mardi, août 25, 2009

Paysages cinématographiques de l’Université d’Avignon. Campus or not campus

Paysages cinématographiques de l’Université d’Avignon
Campus or not campus
Emmanuel Ethis, Damien Malinas & Olivier Zerbib
en collaboration avec Myriam Dougados


Pour commencer : toi aussi, tu peux reconnaître un paysage universitaire mais, aussi reconnaître tes amis !

















Tout n'est pas filmique dans un paysage cinématographique universitaire

Le service public de l'enseignement supérieur contribue […] à l'élévation du niveau scientifique, culturel et professionnel de la nation et des individus qui la composent ; [… ] à la réduction des inégalités sociales et culturelles et à la réalisation de l'égalité entre les hommes et les femmes en assurant à toutes celles et à tous ceux qui en ont la volonté et la capacité l'accès aux formes les plus élevées de la culture et de la recherche.

Le service public de l'enseignement supérieur a pour mission le développement de la culture et la diffusion des connaissances et des résultats de la recherche. Il favorise l'innovation, la création individuelle et collective dans le domaine des arts, des lettres, des sciences et des techniques.

Loi n° 84-52 du 26 janvier 1984 sur l'enseignement supérieur, articles 2 et 7

Dolores Ombrage : Je suis désolé mais, désapprouver mes méthodes , c’est désapprouver le ministère et par extension le Ministre, lui-même. Je suis une femme tolérante, mais s’il y a une chose que je ne peux pas supporter : c’est la déloyauté.
Minerva McGonagall La déloyauté ?!?!
Dolores Ombrage : Les choses, à Poudlard, sont pires que je ne le craignais. Cornélius prendra toutes les mesures qu’il faut.
Discours de Cornélius, ministre de la magie : Ayant déjà révolutionné totalement de l’enseignement de la défense contre les forces du mal, Dolores Ombrage, en tant que Grande Inquisitrice, aura tout pouvoir pour remédier au laisser-aller et à la baisse de niveau à l’école Poudlard. […]
Sybille Trelauney : Depuis seize ans, je vis et j’enseigne ici. Poudlard est ma maison. S’il vous plaît, vous ne pouvez pas faire ça.
Dolores Ombrage : Bien sûr que si.
Albus Dumbledore : Professeur McGonagall, puis-je vous demander de racompagner Sybille à l’intérieur ? […]
Dolores Ombrage : Dumbledore, dois-je vous rappeler qu’au terme du décret d’éducation numéro 23 édicté par le ministère …
Albus Dumbledore : …Vous avez le droit de renvoyer mes enseignants. Vous n’avez pas en revanche le droit de les expulser de ce château. Ce pouvoir appartient encore au directeur.
Dolores Ombrage : Pour l’instant.

David Yates, d’après le roman de J.K. Rowling, Harry Potter et l’ordre du Phoenix, 2007, 133 mn

Générique

Dans un texte de 1963 intitulé Les Anneaux de Bicêtre, l’écrivain Georges Simenon regrettait, à sa manière, la disparition progressive des prologues et autres préfaces, qui étaient légion dans les livres de sa jeunesse. C’était une façon – disait-il – pour l’écrivain d’avoir une prise de contact directe avec le lecteur pour lui exposer ses liens avec le sujet dont l’ouvrage allait traiter. A ces prologues et préfaces passées, il remarquait qu’on substituait, notamment dans les romans policiers et dans certains essais, la fameuse formule «  les événements relatés sont purement imaginaires et toute ressemblance entre les personnages et des personnes existantes ne pourrait être que fortuite ». Un propos en sciences sociales doit précisément veiller à inverser scrupuleusement cette formule qui devient dès lors « les événements relatés ici se sont vraiment déroulés et les personnes décrites ont toutes existé même si quelquefois elles semblent avoir quelque ressemblance avec des personnages imaginaires ». Les éléments qui suivent ne sont pas purement imaginaires, ils sont certes racontés, raccourcis et donc forcément mis en fiction. Ils sont le fruit de rencontres construites dans le temps auxquelles ont participé Yves Winkin, Jean-Louis Fabiani, François Theurel et qui ont abouti au mois de janvier 2009 à un séminaire « coproduit » par l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse et CinéCinémas. La notion de campus que l’on qualifie souvent de « à l’américaine » a été interrogée à travers les représentations cinématographiques. Intitulé « Campus or not Campus ? Cinéma et Campus : du rêve américain au désamour français », ce séminaire a interrogé ses participants dans les termes suivants : depuis les années 70, l’eldorado universitaire américain n’a cessé de fasciner l’industrie cinématographique des Etats-Unis par ses établissements richement dotés, ses campus rutilants et ses bibliothèques gorgées d’ouvrages. Cette industrie, profondément ancrée dans la culture américaine, ne semble pas inspirer les réalisateurs français, encore peu nombreux à avoir abordé ce thème du campus. À travers ce séminaire, il s’agit de comprendre en quoi le genre « Film de campus » s’inscrit dans une logique sociale et économique propre à l’Amérique ? Et pourquoi reste-t-elle peu exploitée en France ?

Les étudiants, en sociologues indigènes de leur objet, ont abordé la thématique de cinéma et campus par une comparaison entre les modèles anglo-américains et français. Généralement, ils ont tenté de définir comment le cinéma participe de la construction d’un imaginaire collectif de l’université. L’objectif de ce projet est de poser les bases d’un scénario sur le genre -film de campus- et son appropriation en France qui puisse amener à la réalisation d’un tournage d’un documentaire et de penser une programmation pour la chaîne CinéCinémas – partenaire du projet-. Nous ne pourrons pas rendre ici l’intensité, la qualité et la quantité des échanges. Aussi, nous tiendrons un propos local sur le cinéma et le campus : celui de l’Université d’Avignon. Le dialogue qui suit en racontant cette université interroge plus fondamentalement l’expérience que chacun garde de son campus. Dans l’épisode « Meurtres sur le campus » de la série Esprits criminels (saison 3), un tueur en série opère sur le campus d’une université à Flagstaff, Arizona. Un dialogue s’instaure entre le FBI, instance fédérale et la police locale pour décrire et comprendre la situation :

FBI : Parlez-nous un peu de cette université
Police locale : Elle est petite. Les gens se connaissent. Les dortoirs sont encore séparés. Les étudiants viennent de partout pour y étudier les matières artistiques.
FBI : Vous avez augmenté vos effectifs sur le campus ?
Police locale : Oui, on les a doublés.
FBI : D’autres mesures ?
Police locale : Les voitures qui patrouillent vingt-quatre sur vingt-quatre et je viens d’imposer un couvre-feu à vingt-deux heures. […]
FBI (voix intérieure) : J’ai rencontré Sarah à la fac sur un campus tout à fait semblable. Il y a trente et un an. Les campus sont censés être des endroits exaltants. On est censé y préparer son avenir, découvrir qui on est et qui on va devenir. Ces endroits sont censés incarner les rêves pas les cauchemars. Ils incarnent l’espoir. Je ne comprends plus le monde qui m’entoure.

Grâce à Layla M. Roesler, nous avons pu approcher quelques éléments définitoires du dispositif campus américain et notamment la conjugaison de la vie étudiante et des espaces verts, du sport, de la culture qui doivent concourir à ce qui doit correspondre à une « life experience ». Nombre de sociologues dans la lignée de John Deewey situent ces moments comme des expériences esthétiques, qui nous donnent à relire notre passé et notre projet. Ces accidents, nous espérons les favoriser par certains dispositifs sociaux comme les campus qui sont des terrains fertiles pour ce que l’historien décrit comme un événement : ce qui fonde et qui perturbe, en fait, un moment de nos vies approximativement le même pour tous ceux qui y passent, le passage à l’âge adulte. C’est aussi pour cela que lorsqu’on y retourne trente et un an après, et que l’on y trouve plus ses repères, c’est le monde qu’on ne comprend plus. C’est pour cela que la fiction autour du campus et de l’université en France est plus que jamais nécessaire. Dans la mesure où la forme universitaire, plus encore que toute autre, renvoie à ce que Hans Robert Jauss définit comme les horizons d’attente de l’œuvre. En effet, il y ceux de l’œuvre en train de faire à un moment historique et ceux des publics sauf qu’ici l’œuvre continue de se faire avec d’autres participants. Cependant, en tant que participant de ce moment, nous incorporons en nous la représentation de l’université et du campus que nous avons vécu. Au regard de l’université qui ne cesse de se transformer, le cinéma américain remet en permanence les représentations de ses campus en forme et met en image un diapason de l’accès au savoir.

Pourtant, on ne peut imaginer à ce point le fait qu’Indiana Jones, héros universitaire de Steven Spielberg, puisse être un simple outil de la propagande impérialiste du système universitaire américain. En fait le campus et le savoir sont une manière de mettre en histoire et de la résoudre. Il n’est pas rare de voir se résoudre le noeud de l’énigme dans une bibliothèque, comme dans le film Seven où l’enquêteur plus âgé, celui qui est un exemple et un contre-exemple pour son jeune coéquipier, trouve la solution à la bibliothèque de New York. Le campus est pour le cinéma américain un bon lieu pour raconter une histoire. Au fur et à mesure des discussions et du séminaire, à la conjugaison de la vie étudiante et des espaces verts, du sport, de la culture, nous avons ajouté la bibliothèque universitaire mais aussi, la nuit, la découverte du sexe, de l’autre et généralement de son identité. Sans cela, pas d’American Pie, le campus en folie ni de Scream2. On peut noter dans ce dernier film, l’instrument narratif que constitue le théâtre universitaire : l’histoire dans l’histoire.

Pourtant face au constat de la surreprésentation du campus dans la production cinématographique américaine, on ne peut que constater l’absence d’imaginaire du campus véhiculé par la production cinématographique française. Un point souligné au regard des échanges avec Emmanuel Bourdieu et Christophe Honoré est celui du lieu de formation des « professionnels de la profession » du cinéma comme les appelle Godard. L’Académie des Césars n’est pas formée dans l’Académie, mais dans les écoles. Le cinéma est l’art de l’édification par excellence. Il nous aide à penser nos vies et à partager collectivement nos rêves et nos inquiétudes. Si en France, peu de nos cinéastes sont « passés » à proprement parler par l’université – la voie royale de formation demeurant l’excellente FEMIS -, ne peut-on espérer demain des scénaristes inspirés par l’université dont ils seraient originaires pour nous aider à imaginer une Université qui nous ressemble ?

Action

Mais, nous ne pouvons compter seulement sur des explications externes à l’université pour expliquer son absence de l’imaginaire national français qu’est pour nous le cinéma hexagonal. Tout d’abord, l’université a longtemps souffert et souffre d’un déficit d’image auprès de la population française : qualifiée de fabrique à chômeurs, de voie de garage, on se l’imagine souvent comme délabrée, vétuste, avec des conditions d’enseignement et de vie déplorable. Ensuite, ce que nous appelons campus en France est trop souvent une version localisée et territorialisée sans penser la dimension temporelle du campus, son ouverture. Un des éléments évoqué plus haut, la nuit, interroge notre capacité à montrer une université en France : Christophe Honoré soulignait que filmer la « fac », c’était filmer un « amphi » ou une salle de cours en journée. En fait, le manque de logement étudiant sur ou à proximité du campus, l’absence d’accès nocturne, ont fait que l’université est plutôt considérée comme un lieu de dispense de savoir et n’est que très rarement envisagée comme un lieu de vie. C’est seulement en développant l’écologie de l’université que celles-ci deviendront des campus qui se mettront en histoire. Dans son ouvrage Une société sans école, Ivan Illich interrogeait déjà en 1971 cette notion du vivre ensemble sous l’angle de la convivialité. Ainsi, tandis que notre société contemporaine est emportée dans un mouvement où toutes les institutions tendent à devenir une seule « bureaucratie » postindustrielle, il nous faudrait nous orienter vers un avenir que j’appellerais volontiers « convivial », dans lequel l’intensité de l’action l’emporterait sur la production. Tout doit commencer par un renouvellement du style des institutions et, tout d’abord, par un renouveau de l’éducation. Un avenir, à la fois souhaitable et réalisable, dépend de notre volonté d’investir notre acquis technologique, de telle sorte qu’il serve au développement d’institutions « accueillantes ». Au-delà, l’action comme principe descriptif doit nous amener à penser le campus non sous l’angle de sa production, mais du processus qu’il met en œuvre et de sa performance.

Mercredi 28 janvier 2009 – salle des thèses de l’Université d’Avignon- intérieur jour – plan d’ensemble.
Composition des éléments à l’intérieur du cadre : au premier plan une soixantaine de chaises occupées par des hommes et des femmes principalement âgés d’une vingtaine d’années. Au niveau du plan principal, se font face deux groupes, entre eux un vidéoprojecteur. L’un est debout et parle, ou plus justement, expose. En face, l’autre groupe acquiesce, commente, interroge. On aurait pu se concentrer sur les regards de ces deux groupes façon « western » -plans successifs rapprochés sur les yeux-. Mais notre regard zoome vers l’arrière-plan, au-dessus d’une cheminée attribuée à un certain Mignard. Un écran montre un film de campus réalisé par des étudiants : c’est leur film de promotion. Promotion de leur formation ? de leur université ? Non de leur campus, dans la mesure où ce film raconte la façon dont ils ont habité culturellement et esthétiquement avec leur style et leurs genres un moment de leur vie : faire des études à l’Université d’Avignon.

Nous sommes en plein milieu d’une soutenance de projet qui conclut un séminaire consacré au cinéma, au campus, à son imaginaire. Ce séminaire est aussi la fin de la « scolarité » d’une grande partie de ces étudiants qui reviendront une dernière fois en septembre soutenir leur mémoire. Aujourd’hui, le ton est solennel. En fait, on joue au solennel. C’est un moment collectif et pour être un rite de passage: on joue le rite, on prend ses formes, on le performe pour tendre vers ce qu’on souhaite être une expérience esthétique .
Le film se finit. L’exposé, aussi. Le jury se retire dans une petite salle, derrière la cheminée. C’est ainsi qu’à Avignon, la communauté universitaire a, en moins de dix ans d’implantation sur son nouveau campus, réinventé sa tradition locale des soutenances de thèse. En effet, les étudiants ont souligné la trop grande rareté des moments rituels dans la vie scolaire et universitaire : le baccalauréat et la soutenance de thèse. C’est pour cela qu’ils volent en bande organisée avec leur jury, et plus que jamais en public, un morceau d’expérience esthétique pour transformer leur lieu de savoir et d’apprentissage en lieu de vie et de souvenir, leur université en campus. Le public, le jury, les impétrants sont debout et on entend des applaudissements. L’histoire peut commencer.
Voir sur le site de partage de vidéo Youtube à la requête « Campus or not campus »

Ecrire une université, imaginer un campus
L’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse a décidé de performer sa communauté -ses trois corps –étudiant, enseignant-chercheur, administratif et technique- en les rassemblant par la culture. L’université en tant qu’institution dispose ses propres expériences esthétiques qu’elle fait partager aux membres de sa communauté pour les rassembler. À vrai dire, l’université doit être à même de pouvoir considérer que tout rassemblement universitaire est un rassemblement culturel qui lui permet de mieux accomplir ses missions. L’Université d’Avignon a eu 700 ans en 2003. Dans le cadre de cette commémoration, elle a décidé de se rassembler et de se mettre en histoire au travers d’un ouvrage L’Université d’Avignon. Naissance et renaissance, 1303-2003, d’une exposition et d’un film retraçant son histoire. Six ans plus tôt, en 1997, sa communauté a décidé de se rassembler sur deux campus. Il n’est pas question ici de résumer ni l’ouvrage ni l’histoire mais de pointer quelques rassemblements de cette histoire écrite, puis racontée et la façon dont elle s’est mise en images.
Création de l’université le premier juillet 1303 par une bulle du Pape Boniface VIII, avant que la papauté ne s’installe dans la ville qui fait d’Avignon une des plus vieille université d’Europe.
Suppression en 1793 en même temps que les autres universités françaises.
Renaissance d’une activité universitaire en 1963 sous la forme d’un Centre d’Enseignement Supérieur Scientifique alors rattaché à la Faculté des Sciences de Marseille, et mise en place en 1964 d’un Centre d’Enseignement Supérieur Littéraire rattaché à la Faculté des Lettres d’Aix en Provence.
17 juillet 1984, création de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse comme Etablissement Public à caractère Culturel Scientifique et Professionnel de plein exercice.
1997, choix d’un développement en cohérence avec son territoire tant dans ses formations, dans sa recherche que dans ses implantations. Ses projets de développement deux campus ne sont pas construits sur le modèle américain mais dans une logique territoriale. Chaque site supporte ses spécificités qui amènent à penser la culture en terme de circulation, de mobilité des services et de propositions propres à chaque implantation.
2003, commémoration du 700ème anniversaire de l’université d’Avignon
28 janvier 2009, projection du film de campus des étudiants du Master Publics de la Culture.
Force est d'interroger, avec le temps, l’importance et l’intérêt porté à l’importance de l’Université d’Avignon par son territoire. Pour mémoire, en 1967, la ville d’Avignon se dote d’un Livre d’or préfacé en premier par Monsieur le Préfet. Il a pour mission de présenter la ville mais aussi ses projets : si l’on peut lire trois pages sur la vedette locale Mireille Mathieu, le projet d’université avignonnaise prend en tout et pour tout cinq mots dans une préface distincte d’une sous-partie commise par Monsieur le Maire de l’époque Henri Duffaut. Face aux discours médiatiques ronronnant « une accélération du temps », les sciences humaines se sont faites profession de foi de rappeler que tout n’est pas vitesse ni révolution. Pourtant, il ne s’agit pas de tomber dans les affres d’un relativisme historique qui voudrait que toutes choses étant égales par ailleurs les éléments de la vie sociale ne changent pas ou, du moins, se valent : dans ce même livre d’or, Monsieur le Maire vante les bienfaits de l’électricité dans le projet de la ville avignonnaise. Ainsi le temps, par le travail qu’il a infligé à la ville, l’aurait faite passer d’une identité rurale à une identité urbaine et de l’ère de l’électricité à celle de la culture et du Festival. Pour ne pas, par effet de balancier, succomber aux façons de penser « révolutionnées », comme l’électricité coexiste et participe au festival, l’identité rurale d’Avignon coexiste et participe à l’identité urbaine d’Avignon jusque dans le projet de son université. En effet, la donnée identitaire de la ville et de sa région ne peut être contournée au regard des 70 % d’étudiants en premier cycle de l’Université d’Avignon dont le foyer d’origine est à moins de 30 km de leur foyer actuel. Avignon, troisième ville française est la plus connue au monde par son patrimoine, son Festival. Elle l’est aussi par son université dans la mesure où 10% de ses étudiants et un tiers de ses doctorants sont étrangers. Pour toutes ces raisons, la culture est un élément de rassemblement de la communauté universitaire, mais aussi de lisibilité de son projet et de son territoire. L’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse a certes été repérée en novembre 2008 par le Premier ministre François Fillon lors du forum d’Avignon comme étant « premier germe d’une université thématique de la culture en France ». Au-delà, une enquête a montré, en 2003, que près de 72% des étudiants en provenance d’une autre ville qu’Avignon avaient fait le choix de cet établissement désirant y trouver une vie culturelle inscrite dans la cité. Le campus centre-ville de l’Université d’Avignon cumule les qualités d’un campus cinématographique : le jour et la nuit. Le décor diurne rassemble un pôle sportif, du patrimoine, de la culture, une bibliothèque universitaire et un parc. Le décor nocturne dédié à la découverte de soi, de l’autre, du sexe rassemble dans l’intra-muros, l’intérieur des remparts, du logement et des activités urbaines. Le jour et la nuit définissent ici un habiter ensemble dans un espace commun qui permet de raconter une histoire. Rajoutons à cela qu’Avignon est aussi une des villes les plus cinéphiles de France avec une fréquentation moyenne de plus de 14 fois par an et par habitant – pour une moyenne nationale de 2,7 environ -. Enfin, le cinéma occupe le tout premier rang des pratiques culturelles de sortie des étudiants. Pratique populaire, le cinéma est la seule pratique culturelle partagée par l’ensemble des étudiants et détermine un moment fort dans la construction identitaire et sociale. Il n’est pas surprenant, alors, que les étudiants aient performé cinématographiquement leur campus.

Un film de campus ? à l’avignonnaise ?

La définition d’un film de campus n’est pas une prénotion dans la mesure où tout au long de ce séminaire et du travail produit avec les étudiants, nous avons dû la construire pour pouvoir réfléchir notre objet. Nous sommes arrivés à cette définition minimale : un film de campus est un film qui d’une manière ou d’une autre fait référence à l’université. Ainsi, 60% des films américains rentrent dans cette catégorie. Au regard de cette masse, il est plus pertinent de discriminer ces films par leurs performances locales au sein d’un campus. Nous en avons repéré plusieurs. Il y a d’abord le film des 700 ans de l’université, évoqué plus haut. Pendant audiovisuel d’un ouvrage livresque, il représente plus l’histoire de l’université que celle du campus. Il y a bien sûr les pratiques cinématographiques des étudiants, mais il y a aussi les études et projets professionnels qui les amènent à se projeter dans le monde du cinéma. Il y a les étudiants qui se rassemblent dans le campus autour de la série Rome. Il y a aussi les films fabriqués à la maison par les étudiants qu’on retrouve sur Youtube. Il y a ceux que l’université, à partir de son campus, a produit avec eux dans sa communication auprès des lycéens ChoisirAvignon.fr. Il y a le campus transformé en lieu de tournage pour la série La prophétie d’Avignon qui a conduit chaque membre de la communauté universitaire à un visionnage ludique de cette histoire mysthico-policière : reconnais ta BU transformée en « FBI » européen. En 2008, il y a la réintroduction au sein du Festival d’Avignon des projections cinématographiques en plein air dans le parc de l’université avec Coup pour Coup de Marin Karmitz et en 2005, la Leçon de comédien de Max Von Sydow prenant la parole dans un « amphi » . Il y a Sébastien Roch, Cricri d’amour, de la série Hélène et les Garçons, principale fiction française représentant l’université française, en l’occurrence Paris X - Nanterre , s’étonnant de la ressemblance de sa cafète avec celle du campus avignonnais. En effet, on ne sait pas toujours dans quel sens se joue la performance. Comme dans beaucoup d’universités, il y a le cinéclub, mais aussi une association étudiante Les Nuits Cinéfils et filles qui organise des projections cinématographiques rassemblant la communauté universitaire dans un cinéma avignonnais extra-muros. Cette association performe ensuite ces films par une nuit thématique dans un lieu patrimonial de la ville. Depuis trois ans, chaque année, cette performance nocturne prend la forme d’un bal de promo dans le restaurant universitaire du campus centre-ville. Le 27 janvier 2009 à la veille des mouvements sociaux universitaires, le thème était Le péril jeune de Cédric Klapisch. Dans quel sens, la performance ? Un cas a retenu, notre attention par ses multiples sens. Comme le théâtre universitaire qui permet de raconter l’histoire dans l’Histoire, la performance du film de campus de la soutenance sur le campus dans le campus qui permet de raconter le campus.

Ainsi, le 28 janvier 2009, les étudiants ont performé en public et en images leur film de campus. Il dure 4 mn. Le personnage principal en est le campus et ses habitants. Le film rassemble des fonctions, des actions performées, des personnages et des expériences qui leur sont habituellement attribuées. Ils ont énoncé publiquement leur volonté d’inventer une version « à la française » du film de campus. On y retrouve des éléments locaux et globaux. L’espace national est signalé en introduction par une mire. Au début du film, Le territoire local est identifiable à travers le Palais des Papes mais, aussi les transports en commun du « grand Avignon ». On retrouve des personnages cinématographiques des teenmovies et films de campus « à l'américaine » : le geek, la pin up, la sportive et le sportif, la miss, la punk, la blonde… Ils relèvent du global. La musique, sans laquelle aucun film de campus n’est possible, est une négociation entre le local et le global. La musique faussement moyenâgeuse d’introduction est cinématographique et fait référence à une partie de l’identité avignonnaise. Une sonnerie fait la transition vers un campus négocié. En effet, Superbus est un groupe à l’anglo-saxonne qui chante en français. Après avoir présenté chaque personnage à la cafète, la BU, l’amphithéâtre, leur communauté est représentée par leur promotion rassemblée. Il conviendrait d’aller plus avant dans cette description, mais un détail a retenu notre attention. Dans ce film, deux étudiantes font référence à l’élection de Barack Obama et affichent, l’une, une revue et, l’autre, un badge arborant le visage du nouveau président des Etats-Unis d’Amérique. Plus haut, nous avions évoqué l’exposition de 700 ans de l’université d’Avignon. Depuis 2008, cette exposition a été installée dans le « couloir de la scolarité ». Là où lors de leur inscription, les étudiants ont souvent leur premier contact avec l’université. Cela afin qu’ils puissent s’inscrire administrativement, mais aussi dans leur histoire : celle de leur campus, récit localisé de leur université. Dans ce couloir, une représentation photographique de la statue en ébène de Boniface VIII signale le fondateur de l’université. Et depuis l’élection de Barack Obama nous ont été rapportés au moins deux fois où des étudiants y voyaient le premier pape noir. Michel Chion, esthéticien du cinéma, parle du désir de synchronisation qui nous pousse à rassembler le son et l’image. De la même manière, les étudiants ont un désir de synchronisation de leur campus avec le global. Ce qu’habiter un campus doit permettre comme accès symbolique pour que ses membres puissent y transformer leur vie, c’est le sentiment de pouvoir performer le monde : changer avec lui, et pouvoir le changer.

Nous remercions ici Nathalie Coste-Cerdan et Bruno Deloye et tous les étudiants du Master Stratégies du développement Culturel mention Publics de la culture et communication et particulièrement : Maud Champagneur, Violette Cimpaye, Marie-Morgane Donval, Julie Esposito, Mireille Le Ruyet, Mathieu Pradalet, Fanny Raflegeau, Maria Robin, Marie-Laure Signoret, Hugo Soriano, Anaïs Truant. Ils nous ont permis de rencontrer, écouter, dialoguer durant deux jours avec les personnes suivantes : Jennifer Bachelard, Emmanuel Bourdieu, Fanny Carbonnel, Jean-Luc Galvan, Christophe Honoré, Christophe Jacquemart, Alysson Jielbreath, Laurent Lubinu, Stéphanie Pourquier-Jacquin, Thomas Riley, Rodolpho Ripado, Layla Roesler, Virginie Spies, François Theurel, Béatrice Toulon, Johanne Tremblay, Bertrand Vignon et Yves Winkin.

mardi, août 11, 2009

QUAND L'INSPECTEUR DERRICK S’INVITE… Un monde de bonheur policé où il y a quand même des tranquillisants




Si à cinquante ans, on n'a pas une Rolex, c'est qu'on a quand même raté sa vie!
Jacques Séguéla


QUAND L'INSPECTEUR DERRICK S’INVITE…
Un monde de bonheur policé où il y a quand même des tranquillisants

Par Damien Malinas et Emmanuel Ethis

Entre 1974 et 1998, ce sont 281 épisodes de Derrick qui furent tournés avec pour toile de fond la bourgeoisie de Münich. Stephan Derrick est un inspecteur de police, plus très jeune, toujours bien mis, poli, qui n’a jamais une parole ou un geste plus hauts que les autres. L’unique scénariste de la série qui quitte la scène à 84 ans, voulait que Derrick soit accompagné d’un adjoint, Harry Klein. Durant les toutes dernières années de tournage de la série allemande, une rumeur persistante - et bien entendu totalement fausse - prétendait que Derrick était filmé au ralenti. Si l’impression de lenteur de l’Inspecteur Derrick n’est pas feinte, elle mérite cependant une analyse qui ne peut se cantonner à l’ironie, la série ne se posant pas d’emblée comme une série d’action, mais bien une série d’investigations ; elle est habitée de ses grands référents filmiques des cinémas allemand, danois ou suédois. On y pratique la description ciselée des univers sociaux et l’on investit lesdits milieux par une succession d’introspections douces. On y aperçoit en décor naturel des bibliothèques ou des librairies qui portent les noms de Freud ou de Weber, histoire de rappeler ici que pour Derrick, la compréhension d’un milieu est primordiale pour la réussite une enquête : Derrick questionne, écoute, repose indéfiniment les mêmes questions pour découvrir des criminels qui sont avant tout stigmatisés par leur appartenance sociale et qui, en définitive, expriment par leurs crimes une volonté manifeste de maintenir l’équilibre d’un monde où il est bon que tout soit à sa place et où le bonheur ne se conjugue que sur le mode « tranquille ». Ainsi, dans Derrick, les dialogues du type - « Bravo ! Les jeunes doivent apprendre les bonnes manières » - sont légions. Sans nul doute, Nadine de Rothschild, Baronne et esthète dans l’art de se comporter en société, aurait pu écrire ces répliques qu’on pourrait croire issues de son ouvrage Le Bonheur de séduire. L’Art de réussir. Le Savoir-vivre du XXIe siècle, édition revue et augmentée. Seulement, il n'en est rien et Derrick, héros de la série éponyme, est bien le véritable "auteur" de ces paroles. En fait, comme on le verra plus loin, l’inspecteur et la Baronne entretiennent en commun une vision du monde, une façon de le construire : ce que Paul Veyne décrit comme un régime de vérité. Ce régime de vérité est ce qui fait preuve dans le cas de Derrick, là où chez Nadine de Rothschild, il est ce qui fait bonheur. Il faut alors se souvenir que l’étymologie de la notion de bonheur renvoie bel et bien à celle de fortune.

Cette cohérence, cette intelligibilité du monde qu’on pourrait chercher à mettre en place au travers d’une enquête quantitative, d’entretiens, de grilles d’analyse du monde largement défini par un protocole, pourquoi ne pas tenter de l’accorder aux œuvres de Derrick et de Nadine de Rothschild ? En effet, ces derniers, avec des outils propres à leur spécialité et aux enquêtes qu’ils diligentent – protocole, mandats, entretiens, courriers, liste, etc. - produisent des assertions sur le monde. Ces assertions sur le monde dépassent largement leur monde immédiat : elles forment, de fait, une chaîne de coopération avec un univers plus large et produisent un regard global sur l’individu et la société ou des parties de celle-ci fondé à partir d’expériences propres. Ce sont des expériences structurées professionnellement qui oeuvrent dans leur domaine respectif : trouver des criminels, mettre la table et divertir le troisième âge et ce, avec des outils similaires. En se basant sur l’œuvre de René Char, l’historien Paul Veyne décrit cette capacité du sociologue et du poète à rendre le monde intelligible. Y a-t-il une façon poétique, sociologique d'analyser Derrick comme il existe déjà une analyse communicationnelle des pratiques de table ? C’est là la question centrale de cet article.



Ch’ui snob,...

Dans sa « petite apologie de l’expérience esthétique » , H.R. Jauss insiste sur l’idée qu’aujourd’hui, dans les analyses qu’on en fait, « l’expérience esthétique est amputée de sa fonction sociale primaire précisément si la relation du public à l’œuvre d’art reste enfermée dans le cercle vicieux qui renvoie l’expérience de l’œuvre à l’expérience de soi et inversement, et si elle ne s’ouvre pas sur cette expérience de l’autre qui s’accomplit depuis toujours, dans l’expérience artistique, au niveau de l’identification esthétique spontanée qui touche, bouleverse, qui fait admirer, pleurer ou rire par sympathie, et que seul le snobisme peut considérer comme vulgaire ».

Tapis rouge et bonnes manières : le protocole est souvent réduit à ses aspects pratiques les plus pittoresques et, semble t-il, les plus futiles, ce qui n’empêche pas qu’il soit abondamment commenté dans la presse. Il y a pourtant là bien davantage que de l’anecdotique : le protocole, c’est d’abord une hiérarchie qui classe les acteurs et leur prescrit des comportements ; c’est ensuite une mise en scène qui invite le spectateur à faire allégeance à ces acteurs dans une proportion adéquate à la dignité qui leur est conférée. Le protocole est, en ce sens, la formalisation d’un rapport de force et la projection d’une représentation structurée des relations entre dirigeants et dirigés. Il peut ainsi être défini comme l’ordre symbolique donnant à voir l’ordre politique : parce qu’il fixe la liste des rangs et des préséances, la hiérarchie des fonctions politiques, parce qu’il rappelle à chacun la place qui est la sienne, les gestes qu’il doit accomplir, parce qu’il justifie la distribution des corps dans l’espace politique, parce qu’il règle le mouvement et le rythme des cérémonies, le protocole garantit l’expression de l’ordre politique.

Les séries policières destinées au grand public mettent souvent en scène ce protocole et ses règlementations. Et, à chaque inspecteur, son éducation. Certains, comme Derrick ou Poirot, se réfugient derrière une discipline derrière laquelle ils excellent – respectivement pour nos deux enquêteurs -, ce sont le savoir-vivre philosophique et la psychologie qui permettent de désigner des coupables qu’on pourrait qualifier d’altruistes en ce qui commettent des crimes au nom d’une certaine justice sociale, ou justice de milieu social. Inversement, des inspecteurs comme Maigret ou Columbo entretiennent un rapport différent à la culpabilité : ils traquent, piègent et finalement, comme les précédents, ne récoltent que peu de preuves, mais plutôt des aveux. Et pour cause, les meurtriers qu’ils traquent appartiennent, eux, à la catégorie des « individualistes égoïstes » et éminemment sûrs d’eux. Ils tuent, non pour maintenir un ordre du monde, mais pour tirer profit d’une situation à leur seul avantage. C’est pourquoi la technique d’enquête de Columbo est des plus intéressantes car elle consiste toujours à prendre le dessus sur le coupable, par définition vaniteux, qui se croît au sommet de son art dans son propre domaine et qui n’imagine pas qu’un simple lieutenant puisse déceler une quelconque faille dans son alibi.

Un style, des valeurs, l’expressivité d’un monde en quête de stabilité sociale

Derrick affirme donc un genre singulier né dans les années 70 sur la ZDF, seconde chaîne allemande, qui a pris pour habitude de diffuser tous les vendredis soir, un krimi , c’est-à-dire un policier entièrement produit en Allemagne, où sexe, action et violence, les ingrédients de base des séries américaines sont ici quasiment absents. Derrick s’impose comme l’expression la plus achevée de ce genre. Spécifique, la série supporte des traits caractéristiques assez forts pour être non seulement reconnu dès les premiers instants de sa réception – on n'énumèrera pas ici la totalité de ces traits mais nous pouvons pointer rapidement la couleur, la musique, les dialogues, les comédiens -, elle est aussi particularisante puisqu'elle a permis d'imaginer le timbre de l'audiovisuel allemand. En ce sens, Herbert Reinecker, le seul scénariste de Derrick a su inventé un style à base de drames familiaux, d’adultères, un style porté par des valeurs que l’on peut appréhender comme conservatrices, un style qui court sur l’ensemble des épisodes de la série qui couronne cette carrière de scénariste, marquée également par la rédaction des scénarios d'une soixantaine de films, l'intégralité de la série «Der Kommissar» (1969-1976), de «Jakob un Adele», ainsi que diverses contributions aux séries «Der Alte», «Das Traumschiff»...

Cette préoccupation de travailler au cœur des valeurs de la société allemande et du traditionalisme de sa bourgeoisie s’expriment jusque dans les titres des épisodes de la série. Citons à titre d’exemples : Nostalgie, Sacrifice inutile, Une jeune fille en jeans, Paix intérieure, Attentat contre Derrick, Une affaire énorme, Un mort a gagné, Le message universel, Un cierge pour l'assassin... Autant de titres qui auraient pu tout aussi bien convenir à dénommer des pièces de vaudeville déjantées.



Il y a dans ces titres quelque chose de moral qui situe une lutte entre le bien et le mal : dans tout cela, il y a des valeurs. Comme dans le vaudeville, les valeurs bourgeoises définissent la ligne de partage qui amène ou non à considérer le crime. Dans le monde de Derrick, le criminel est impoli, il est celui qui ne maîtrise pas les codes de ce monde que tout le monde doit connaître et respecter. Sauf Derrick : par sa science du savoir-vivre bourgeois, il peut enfreindre les codes pour mieux confondre l’impolitesse. Il faut croire au demeurant que ce sont précisément la politesse normative et le monde rassurant dont elle est issue qui ont permis à Derrick de s’expatrier hors d’Allemagne et partir à la rencontrer de plus de 500 millions de spectateurs, de 102 pays à travers des milliers de diffusions et de rediffusions. Même un pays comme l’Iran dont on connaît les codes de censure très stricts à la diffusion a diffusé et diffuse encore «l’inspecteur». Ceci conforte bien l’hypothèse selon laquelle l’énonciation de la série procède d’une morale bourgeoise qui :
• lui permet de circuler historiquement et géographiquement,
• lui assure un succès car elle permet de montrer des choses graves en définissant fortement le prescrit et le proscrit.

On peut véritablement parler ici d’une « sciences du protocole » qui abolit les différences culturelles et qui permet au Derrick hyperlocalisé dans son Allemagne natale de rencontrer une compréhension globale et par-là même internationale. Les valeurs de Derrick fonctionnent là à la manière d’un authentique protocole diplomatique. C’est par là-même science du protocole que Nadine de Rothschild peut accueillir n’importe qui à sa table et être invitée où que ce soit. De même, Derrick peut s’inviter sur tous les écrans de télévision du monde, tous sauf un : l’Américain. Les Etats-Unis ne diffusent pas Derrick. Ce dernier mettrait-il en place des codes par trop sophistiqués ou trop désuets ? C'est dans la réception que se trouve la réponse. Il reste que cette série ne s’est jamais exportée aux Etats-Unis d’Amérique, pas plus que ne s’exporte la mise en scène des codes de conduite de Nadine de Rothschild dont on pourrait se demander si celle-ci serait bien reçue par un Georg W Bush ou une Sarah Palin.

Quand Derrick s’invite, Nadine reçoit…

Politesse et savoir-vivre sont autant de garanties pour le reste du monde qui expliquent comment fonctionne Derrick et le bonheur sous tranquillisants qu’il inspire aux plus de 50 ans qui constituent 70% de son public. Comparer certaines des prescriptions du guide de savoir-vivre de Nadine de Rothschild revient donc à mesurer d’autant mieux les valeurs bourgeoises de Derrick qui confortent la série dans son rayonnement, sa réception, sa vision du monde, ainsi que lesdites valeurs dans leur circulation et dans leur diffusion.

Les idéaux de la société bourgeoise fonctionnent selon un même régime cher Nadine et chez Derrick. Il suffit pour s’en convaincre de lire Nadine lorsqu’elle décrit ses aspirations : « [Je] trouvai au fond d'un placard un vieux livre poussiéreux qu'avait sans doute oublier une comédienne.[…] Je ne savais pas qu'il allait transformer ma vie, me donner les moyens de m'élever plus haut que mes rêves. Ce livre, je l'ai lu et relu comme un roman dont j'étais l'héroïne. Je présidais des dîners somptueux, des hommes en habit s'inclinaient jusqu'à terre, je vivais entourée de lys et de roses. Mais, dès que j'ouvrais les yeux, je retombais dans ma vie quotidienne et retrouvais des gens n'ayant rien de commun avec les personnages qui peuplaient mon livre. Ils n'en avaient ni le langage, ni les manières, ni l'exquise politesse. Je me posais des questions : ces personnages existent-ils vraiment ? Me sera-t-il donné de les rencontrer un jour ? Saurai-je leur plaire ? Non, ils possédaient un savoir que je n'avais pas. » Plus de la moitié des personnages de Derrick évoque cette confrontation entre les rêves sociaux auxquels on aspire, ou que l’on accompagne, et la réalité à laquelle on se résout. Ainsi dans La jeune fille en jeans, c’est la gouvernante qui souhaitait assassiner la maîtresse du professeur au service duquel elle était. Par l’entremise du professeur, la gouvernante avait la sensation de participer à un monde auquel elle n’appartenait ni par son talent, ni par sa filiation, mais bien parce qu’elle le sert. Tuer quelqu’un pour sauvegarder ce monde signifiait rendre ce monde redevable à son égard. En prenant sur elle la responsabilité d’avoir maintenu l’équilibre de ce monde par l’élimination de la maîtresse, elle en devenait, à sa manière, l’auteur. Ni violence, ni haine, juste une détermination naturelle à servir. Il est important de noter ici cette préoccupation sur laquelle la série Derrick est instruite ne date pas d’aujourd’hui. Déjà lorsqu’on élabore les savoirs policiers dans les années 1800, on note dans nombre de rapports la nécessité pour tout enquêteur d’être attentif à « l’esprit public et ses fluctuations, la bonne harmonie ou les causes de jalousie des diverses classes entre elles, l’influence du clergé et l’usage qui en est fait » .

La politesse et ses usages occupe un temps considérable chez Derrick, chaque personnage devant confirmer à l’autre qu’il n’y a jamais de malentendus. En guise d’exemple prenons cet épisode où l’on rencontre Derrick à la sortie de l’Opéra préoccupé par une enquête dont il est saisi : on y découvre un certain Dr Schöller, sortant de chez sa fiancée, qui aperçoit un inconnu dans sa voiture. Il tente d’intervenir mais se fait abattre froidement. Derrick comprend que le meurtrier a des liens avec une bande organisée autour du vol de voitures de luxe. Voici le dialogue qui jalonne le début de l’épisode. Observons les échanges entre les protagonistes en se souvenant qu’un meurtre vient d’être commis :

Personnel de l’opéra : c'est marrant, ça fonctionne.
Personnel de l’opéra : qu'est-ce que c'est que ça ?
Personnel de l’opéra : un monsieur me l'a confié et si ça sonne, il faut aller le prévenir immédiatement, je vais le chercher. Tiens voilà son numéro.
Derrick : vous êtes très gentille, toutes mes excuses de vous avoir embêté, allons-y.
Compagne de Derrick en tenue de soirée : d'accord.
Il laisse un pourboire
Personnel de l’opéra : merci beaucoup.
Derrick : où se trouve le téléphone ?
Personnel de l’opéra : il y en a un dans le hall.
Derrick : merci.
Harry : bonsoir, Stephan.
Derrick : bonsoir, Harry.
Harry : excuse-moi de vous avoir dérangé. J'ai demandé à Schröder de s'amener, seulement, il est déjà sur une autre affaire.
Derrick : oh, ce n'est rien.
Harry : dommage pour une fois que Reynat pouvait avoir un peu de repos. Comment c'était ?
Derrick : il chantait vraiment beaucoup.
Harry : je t'avais dit de me déposer et de rentrer chez toi. Bon, allez, Harry, je t'écoute que s'est il passé ?

Que de politesses, alors que le crime est là ! Derrick est bien l’anti-Columbo. Quand l’un travaille sur la débauche des grands dans un vieil imper assortie à sa 403 Peugeot, l’autre montre Rolex au poignet, signe incontestable de réussite sociale, tient le volant BMW et enquête comme un Flaubert sur les travers des petites et moyennes gens. Pas d’urgence sur les scènes de crime : nous sommes dans un monde policé où il y a quand même des tranquillisants. Ces derniers sont les drogues sous ordonnance qui aident à respecter le savoir-vivre. Derrick est le seul qui est autorisé par sa fonction à déroger à ce savoir-vivre : car, plus que tout autre, il le possède. Aussi, ce suit aurait pu être saisi indifféremment chez Derrick ou Nadine car ce sont les mêmes conseils que l’on prodigue aux jeunes générations. À une jeune fille, Nadine écrit : « vous en voulez à votre mère de s'être battue pour acquérir une égalité dont vous ne voyez pas les avantages, depuis la victoire du MLF, les hommes dites-vous ont cessé d'être galants. Mais vous, peut-être, par réaction, n'avez-vous pas oublié d'être féminine ? Par votre allure garçonnière, ne les avez-vous pas encouragés à être de moins en moins prévenants ? » À un jeune homme, Nadine conseille encore : si vous êtes un garçon timide – tous les garçons le sont -, raison de plus pour vous armer de toutes les règles du savoir-vivre en société. Ainsi vous n'aurez plus la pénible impression, en entrant dans un salon où vous ne connaissez pas grand monde, de vous sentir perdu, paralysé, ignorant de ce qu'il vous faut dire ou faire. Plus votre savoir-vivre sera grand, plus vite vous vaincrez votre timidité ». Derrick n’est guère différent dans ses assertions sur le monde. De la sorte, pour ce dernier, « les homosexuels qui relèvent souvent d'un tempérament jaloux, sont sujets à un tempérament violent ». Nadine et Derrick considèrent l’un comme l’autre que « le divorce est un fléau. [… ] Il est devenu un phénomène de société, une mode. Quitte à vous choquer, je dirai qu'il fait autant de ravages que la drogue. […] Bien des couples, à un moment de leur vie, envisagent de se séparer. Mais à l'idée de voir le patrimoine divisé, ils choisissent de ne pas briser les liens du mariage et font l'effort de rétablir l'harmonie, tant bien que mal ». Tout contribue à renforcer cette édification du monde en valeurs. Aussi la force signifiante de Derrick se trouve-t-elle même subsumée par le regard de sa compagne lorsqu'elle lui dit: « excuse-moi, tu sais que je suis angoissée donc stupide. C'est le changement qui m'inquiète ».

La force de l’habitude

En diffusant ces valeurs de politesse et d’ordre établi ou à rétablir pour un monde policé, voire sous tranquillisants, ce ne sont avant tout des valeurs culturelles qui interagissent comme autant de codes propres à affirmer ce que l’historien d’art, Ernst Gombrich désigne comme la force de l’habitude : « la force de l’habitude provient du sens de l’ordre. Elle résulte de notre résistance au changement et de notre besoin de « continuité ». Là où tout est en mouvement et où l’on ne peut rien prévoir, l’habitude offre un cadre de référence pour nos expériences. […] Dans l’étude de la perception, la force de l’habitude s’exprime par notre grande aisance à intégrer ce qui est familier. » Gombrich ne parle évidemment pas d’une analyse de séries policières, même si ses mots se transposent fort bien à notre propre analyse. Non, il parle ici de la force de l’habitude qui structure à travers les âges le besoin de répétition qui domine dans les arts décoratifs. Mais au fond, ne pourrait-on considérer le protocole, la politesse et le savoir-vivre comme de purs arts de la décoration sociale propres à générer de la répétition, de la continuité entre ceux qui sont en mesure de partager ou de transmettre ces codes sociaux protocolaires et de la discontinuité avec ceux qui ne les reconnaissent pas ? En reconsidérant Derrick à l’aune de Nadine de Rothschild, on est obligé de prendre conscience que les dialogues, les attitudes, la mise en scène que privilégie la série d’Outre-Rhin n’ont rien d’accessoires : ils sont au centre de l’intrigue tout comme l’art décoratif définit toute la sociologie de l’art dans un lieu donné à une époque donnée tout en faisant lien avec les lieux et les époques qui les environnent. Derrick, en brandissant son attirail de valeurs apparemment conservatrices, ne fait que relever que l’idée de bonheur ne saurait en aucun cas se détacher de la tranquillité et les criminels de Derrick ne sont rien d’autres que les garde-fous qui nous font nous souvenir que le bonheur n’est mesurable que dans le respect de la tradition qu’ils ébranlent sans succès .




Cf. Yves Winkin, Anthropologie de la Communication, Paris, Seuil, 2001 et Jean-Jacques Boutaud, L’imaginaire de la table, Convivialité, Commensalité et Communication, Paris, L’Harmattan, 2004.
H. R. Jauss, Pour une esthétique de la réception, Paris, Gallimard, 1971.
Cf. Thomas Sandoz, auteur de Derrick, l’ordre des choses, Paris, Les éditions de l’Hèbe, 1999.
Circulaire de D’André aux préfets, 25 février 1815.
Cf. Ernst Gombrich, The Sense of Order, Oxford, 1979, chapitre 7, p. 171-194.
Damien Malinas ayant déclaré que Derrick avait été depuis son DEA un véritable compagnon d’écriture, ses étudiants de première année du Master Culture et Communication dont il est responsable lui ont offert en fin d’année universitaire une carte de condoléances qui ressemble à une carte d'anniversaire. Pourquoi ce clin d’œil ? Sans doute parce que lorsque tout est en train bouger dans le cadre d'un DEA ou celui de la maison de retraite que l'on se prépare à faire le deuil d'une partie de soi-même, ce que Rousseau appelle une deuxième naissance, d'autres un rituel de passage ou encore une expérience esthétique, Derrick nous renvoie à cette part de stupidité qui nous accompagne tout long de la vie, notre identité numérique, ce qui ne change pas qui fait que nous savons que nous sommes nous-mêmes et qui fait que nous pouvons changer. La carte des étudiants portait en exergue : la tragédie de la mort est en ceci qu'elle transforme la vie en destin (André Malraux).

mardi, mai 26, 2009

Les Masters Stratégie du Développement Culturel et Géomatique et Conduite de Projets Territoriaux de l'Université d'Avignon distingués

http://www.univ-avignon.fr/fr/actualites/singleview/article/171/master-sdc-distingue.html

> Le Master Stratégie du Développement Culturel de l'Université d'Avignon a été remarqué par plusieurs organismes de presse et guides des meilleurs masters cette année encore. Les deux spécialités Public de la Culture et Communication et Médiations de la Culture et du Patrimoine ont été saluées pour l'insertion professionnelle rapide et durable de leurs diplômés et le dynamisme du secteur.

Le Master Stratégie du Développement Culturel a ainsi été classé par SMBG, dans la catégorie Management des Entreprises Culturelles dans le "Classement 2009 des meilleurs Masters, MS, MBS et Formations Spécialisées Bac+5 / Bac+6" édité par le Cabinet SMBG.


> Pour la troisième année consécutive le Master Géomatique et Conduite de Projets Territoriaux a été classé dans le guide « SMBG 2009 des meilleurs Masters, MS, MBS et Formations Spécialisées Bac+5 / Bac+6" dans la catégorie Management de l’Urbanisme.

Bien que cette catégorie ne corresponde que partiellement au contenu de la formation, « Management et Développement des Territoires aurait été plus juste », cette distinction dénote de la qualité de la formation qui apporte satisfaction aux étudiants, tant du point de vue des contenus, que de celui de l’insertion professionnelle.

Ce classement est diffusé dans le "Guide Jaune SMBG des Meilleurs Masters, MS et MBA" ainsi que sur le site internet du cabinet SMBG. SMBG est le premier cabinet d'orientation spécialisé dans la préparation des candidats à l'entrée des grandes écoles et des universités.


Le classement SMBG des formations BAC+5/BAC+6 :

> Méthodologie du classement
SMBG se base sur 3 critères pour élaborer son classement :
- Le critère de notoriété, qui s'évalue en amont selon le nombre de demandes d'admission émanant des étudiants et le niveau de reconnaissance à la sortie de la part des DRH et ce relativement aux autres formations du même type.
- Le salaire et les débouchés à la sortie de la formation, qui s'évaluent de sortie grâce aux informations obtenues auprès des écoles et des universités.
- Le retour de satisfaction des étudiants de la promotion sortante: un échantillon représentatif de 20% des différentes promotions a été audité, avec un minimum de 5 personnes pour les petites promotions et 10 personnes, au maximum, pour les masters regroupant un large nombre d'étudiants. Chaque personne tirée au sort a été interviewée pendant une vingtaine de minutes sur tous les points clés qui font le succès d'un programme de qualité.

Depuis la sortie de son premier classement en 2002, SMBG a décidé de n’utiliser que des critères de marché (vs des critères purement académiques).

L'objectif est de mettre en lumière les formations qui apporteront :
- aux étudiants, les meilleurs atouts et les plus solides garanties d'insertion professionnelle
- Aux recruteurs, les profils les mieux formés et correspondant a leurs besoins.

Trois critères ont été retenus comme base du classement.

Leur force réside dans le fait que les trois acteurs principaux de l'éducation et de l'entreprise en sont a l'origine :
- Les étudiants ;
- Les responsables de formations et les directeurs de programmes des universités et des écoles ;
- Les professionnels des RH. guide jaune

Il est à noter que la méthodologie du Classement SMBG est totalement transparente et largement diffusée grâce au guide support du Classement : Le Guide Jaune (Guide SMBG des Meilleurs Masters, MS et MBA).

Par ailleurs, cette méthodologie est avalisée chaque année par un Comité Scientifique.

Les trois critères de classement :

Critère n°1 : LA NOTORIETE DE LA FORMATION
Le critère de notoriété dépend de deux éléments principaux : la marque délivrée par l'établissement qui gère la formation et le rayonnement et la reconnaissance de celle-ci dans son secteur d'activité ou environnement professionnel. Ce critère s'apprécie donc en fonction : Du nombre de candidatures émanant des étudiants (expertise des consultants de SMBG) ; Du niveau de reconnaissance de la part des DRH relativement aux autres formations du même type (enquête réalisée chaque année auprès de 2000 professionnels des ressources humaines).

Critère n°2 : LE SALAIRE OBTENU A LA SORTIE DE LA FORMATION
Le salaire de sortie est évalué grâce aux informations obtenues auprès des écoles et des universités. Chaque année, un questionnaire est envoyé en ce sens a environ 3000 responsables de masters et responsables communication.

Critère n°3 : LE RETOUR DE SATISFACTION DES ETUDIANTS
Ce critère constitue une grande partie de la valeur ajoutée de ce classement. Il s'agit en fait d'un critère < qualité de la formation > puisque c'est ici la satisfaction de l'étudiant qui est essentielle. Un échantillon représentatif de 20% * de chaque promotion sortante est interrogé sur tous les points clés qui font le succès d'un programme de qualité (contenu académique du programme, corps professoral, moyens d'insertion professionnelle, moyens pédagogiques etc.). (* Avec un minimum de 5 personnes pour les petites promotions). Un classement par étoile en plus d'un classement par rang : Afin d'atténuer l'impact du rang de classement, 4 niveaux d'étoiles sont proposés. Ce repère permet de mesurer les écarts entre chaque formation et de proposer ainsi une catégorie de classement supplémentaire.

Multivision, ateliers...

http://www.univ-avignon.fr/fr/formations/choix/fiche/diplome/master-publics-de-la-culture-et-communication/bonus.html

Atelier Multivision
La multivision consiste en une projection simultanée sur plusieurs écrans. Ici, l’écran est généralement pensé comme étant la surface de l'image projetée. En effet, sur même écran physique, plusieurs images peuvent être projetées sur une bande-son construite. Outre l’apprentissage d’une technique particulièrement appréciée dans l’événementiel, l’atelier multivision permet une approche pratique de la scénarisation, du rapport entre image, espace et son. Dans cet atelier, les techniques et médias approchés sont la vidéo, le son, photo, le dvd.


"Les Mondes Parallèles" ce sont des temps et des actions qui se croisent dans les couloirs de l'Université d'Avignon et des pays de Vaucluse qui anciennement fut une maternité et un centre de gériatrie. C'est la lenteur dans la construction du savoir, c'est l'acceptation de la mort, de vivre avec les fantômes qui nous ont bâti. C'est traverser les murs et les portes, choisir son chemin quand on pense qu'une lumière est plus belle qu'une autre. C'est aussi ne pas vouloir être aveuglé par elle. C'est tout ce que j'ai pu ressentir dans ces couloirs, découvrir l'attachement mystérieux à un lieu où j'ai appris quelques jours avant le tournage qu'un membre de ma famille que je n'ai jamais connu y est mort...

Alexandre Manzanares.

mardi, avril 28, 2009

Deux miss se terrent à l’université d’Avignon

Une Avignonnaise à Miss monde Université
Publié le vendredi 28 novembre 2008 à 10H10
A Séoul, en Corée du Sud, l'Avignonnaise Fanny Carbonnel, 20 ans, pourrait dans les heures qui viennent décrocher la couronne de Miss Monde Université, qui en sera à sa 21e cérémonie. Etudiante en licence d'anglais à la fac d'Avignon, où elle a notamment joué à l'atelier théâtre, l'ex-élève du lycée Aubanel a été sélectionnée pour représenter la France. Passionnée de gym, de natation et de basket, Fanny aime aussi les langues étrangères. Dans ce concours universitaire, il fallait avoir entre 17 et 26 ans, mesurer au minimum 1m70 et être célibataire sans enfant. L'avignonnaise doit retrouver ses proches d'ici la fin du week-end.

Miss Képiblanc
Édition du lundi 27 avril 2009
C'était le clou de la première journée de Camerone, samedi soir : l'élection de Miss Képi blanc. L'heureuse gagnante du quartier du Général-Rollet de Laudun-l'Ardoise s'appelle M. Elle est âgée de 20 ans et vient de Roumanie. Elle est en France pour huit mois, fait des études de droit à l'université d'Avignon. Et porte plutôt bien l'habit militaire. Ses deux dauphines aussi, le képi en moins.

samedi, avril 25, 2009

Campagne d’admission pour la mention Stratégies du développement culturel



La campagne d’admission pour la mention Stratégies du développement culturel spécialité Médiations de la Culture et du Patrimoine – expositions, médias informatisés, muséologie, évaluation et spécialité Publics de la Culture et Communication - festivals, cinémas, événements, télévisions - est ouverte à compter du 23 avril 2009 sur le site de l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse. Le dossier de candidature est à déposer avant le 8 juin 2009.

Les voyages forment la jeunesse



Déjà au moyen-âge, les étudiants de l'université d'Avignon devaient effectuer un séjour et un voyage européen : ils préfiguraient le programme Erasmus.



Vous souhaitez poursuivre vos études dans une autre culture universitaire et dans un cadre de vie différent? Vous désirez approfondir vos connaissances dans une langue étrangère, découvrir de nouvelles méthodes de travail et d'apprentissage, et développer des compétences interculturelles et personnelles?

Nos programmes d’échanges (ERASMUS pour les destinations européennes, et conventions bilatérales pour les destinations plus lointaines en Amérique ou en Asie, Afrique et Australie) vous permettent de réaliser ce projet grâce à notre réseau d’établissements partenaires dans le monde entier.

L'équipe du Service des Relations Internationales est là pour vous aider et vous guider dans vos démarches : principes des échanges, candidatures, contrats d'études, postes d'assistants et de lecteurs, bourses de mobilité ainsi que les mille et une choses à faire avant votre départ sont détaillés dans cette rubrique.





Nous avons le plaisir d'accueillir chaque année plusieurs centaines d'étudiants étrangers, venus du monde entier pour suivre des cours dans notre magnifique université. Divers dispositifs ont été mis en place pour faciliter leur installation et leur intégration.



> Un guichet unique d'accueil est organisé par le CROUS en début d'année universitaire, en collaboration avec le Service des Etudes et de la Scolarité et le Service des Relations Internationales (SRI) de l'Université, et avec le soutien du Conseil Régional Provence-Alpes-Côte d'Azur. Les étudiants étrangers y trouvent de l'aide pour leurs démarches administratives (dépôt des demandes de titre de séjour, allocation logement, demande d'autorisation de travail etc.) et leur recherche de logement, ainsi que des informations pratiques. Il est ouvert chaque année de début septembre à fin novembre.

> Une convention a été signée avec la Préfecture de Vaucluse, afin de faciliter et d'accélérer le traitement des demandes de titres de séjour.

> Le SRI propose en début de semestre avant le démarrage des cours un programme d'accueil ouvert à tous les étudiants étrangers nouvellement arrivés (étudiants en échange, étudiants hors échange, étudiants du CUEFA, doctorants en séjour recherche). L'inscription est gratuite, sur demande au SRI. De nombreuses activités et séances d'information sont organisées (découverte de la ville et du campus, présentation de la bibliothèque, tombola, soirée étudiante, pot d'accueil, chasse au trésor, visite du Palais des Papes offerte par la ville d'Avignon etc.). Le prochain programme d'accueil a lieu du lundi 19 janvier au 7 février 2009 pour les étudiants étrangers arrivés pour le second semestre 2008/2009. Un programme de découverte des milieux socio-économique et culturel vauclusiens (visites d'entreprises, expositions etc.) est également mis en place pendant le second semestre, avec le soutien du Conseil Régional Procence-Alpes-Côte d'Azur.

> Des cours gratuits de méthodologie universitaire française et de soutien linguistique en Français Langue Etrangère ont été mis en place par notre Centre Universitaire d'Etudes Françaises (CUEFA) pour les étudiants en échange et hors échange.

dimanche, avril 19, 2009

Amoureux un peu moins solitaires, un peu plus solidaires

Aux claques, aux amis qui en prennent, aux formations, aux étudiants, aux administratifs, aux enseignants-chercheurs, un peu plus de place à la faiblesse dans un mouvement plus fort.



http://nantes.indymedia.org/article/16952
La sociologie n'est pas qu'un sport : c'est mon combat, c'est mon dada



Dieu qu’il est intelligent d’être aussi méchant. Voltaire

Luis Prieto, sémiologue, définissait la communication en l’illustrant par les paroles de Léo Ferré : Mon bel amour, ma déchirure. Pour lui le drame de la communication est le même que celui de l’amour : on ne peut se mettre totalement à la place de l’autre, on ne peut être l’autre. Déchirer l’université, une discipline scientifique doit être un acte d’amour pour certains, mais comme les machos et les misogynes aiment les femmes. Sacha Guitry, élégant misogyne théâtral, aimait en étant contre elle, tout contre elle. Les violences à l’encontre de l’université d’où qu’elles viennent sont juste contre l’université et contreproductives par rapport à un mouvement qui n’a pas besoin de s’inventer des luttes et des combats tellement ce qui est devant nous est un enjeu : l’université comme lieu de l’action sociale pour tous et de la réinvention de chacun avec les autres.



Cet enjeu se trouve dans notre mouvement, mais au-delà dans toutes nos missions. C’était le cas avant le début de ce mouvement, et ce le sera après. Mais, il faut que cela le soit dans notre mouvement qui ne peut supporter le conflit « juste contre », mais le conflit constructeur de sens comme le propose la sociologie de Simmel. Nous devons développer la confiance et non la parano, l’être ensemble et non la division. Nous devons ensemble comme, cela était fait au début du mouvement, convaincre le ministère mais, aussi convaincre les populations et les territoires, s’adresser aux bons interlocuteurs comme le CROUS dans le cas du système boursier. Non seulement convaincre, mais aussi donner des moyens à ces interlocuteurs de défendre les intérêts de tous. Dans ce dernier-cas, il faut expliquer et partager la justice sociale et le traitement égalitaire de chacun dans la seule institution complètement républicaine dans ses valeurs de l’enseignement supérieur, l’université. Ce traitement égalitaire passe par une reprise des cours qui puisse assurer notre mouvement dans la durée et dans l’efficacité. Avec la justice sociale, il nous faut expliquer comme d’autres mouvements l’on fait les dimensions culturelles et évidemment économiques de notre participation à la société. Le système boursier dans un territoire comme celui de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse est plus que primordial : 43% de boursiers, 40% seulement des habitants d’Avignon qui payent l’impôt sur le revenu et le département le moins diplômé en France. Grâce à ce système boursier, ce sont les cafés de la ville qui font la vie étudiante, les appartements étudiants où s’invente la première autonomie. Avignon, depuis des années, perdaient des habitants. Cependant, l’université en développant notamment des formations autour de la culture a permis à l’intra muros de limiter les dégâts avec une vie et tout un quartier qui reprend du sens. L’université se développe en extramuros dans un projet autour des agrosciences à même de nourrir la réflexion sur la production alimentaire qui est avec la culture au fondement de notre département. Certains verront dans ces propos un localismes éhonté. Pourtant, ce sont bien ces raison locales qui fondent les forces de l’Université dans autant de raisons globales qui nous pensent à penser sa faiblesse. Ne renonçons pas aux pensées complexes face aux pensées monolithiques qui nous atteignent tous les jours. C’est parce l’université d’Avignon a toutes ces faiblesses qu’elle défend d’une manière plus forte toutes les universités. C’est depuis l’université d’Avignon et les 17 autres petites universités que les dotations universitaires ont été revisitées face aux 18 grandes et fortes universités du CURIF. Non pas contre ces dernières, mais pour réaffirmer le principe de solidarité entre les universités et les institutions. Quand nous nous insultons, nous ne parlons plus du fond, nous nous perdons dans des controverses rhétoriques avec certains relans conspirationnistes qui finissent toujours par dériver, nous n’avançons plus et pire nous ne préparons plus l’avenir au risque d’en être victime. L’université n’est pas une entreprise du CAC 40, mais un service public où les violences prennent le sens d’une attaque contre lui. Être seulement contre est une forme d’amour limitée et surtout violente.



Amour et violence à l’encontre de l’université ne doivent pas former le couple que certaines pratiques finissent par décrire. L’université n’est pas une femme battue, et pour qu’il n’y ait pas de médiation externe à notre communauté qu’elle soit légale ou politique : il faut réapprendre le vivre ensemble ou prendre des distances. Ce n'est pas en amoureux solitaire « contre », mais toute une université, une ville, un département, un pays en amoureux solidaires "pour" qu’il nous faut pour avancer ensemble. Et au-delà des institutions qui au niveau local par delà les clivages politiques soutiennent le projet de l’université, il faut que les habitants des ces territoires deviennent les habitants du projet de l’université et soutiennent sa communauté, ses étudiants, leurs bourses.

mardi, avril 14, 2009

Comediante tragediante

Avignon - Coups de chapeau - A la pointe de la recherche

http://www.lepoint.fr/actualites-region/2006-03-09/avignon-coups-de-chapeau-a-la-pointe-de-la-recherche/1556/0/115442

Publié le 09/03/2006 N°1747 Le Point


Didier Josselin et Cyrille Genre-Grandpierre

Les « fous » du volant

Comment sortir de la dépendance automobile ? Telle est la question sur laquelle planchent ensemble, au sein de l'unité mixte de recherche (UMR) Espace, Didier Josselin et Cyrille Genre-GrandPierre. Le premier, chercheur au CNRS, spécialisé dans la cartographie animée et l'analyse exploratoire des données, a mis au point un système de transports à la demande, à mi-chemin entre le taxi et le bus. Ce système est déjà appliqué en milieu semi-rural dans le Doubs central. Une technologie que développe la société Prorentsoft, dont Didier Josselin est le fondateur. Maître de conférences, Cyrille Genre-Grandpierre s'intéresse, lui, à la « métrique des réseaux » : « Il s'agit de construire des réseaux routiers qui par leur agencement et leur fonctionnement soient moins profitables à la voiture, et qui laissent leur chance aux autres modes de déplacement », explique- t-il. Tous deux ont organisé l'an dernier un colloque international sur les systèmes d'information géographiques, reprenant ces questions.

Vincent Marc

Le sourcier scientifique

Hydrologue de 39 ans, Vincent Marc est enseignant-chercheur depuis 1996 au sein du laboratoire d'hydrogéologie, l'un des rares recensés en France. L'objet de ses travaux ? Comprendre comment l'eau circule dans les terrains, afin de gérer la ressource sans la perturber. « Nous utilisons des traceurs afin de déterminer comment les eaux se mélangent, et depuis quand l'eau de pluie est restée dans le sol. Cela nous permet notamment d'évaluer le temps qu'il faut à une eau pour se renouveler dans un endroit précis. » Après avoir étudié l'apport du Rhône et de la Durance dans la nappe de la Durance, qui alimente Avignon, il cherche aujourd'hui à comprendre les mécanismes d'écoulement des eaux dans des secteurs très érodés des Alpes-de-Haute-Provence : des zones de marnes (mélange d'argile et de calcaire) qui, lorsqu'il pleut, colmatent les retenues sur la Durance et ses affluents, rendant ces ouvrages inutilisables. Originaire de Rouen, Vincent Marc a travaillé pendant six mois, l'an dernier, au sein du prestigieux Centre d'écologie et d'hydrologie (CEH) de Wallingford, en Angleterre, sur l'impact de l'évaporation des forêts sur la ressource en eau d'un secteur naturel du pays de Galles. Il participe aussi avec l'Inra à un projet national sur l'impact des écoulements rapides sur la recharge et la qualité des nappes phréatiques.

Anne Pélissier

Les contrats comme passion

Cette jeune professeur montpelliéraine de 34 ans enseigne depuis septembre 2002 le droit civil, le droit international privé et le droit de la bioéthique à l'université d'Avignon. En outre, au sein du laboratoire biens, normes et contrats, qui compte une vingtaine de chercheurs, elle travaille sur les relations entre la personne humaine et le contrat. « En droit, il est en principe impossible qu'une personne soit objet de contrat. Or, lorsque l'on observe les transferts de footballeurs, on peut s'interroger sur le respect de cette règle fondamentale. N'est-elle pas détournée ? explique cette passionnée de droit. Dans quelle mesure la norme contractuelle permet-elle d'organiser la réification de la personne humaine, c'est-à-dire sa régression au rang de chose ? » Des travaux qu'elle expose dans un cours de troisième cycle et qui devraient bientôt faire l'objet d'une publication.

Marie-Claude Arnaud

Une mathématicienne internationale

Normalienne, directrice du laboratoire d'analyse non linéaire et géométrie, Marie-Claude Arnaud est l'une des rares femmes professeurs d'université en mathématiques. Passionnée par la recherche fondamentale, elle s'est spécialisée dans les systèmes dynamiques (des systèmes qui évoluent au cours du temps). Ce champ de recherche, qui connaît un renouveau en France depuis une vingtaine d'années, trouve des applications dans un grand nombre de phénomènes physiques : l'étude du mouvement des planètes, des trajectoires des satellites, ou encore de l'effet papillon en météo. A 43 ans, cette chercheuse de renommée internationale, qui a publié deux Mémoires à la Société mathématique de France, regrette que sa discipline attire de moins en moins d'étudiants. « Nous avons pourtant une très bonne école de maths en France » , souligne-t-elle.

Emmanuel Ethis

Le sociologue du cinéma

Venu à Avignon au début des années 90 pour étudier la communication dans le domaine du théâtre, Emmanuel Ethis, 39 ans, s'est rapidement passionné pour la sociologie du cinéma. « Le cinéma est le seul objet culturel fort dont toute personne a eu l'expérience au moins une fois dans sa vie. Aimer un film, c'est se définir à travers lui » , explique-t-il. Responsable adjoint du laboratoire culture et communication, un des piliers de l'université regroupant une quarantaine de chercheurs, il a à coeur de développer ce champ d'études, très peu exploré en France, contrairement à la sociologie de la littérature ou de la peinture. Auteur de « Sociologie du cinéma et de ses publics » (Armand Colin, 2005), Emmanuel Ethis prépare de nouveaux ouvrages sur la sociologie des stars et sur le rapport des cinéphiles au temps, ainsi qu'un livre sur la sociologie des comédiens. Vice-président du conseil d'administration de l'université, il poursuit également l'étude de la sociologie des publics des festivals, dont le deuxième tome, consacré à Avignon (après Cannes), paraîtra l'an prochain.

Guy Lobrichon

Un médiéviste passionné par les bibles

Ancien maître de conférences au Collège de France, Guy Lobrichon travailla avec l'historien Georges Duby pendant une vingtaine d'années. Arrivé en 2002 à l'université d'Avignon, ce médiéviste, directeur du laboratoire d'histoire, a choisi de donner des cours de la première année de DEUG au DEA. Spécialisé dans l'étude des éditions de la Bible au Moyen Age, il se consacre aux bibles géantes du XIe siècle, dont l'agencement des livres illustre les principes de la Réforme grégorienne, à une bible de poche du XIIIe siècle témoignant du développement des techniques d'écriture, ou encore à une bible ornée d'illustrations guerrières au temps des premières croisades... « Les historiens ont beaucoup à y glaner » , explique-t-il. Passionné par le thème de la musique comme « expression d'une société » , il a traduit « Le pontifical de la curie romaine », un livre de liturgie du XIIIe siècle qui accompagnait les cérémonies du pape. Eclectique, il a publié l'an dernier un livre consacré au personnage d'Héloïse (« Héloïse. L'amour et le savoir », Gallimard), moins connu que son amant Abélard. Il travaille aussi à la création d'un Centre d'études médiévales sur l'Europe avignonnaise. Ses derniers travaux portent sur le patrimoine matériel et immatériel tel que le concevaient la société et les familles des élites au Moyen Age.

Paola Ranzini

La commedia dell'arte

Elle rêvait de faire du théâtre ; elle a fini par l'étudier. Professeur d'italien, Paola Ranzini, 41 ans, a rejoint il y a deux ans l'équipe d'accueil d'études théâtrales de l'université, après un passage par l'université de Nice. Ancienne collaboratrice de Giorgio Strehler à Milan, elle a publié en Italie les éditions critiques des pièces et des Mémoires de Goldoni. Ses travaux portent aussi bien sur l'esthétique théâtrale que sur l'histoire « matérielle » du théâtre. A ce titre, elle s'est spécialisée dans la commedia dell'arte, telle qu'elle était jouée à Paris à la fin du XVIIIe siècle. Ses études se fondent sur une source inédite : un catalogue des objets, déniché à l'Opéra de Paris, et composé de 155 fiches recensant les décors, accessoires et personnages des pièces jouées à l'époque. « Comme les pièces n'étaient pas écrites, à l'exception de leur canevas, cela me permet de reconstituer leur action » , explique-t-elle. Un travail qu'elle publiera bientôt (la partie sur Goldoni l'a été en 2004), dans l'espoir de faire revivre le genre sur scène

vendredi, avril 03, 2009

Spectacle vivant et culture d'aujourd'hui Philippe Henry

Spectacle vivant et culture d'aujourd'hui - Une filière artistique à reconfigurer


Philippe Henry
Damien Malinas (Préfacier)
Paru le : 02/04/2009
Editeur: PUG
Collection: Art culture publics
Nb. de pages: 199 pages

Philippe HENRY est maître de conférences, habilité à diriger des recherches, au département Théâtre de l’Université Paris 8 – Saint-Denis. Sa recherche porte principalement sur la sociologie économique des arts de la scène et plus particulièrement sur l’étude des organisations théâtrales les plus modestes. Etudes publiées dans Théâtre / Public. Coordination de Arts vivants en France : Trop de compagnies ?, Editions l’Espace d’un instant / Synavi, 2007

Pour ceux qui veulent encore changer le monde…

Il y a de ça deux ans, à la suite d’un de ces cours de début d’année où on pose les cadres, références, sources, doctrines…, bref où j’égrenais une bibliographie sur la culture, j’ai été saisi par une étudiante, Colette : « Rien qu’aux titres des bouquins - Crise, fin, échec, essoufflement, incertitude, défendre, conflit, limiter, tragédie, malaise, tyrannie - que vous nous donnez à lire, on a bien compris que ça a changé… Et que nous, on n’y peut plus rien. Qu’on devra faire avec … Que le monde qu’on nous donne, il faut qu’on le prenne comme il est et que sinon, on n’a qu’à se casser». À vrai dire, je restais coi devant ce qu’elle venait de relever dans le cynisme de la situation, transmettre des savoirs sur la culture équivaudrait donc à en prévenir ceux qui voudraient y participer en en faisant leur vie professionnelle. Je peux ne pas renier cette dimension et même, y participer. Par contre, transmettre le fait qu’on ne puisse rien y faire m’a lancé depuis dans une longue discussion avec les étudiants en essayant partiellement de relativiser la corrosivité face à l’avenir de ces titres à un principe plus éditorial que descriptif du monde de la culture : je n’ai pas tout le temps réussi. Ceci dit, cela ne veut pas dire que le monde de la culture est rose, univoque, que ses pratiques ne sont pas complexes dans une société encore plus complexe où le modèle social ébranle les légitimités culturelles telles qu’on les a souvent décrites. Il vaut mieux aller en vacances à Bali et jouer au golf plutôt que d’aller au théâtre, en festival, lire des romans, écouter de la musique… Pourtant, il ne suffit pas de dénoncer Bali et le golf pour donner sa place à la culture, il faut la remettre dans son écologie. C’est ce que fait Philippe Henry en interrogeant la place du spectacle vivant et de la culture à l’aune des médias et des nouvelles technologies. Plus encore que l’écologie, il interroge l’économie de cette culture médiatiquement revisitée et comment ce système intègre et renouvelle des pratiques et stratégies identitaires. Et, il a raison : Colette, suite à nos échanges et surtout ceux avec ses camarades a créé sur Face Book, réseau social sur le net destiné prioritairement à rapprocher les étudiants et dipômés, un groupe intitulé Ceux qui veulent, espèrent, peuvent et vont changer le monde !! , ils sont 58. C’est un début.

Le principe de cette collection étant que l’auteur précédent préface l’auteur suivant, je n’ai « en vrai » jamais discuter avec Philippe Henry, pourtant, en lisant son ouvrage, c’est cette discussion qui s’est continuée et elle m’a changé. La forme la plus opératoire de ce changement est que, maintenant, par la manière dont y sont agencés, énoncés les idées, les propositions, les exemples, est qu’elle offre des points de discussion et d’appui pour changer le monde du spectacle vivant, de la culture et un peu plus, dans la mesure où Philippe Henry lui-même pense que ce milieu est exemplaire de la mue dans laquelle est engagée notre société. Il s’appuie sur des exemples concrets, mais ce n’est pas un rapport. Il ouvre des pistes, mais ce n’est surtout pas un audit. Ce qui nous est proposé ici ce sont des bases pour construire un projet avec les porteurs de projets.

Philippe Henry, Maître de conférences habilité à diriger des recherches en Études Théâtrales. Il propose ici une analyse qui ne se contente pas d’être d’interdisciplinaire –esthétique, sociologique, économique, communicationnelle -. Elle part de l’objet - monde de la culture- en interrogeant ses tensions, équilibres et déséquilibres depuis la précarité, au soutien et à la politique publics. En regard de cela, il s’intéresse aussi aux modes de gestions et formes juridiques privilégiés dans une véritable volonté d’autonomie face à la grande dépendance aux changements et à leurs orientations que vivent, en ce moment, les structures et formes culturelles. Pour le sociologue que je suis, il s’intéresse au modèle de production d’une œuvre telle que le décrit Howard Becker « en tant que produit d’une action collective : l’œuvre est alors au cœur d’une chaîne de coopération rattachant tous ceux qui participent à l’existence celle-ci ».


Comme cela a été le cas pour moi, cette année Colette, en tant que participante au monde de la culture - étudiante vouée à être une professionnelle, mais plus simplement en tant que passionnée- sera être enthousiaste de la lecture de cet ouvrage.

mardi, mars 31, 2009

Pour le plaisir...




À LIRE

Sommaire La Scène n°52 Printemps 2009
DOSSIER Publics : Les nouveaux comportements
• Les publics ont-ils évolué aussi vite que la société ?
• Peut-on encore indentifier leurs attentes ?
• Comment mener une politique d'abonnement audacieuse ?
• Comment les relations publiques se sont-elles adaptées à ces évolutions ?
• Comment les festivals abordent-ils l'été 2009 ?

ENTRETIEN
Olivier Py et Jean-Michel Ribes

TABLE RONDE
• Dispositifs publics et musiques traditionnelles

SUR LES SCENES
Alexandre Castres, Florent Marchet, Caroline Ferry, Rémi Luchez, L’Yonne en scène, Compagnie des songes, Benoît Sicat

LA GRANDE CRITIQUE
Press, de Pierre Rigal

COULISSES
Telex, Mouvements, Nouveautés, Crémaillères, C’est qui, c’est quoi ?, Rencontres professionnelles, Stages, Quel dommage !, Parutions, Initiatives

PROFILS
• Jean-Louis Boullère
• Marie-Claire Riou
• Loïck Royant
• Bertrand Salanon

L'EPOQUE
• Entretiens de Valois : la réforme a minima
• Annexes VIII et X : à quand la renégociation ?
• La crise va-t-elle éloigner les mécènes ?
• Le soutien à l’émergence est-il encore possible ?
• Quand le spectacle perd sa mémoire

LA VIE DES CRÉATIONS

LIEUX
• L’Alhambra : son nouveau projet
• Le spectacle gratuit, «fausse» bonne idée ?

COLLECTIVITES
• Budgets culturels : des baisses à venir

COMPAGNIES
• Le secteur jeune public à la loupe
• Comment faire venir les programmateurs ?

FESTIVALS
• Comment enrichir son dossier de bilan

TENDANCES
• Live boutique, l’union fait la force

INTERNATIONAL
• APAP : derrière les shows, le business

MEDIAS
• France Télévisions : le spectacle sous la contrainte

ARCHITECTURE
• Le Théâtre-auditorium de Poitiers

DANS L'OBJECTIF DE
• Michel Cavalca

CAHIER PRATIQUE
• Les rouages de l’éducation artistique et culturelle
• Billetterie dématérialisée : les règles à respecter
• Artiste et technicien étranger : le contrat de travail simplifié
• L’accessibilité des lieux culturels aux handicapés
• Culture et relations extérieures de l’Union européenne

CAHIER D'EXPERT
• Le statut social des bénévoles, par Alain Bellebouche


ANGLAIS PROFESSIONNEL
• La salle de spectacle


QUESTIONS DE DROIT

COURRIERS

DIALOGUES
A contre-pied, par Marc Bélit

CAHIER SPÉCIAL PRODUCTIONS ET ARTISTES EN TOURNEE

LES UNIVERSITÉS DU TERRITOIRE sont les territoires de l’Université !



http://ethis-e.blogspot.com/2009/02/les-universites-du-territoire-sont-les.html
LES UNIVERSITÉS DU TERRITOIRE sont les territoires de l’Université !
par Emmanuel Ethis

L’autonomie des universités est l’aboutissement d’un long processus de «décentralisation» des institutions du savoir. On y pense et parfois, on l’oublie. Bien sûr, cette décentralisation a un prix : c’est là la question politique majeure que pose concrètement la mise en œuvre de la loi pour les Libertés et Responsabilités des Universités.

En 1303, l'Université d'Avignon est fondée par privilège pontifical afin que s’installe en province un pendant à la Sorbonne entièrement soumise à l'autorité du roi de France Philippe le Bel. Le Pape Boniface VIII voulait que l'ensemble des facultés soit rassemblé à Avignon en une université qui, pour se différencier de l’établissement parisien, insiste pour que les étudiants de la Cité des Papes inscrivent dans leur parcours universitaire de multiples séjours dans les grandes capitales de l'Europe de l'époque. On ne parle certes pas à l'époque d'un « projet d'établissement » qui en est pourtant un, car, de fait, les principes qui fondent l’université d’Avignon sont bien ancrés dans la conscience d'une nécessité évidente et impérative de considérer que la pensée, la formation, la recherche, la science ont une pertinence dans l'"aménagement du territoire" et dans le rayonnement d'une province. L’université d’Avignon, l’une des plus anciennes de France, disparaîtra à la Révolution française pour renaître en 1963, portée une nouvelle fois par ses territoires, pour occuper pleinement son rang parmi les jeunes universités de la République tournées vers la modernité et les nouvelles branches du savoir.

1968 à Avignon, vient bousculer, certes le Festival de Vilar, mais va confirmer l’importance d’une université pour porter sciences, cultures et compétences dans un territoire perçu comme riche depuis la capitale alors même qu’il demeure pauvre et peu diplômé. Oui, depuis 1968, l’on affirme à Avignon et dans bon nombre de villes de province qu’une véritable décentralisation des institutions du savoir et de la recherche est porteuse de sens, que l’échelon local est bel et bien un échelon administratif pertinent. C’est cet échelon local pertinent dont il est question aussi aujourd’hui dans la réforme des universités et dans la poursuite d’une décentralisation entamée dans les années quatre-vingt pour que la France soit considérée via l’ensemble de ses territoires et pour qu’elle puisse enfin rayonner comme il se doit dans une Europe encore à construire à une échelle internationale.

C’est là le sens profond d’un service public de qualité qui est notre première force lorsqu’il permet à tout bachelier français d'être formé par des enseignants et des enseignants-chercheurs de renommée internationale dans des structures décentralisées gérées par des personnels et une administration performante. Les quatre-vingt trois universités françaises représentent aujourd'hui un maillage territorial exceptionnel qui constitue notre plus belle assurance pour nous projeter dans notre propre avenir. Les politiques, de droite comme de gauche, portent la responsabilité de faire réussir, bien au delà de la durée de tout mandat électif, ce projet au service de la nation. Cela suppose que tous soient animés par les valeurs et le désir d’avenir et de progrès, que tous partagent la volonté de consolider et de développer d'un service public au service de tous, mais surtout que tous aient une confiance impérative et nécessaire dans cette université qui ne suppose aucune économie, mais bien au contraire tous les investissements possibles.

La hauteur de l'investissement qu'un état met en place dans son enseignement supérieur et dans sa recherche exprime de facto la confiance qu’il place dans les structures en charge de former les générations futures, de penser l'innovation. Liberté et Responsabilité des universités ne peuvent qu’aller de pair avec une liberté et une responsabilité animées des principes d'égalité, de solidarité et de confiance fraternelle entre tous nos établissements et tous ceux qui en ont pris la responsabilité. De fait, la réforme des universités ne peut se contenter d'être une réforme de ses structures. Il n'y a pas de petites ou de grandes universités, il n’y a pas les universités et les « grandes écoles ». C'est aussi ce que doit affirmer le principe d'autonomie des établissements. Tous les spécialistes des organisations le savent bien : la taille d'un établissement n'est pas corrélée à sa performance, sa réussite, ou sa reconnaissance. La réussite d'une université est nécessairement inscrite dans son projet d'établissement défini à la fois par son territoire et par ceux qui font la font : équipes politiques, personnels BIATOSS, contractuels, étudiants, enseignants et enseignants-chercheurs.

Les universités sont fières de former sans distinction sociale l'ensemble de la population. Car le pari des universités est au cœur du contrat social implicite qu’elles portent et qui affirme que le talent, l'innovation, la création ne saurait être le privilège d'une élite qui n’aurait de cesse de se reproduire à l’identique. Le talent, l'innovation, la création peuvent naître de n'importe où, chez n’importe quel étudiant sans distinction d’origine sociale ou d’appartenance géographique : voilà ce que révèlent bien mieux que n'importe quelle autre institution, les universités de la République qui sont par excellence les institutions de la diversité. C’est pour relever ces défis-là qu’elles méritent une autonomie construite dans le respect et la dignité sachant qu’elles sont, par nature, habitées de l’esprit de réforme. Mais ne nous trompons pas d’équation : la reconnaissance des moyens qu’on donnera à chacune de nos universités pour accomplir cette réforme sera toujours l’exacte équivalence de l'ambition placée dans les générations futures dont elles ont la responsabilité.

Le Conseil général demande plus de moyens.



http://www.vaucluse.fr/TPL_CODE/TPL_BREVEFICHE/PAR_TPL_IDENTIFIANT/907/1140-cg84-conseil-general-departement-vaucluse.htm

Le Conseil général demande plus de moyens.
Aujourd’hui, le Conseil général s’est prononcé pour défendre l’avenir de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse et demander au gouvernement plus de moyens. Le vœu soumis au vote des élus départementaux a reçu l’approbation de la Majorité départementale et du groupe Esprit Public.

Informations pratiques :

« Depuis plusieurs décennies, le Département de Vaucluse s’est impliqué dans la renaissance et le développement de son Université.

Les élus du Conseil général expriment aujourd’hui leurs vives inquiétudes face aux arbitrages budgétaires relatifs à l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse.

De grandes incertitudes pèsent actuellement sur sa capacité à couvrir les charges nouvelles découlant des diverses dispositions nationales : “Réussite en licence“, Plan Autonomie, etc.

Ces décisions paraissent préjudiciables au bon développement de notre Université de proximité dont l’enseignement est reconnu bien au-delà de nos frontières nationales.

De plus, le Conseil général exprime son souhait de voir, maintenues et développées, les filières professionnalisantes de l’IUT (génie biologique, génie du conditionnement et de l’emballage, techniques de commercialisation et traitement informatiques des données) et du Département Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives (STAPS, sciences et technologie du mouvement humain, entrainement sportif, éducation et motricité, physiopathologie des adaptations cardiovasculaires à l'exercice).

Comme de nombreux partenaires prestigieux et reconnus, l’Assemblée départementale réaffirme sa volonté d’œuvrer à l’optimisation de la formation universitaire de la jeunesse vauclusienne, source de rayonnement et d’attractivité de nos territoires.

En ce sens, le niveau de formation de nos étudiants constitue un formidable levier de développement économique et de croissance.

Sauf à vouloir focaliser les moyens nationaux sur des pôles d’hyper-concentration étudiante, le Conseil général de Vaucluse demande au Gouvernement d’envisager un rééquilibrage des arbitrages budgétaires qui prennent en compte l’enseignement de qualité et de proximité dispensé par l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse. »