est énoncée. Ce travail est porté par une écriture qui se fait par montage d’éléments hétérogènes jouant sur l’analogie et la métaphore. Cette façon de faire, assez atypique pour une thèse, pourrait aboutir à un tableau lacunaire. Elle est ici plutôt utilisée comme une technique de prélèvement, de « carottage », opéré dans une réalité tout à la fois complexe et singulière. Tout l’édifice repose en effet sur le choix d’entrées pertinentes au regard de ce qui caractérise l’objet étudié (les festivaliers et la forme « festival »). Procédant tout d’abord par abduction, elle s’attache ensuite à vérifier et éclairer afin de documenter les questions à traiter. Elle aboutit alors non pas à traduire une expérience des membres du public, comme on pourrait s’y attendre, mais plutôt à rendre compte du résultat de celle-ci (ce qu’elle produit comme effet, son opérativité, pourrait-on dire) à travers une série de construits individuels et sociaux (d’un côté des types de rapport au festival, de l’autre des dispositifs).
Sur le fond, l’intérêt de la thèse est en effet de considérer « le rapport des festivaliers à » : aux spectacles, à l’institution, aux autres, etc. La chose est patente dans la recherche sur la transmission de la passion de la première fois, sur le pourquoi on devient ou non festivalier. Ce point n’est pas sans évoquer l’étude menée par Hana Gottesdiener pour le DEP sur ce qui fait qu’on devient ou non visiteur de musée qui pourrait faire l’objet d’une comparaison et d’une ouverture bibliographique. L’intérêt de la thèse est aussi de reconnaître l’importance du dispositif et de sortir ainsi d’une approche sociologique uniquement centrée sur les festivaliers ou sur le festival comme institution en prenant en compte ce qu’il y a de plus dans la pratique festivalière que le fait d’aller au théâtre : une mythologie (la construction d’un récit institutionnel) ; de pratiques tenant à la forme plus qu’un contenu ; d’une temporalité, avec le saut (le changement qualitatif de la première fois : « être » festivalier) et la continuité (la transmission ou la carrière).
Dans ce contexte un certain nombre de questions viennent à l’esprit. Jean Davallon propose d’en retenir trois qui sont en lien direct avec le mémoire lui-même et qui sont pour l’essentiel des demandes de précisions. À la fin du mémoire, à propos du mode de vie festivalier, comme manière de pratiquer la culture (p. 405), il est question de « réservoir symbolique ». Que signifie cette expression, ne conviendrait-il pas de parler plutôt de dispositif symbolique ? Est-ce effectivement la dimension de dispositif qui est en jeu ou bien celle des représentations ? La seconde question porte sur le rapport entre don et transmission. Il est question à plusieurs reprises du don (avec une référence à Mauss), mais aussi de transmission (entre générations ou entre festivaliers). Jean Davallon précise que cette question de la présence d’une logique du don dans les pratiques culturelles l’intéresse particulièrement, compte tenu des recherches ce qu’il a lui-même mené sur ce sujet à propos du patrimoine. Il lui semble que don et transmission ne peuvent être assimilés. Il demande à Damien Malinas-Veux de préciser la relation qu’il établit entre les deux. Dans un passage intéressant d’un point de vue méthodologie, lorsqu’il est dit « interroger comment la transmission culturelle est tue, c’est transformer le silence en non-réponse », la transformation en question concerne-t-elle la mise en discours de son expérience par la personne elle-même ou bien l’interprétation que l’enquêteur fait d’un comportement de l’enquêté ? Derrière la méthode (au fond, les deux possibilités sont envisageables), il y a nouveau la question de la manière dont peut être saisie la transmission.
Après avoir entendu les réponses à ces questions, Jean Davallon se déclare satisfait.

Helena Santos, Professeur à l’Université de Porto et Présidente du jury, prend enfin la parole pour réitérer combien la thèse de M. Damien Malinas-Veux présente un travail de qualité remarquable – aussi bien par l'envergure du travail empirique accompli, que par la profondeur et la multiplicité réflexive qu'il révèle. En plus, le mode de présentation, original par rapport au format traditionnel des thèses universitaires, "oblige" le lecteur à une attitude permanente de questionnement et découverte que qu’Helena Santos a trouvé intellectuellement très riche – en vérité une phénoménologie dense, encadrée, originelle, théorique et méthodologiquement plurielle.
C'est dans ce cadre de lecture que la thèse interpelle profondément – un point de départ pour le questionnement dans les sciences humaines, que, Helena Santos en est sûre, le futur prochain permettra de développer dans le cadre de comparaison internationales sur les méthodologies portant sur l’étude des pratiques culturelles. Helena Santos ajoute que la soutenance de Damien Malinas-Veux a parfaitement confirmé le sentiment d’excellence partagé qu’avait offert la lecture de la thèse présentée ce vendredi 3 novembre 2006 : Transmettre une fois ? Pour toujours ? Portrait dynamique des festivaliers d’Avignon en public. En effet, Damien Malinas-Veux a effectué une présentation de son travail subtile et originale et a su répondre aux questions qui lui ont été posées avec précision. Les qualités académiques de chercheur de Damien MALINAS-VEUX ont été unanimement soulignées par l’ensemble des membres du jury.

Après délibération et vote individuel à bulletin secret, tous les membres du jury ont, en conséquence, décidé d’attribuer à Damien Malinas-Veux le Doctorat en Sciences de l’Information et de la Communication de l’Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse avec la mention très honorable avec félicitations à l’unanimité et préconisent la publication rapide de la thèse de Damien Malinas-Veux.