lundi, mai 14, 2007

La Dernière séance...



Je viens d'être classé en première place à l'audition de la commission de spécialistes en 71ème section de l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse. À la suite de cette audition, je comprends pourquoi, il y a peu d'informations dans ce moment réglé et finalement assez secret. Je discutais avec une camarade de l'analogie starwarsesque et de façon, il me semble, convaincante, elle soulignait que ce que nous allons correspondait au moment où Luke Skywalker va dans la grotte pour devenir Jedï. Luke au travers de ce rituel de passage découvre ce qu'il va devenir et qu'il n'est pas encore dans un moment où il n'est déjà plus ce qu'il était (c'est clair). Je ne sais pas ce que ma camarade à découvert sur son devenir, mais nous nous sommes confirmés après nos épreuves respectives qu'aucun des membres ne s'était révélé être notre père, ce qui tombe assez bien à vrai dire, nous contentant largement des nôtres. Les sciences sociales n'étant pas prédictives (normalement), je suis juste en mesure de pouvoir situer l'état d'âme dans lequel j'étais lorsque j'ai appris mon classement : il était comparable à celui que j'ai éprouvé lorsque j'ai compris le sens de chanson d'Eddy Mitchell La Dernière séance : que vont devenir les affiches de cinéma de ma chambre d'étudiant ?


MALINAS, Damien, SPIES, Virginie. " Mes jours et mes nuits avec Brad Pitt " : l'affiche de cinéma, une identité énoncée de la chambre d'étudiant à la télévision. Sous la direction d'Emmanuel Ethis et de Jean Louis Fabiani, Culture & musées, 2006-06, n° 7, p. 39-63.

« J'allais rue des solitaires, A l'école de mon quartier
A cinq heures j'étais sorti, Mon père venait me chercher
On voyait Gary Cooper, Qui défendait l'opprimé

C'était vraiment bien l'enfance
Mais c'est la dernière séquence
Et le rideau sur l'écran est tombe.

Bye bye les filles qui tremblaient
Pour les jeunes premiers.........
Bye bye rendez vous à jamais..
Mes chocolats glacés, glacés... »


Ces quelques lignes tirées de la chanson La Dernière séance d’Eddy Mitchell introduisent directement à la complexité de la question qui fait l’objet de cet article : ce qui reste de ce cinéma de l’enfance dans la construction d’un soi identitaire en voie d’autonomisation, dans la présentation de ce soi par l’accrochage d’affiches dans la sphère privée et dans la relation à la télévision. De fait, cette chanson éponyme de l’émission possède une telle capacité d’évocation qu’elle permet d’évoquer une totalité que nous aurons du mal à décrire entièrement dans les quelques pages qui suivent. Ce que ne signale pas ouvertement la chanson, c’est que la dernière séance d’Eddy Mitchell dans un cinéma de quartier avec son père a de fortes chances d’être également et plus strictement l’une des dernières avec son père. Car, lorsqu’il quittera sa famille et le milieu de son enfance pour « devenir adulte », il retrouvera surtout le cinéma pour se constituer en tant que spectateur autonome. En effet, le cinéma occupe le tout premier rang des pratiques culturelles de sortie lorsque, notamment à l’occasion des études, on est amené à quitter son foyer d’origine. Cette première pratique autonome qu’est le cinéma, nous avons choisi de l’aborder principalement à travers une analyse transversale qui s’appuie sur une enquête réalisée auprès d’étudiants de l’université d’Avignon et des Pays de Vaucluse1. Il s’agit de cumuler les ressources de la sémiologie et de la sociologie en abordant la construction du spectateur par le moyen de l’usage de l’affiche de cinéma. Il est question dans un premier temps d’interroger la naissance du goût cinématographique comme promesse de soi-même, à un moment où l’identité culturelle est en construction, où les choix cinématographiques sont essentiels et où les pratiques témoignent de la fondation d’une carrière de spectateur. Dans un second temps, nous allons nous intéresser au phénomène de l’affiche de cinéma, et notamment l’affichage comme pratique privée par la présence de l’affiche de cinéma dans la chambre. En effet, cette pratique est une manifestation centrale, et relativement facile à saisir, de la relation des jeunes adultes au cinéma. Comprendre comment, dans la formation de l’identité culturelle autour des pratiques cinématographiques, une ou des affiches de cinéma franchissent le seuil de la chambre de l’étudiant pour venir à ses côtés, partager cet espace ? Enfin, dans un troisième temps, nous tenterons de comprendre sémiologiquement le régime de fonctionnement de l’affiche en nous appuyant sur ses mises en scène dans des émissions de télévision consacrées au cinéma en tant qu’instrument d’évocation et de symbolisation d’un film qui n’est pas directement montré. De l’espace médiatique à l’espace intime, l’affiche balise un parcours qui se veut autant décor que discours. Elle demeure un raccourci pratique pour parler de l’autre – le film absent – à la télévision, mais aussi pour parler de l’indicible soi, précipité des goûts cinématographiques acquis souvent à la sortie de l’enfance.


Aller au cinéma lorsqu’on est étudiant

Pour ne pas confondre les jeunes et les étudiants, il faut se donner les moyens de pouvoir les caractériser à l’intérieur de ce cadre de référence plus large qui se particularise déjà par rapport à d’autres publics de cinéma. Les jeunes vont plus souvent au cinéma que leurs aînés : 42 % des 6-24 ans allant au cinéma sont des « habitués », c’est-à-dire se rendant au cinéma au moins une fois par mois (contre 37,5 % pour l’ensemble de la population). Au sein de ces jeunes, les 20-24 ans concentrent la plus forte proportion d’habitués : 57,8 %. En évolution, si le poids des habitués au sein de la population cinématographique a légèrement progressé, la part des habitués et même des assidus a augmenté plus sensiblement chez les jeunes.

Depuis un an, combien de fois êtes-vous allé au cinéma ?

%
Non-réponse 0%
0 0%
de 1 à moins de 5 13,3%
de 5 à 10 20,7%
de 10 à moins de 20 39,1%
20 et plus 26,9%
TOTAL 100%
Source : D. Malinas, La culture cinématographique des étudiants,
l’exemple de l’Université d'Avignon, DEA, EHESS-UAPV, 2001

Il faut lire aucun des étudiants de l’échantillon n’est pas allé au cinéma depuis un an.

Les jeunes se rendent au cinéma principalement en groupe. Les trois quarts des 15-19 ans et plus d’un jeune sur deux âgé de 20 à 24 ans se rendent à « plusieurs », alors que c’est le cas pour 42 % des Français qui pratiquent plutôt le cinéma à deux . On peut d’emblée remarquer que si le cinéma est une pratique qui reste très sociable chez les jeunes 20-24 ans, elle a déjà tendance à s’individualiser.

Que faire alors des 93,8 % des étudiants en premier cycle de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse que nous observons pratiquer le cinéma principalement en groupe ? On peut tout d’abord relativiser la comparabilité de ces résultats par la différence des conditions de recueil de données. Certes, mais le rapport qui est presque de un pour deux ne peut s’expliquer par ce seul fait. Il faut à ce moment situer que ce ne sont que 63,3 % des étudiants en première année à Avignon ont entre 20 et 24 ans et 36,7 % ont moins de 20 ans. On voit la limite des catégories et des échelles de la Comptabilité Nationale lorsqu’on les confronte à un questionnement plus localisé dans l’aire nationale mais aussi par rapport au cycle de vie . Enfin, et nous pouvons le pointer sans trop de risque, le fait que ces 93,8 % pratiquent le cinéma en groupe souligne le caractère sociable de la pratique estudiantine y compris par rapport à celle des jeunes plus généralement.
Avec qui allez-vous qui le plus souvent au cinéma ?

%
Père 1,4%
Mère 2,2%
Fratrie 7,1%
Ami(es) 51,4%
Conjoint(e) 29,6%
personne 5,4%
Meilleur ami 2,2%
Non-réponse 0,8%
TOTAL 100%
Source : D. Malinas, La culture cinématographique des étudiants,
l’exemple de l’Université d'Avignon, DEA, EHESS-UAPV, 2001
Il faut lire : 51,4 % des étudiants de l’échantillon vont le plus souvent avec des amis au cinéma.

En effet seulement, 5,4 % des étudiants déclarent aller seul au cinéma Au-delà de la sortie en groupe, la pratique cinématographique pour les étudiants de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse est une sortie amicale au regard des 51,4 % qui déclarent aller le plus souvent avec des amis au cinéma.

La sociabilité de la pratique cinématographique ne commence pas au cinéma mais aussi dans la formation du choix cinématographique ; 70,4 % déclarent principalement être orientés en amont dans leurs choix cinématographiques par leur entourage, leurs amis. Cela situe cette influence au même niveau que les bandes-annonces qui influencent principalement 72,6 % de ces mêmes étudiants. A l’université, il n’est alors plus possible, comme c’est souvent la cas , de distinguer la presse spécialisée en tant que deuxième source d’information mais les étudiants eux-mêmes par leur sociabilité.

Ce qui est en jeu dans cette sociabilité cinématographique, c’est une vision du cinéma mais aussi une façon de voir le monde : alors que seulement 2,2 % des étudiants déclarent aller le plus souvent au cinéma avec leur meilleur ami, ils sont 40,2 % à aimer de façon préférentielle parler de cinéma avec leur « meilleur ami ». Alors qu’on va plus facilement au cinéma avec ses « potes », parler de cinéma relève de ce qu’il y a de plus intime : l’affirmation de leur personnalité et de leur appartenance à une génération conduit les étudiants dans le cadre de leur famille à parler de cinéma à un frère ou une sœur plus qu’à leurs parents.

Qu’est ce qui oriente principalement vos choix cinématographiques ?

%
Non-réponse 0%
Votre entourage, vos amis 70,1%
La presse spécialisée 15,5%
La presse nationale 3,8%
Les émissions radio 4,3%
Les émissions TV 14,7%
Les bandes-annonces 72,6%
Autre 8,4%
Gazette Utopia 2,7%
TOTAL/ interrogés 192,1%
Source : D. Malinas, La culture cinématographique des étudiants,
l’exemple de l’Université d'Avignon, DEA, EHESS-UAPV, 2001

Il faut lire : 70,1 % des étudiants de l’échantillon qui orientent principalement leur choix cinématographique en fonction de leur entourage, leurs amis.

Quelle est la personne avec qui vous aimez le plus parler de cinéma ?

%
Non-réponse 6%
Père 1,9%
Mère 1,1%
Fratrie 16,3%
"Potes" 15,2%
« Meilleur ami » 40,8%
Conjoint(e) 14,1%
la personne avec qui l’on est allé au cinéma 1,6%
Tout le monde 1,4%
Personne 1,6%
TOTAL 100%
Source : D. Malinas, La culture cinématographique des étudiants,
l’exemple de l’Université d'Avignon, DEA, EHESS-UAPV, 2001

Il faut lire : 40,8 % des étudiants de l’échantillon aiment le plus parler de cinéma avec leur « meilleur ami » .


Pratiquer le second degré pour préserver une partie de l’enfance

Placer le cinéma comme élément central, sorte de noyau dur des pratiques culturelles des étudiants permet d’observer comment ce dernier dynamise ou non l’ensemble des autres activités considérées généralement comme culturelles. Outre le fait d’être la sortie la plus courante chez les étudiants, la pratique cinématographique joue le rôle commode et décisif dans les sociabilités culturelles de masse : il est facile de partager un film avec quelqu’un, soit en l’accompagnant, soit en l’y envoyant.

Savoir si l’on aime les films que l’on conseille demanderait de savoir si l’on aime ceux à qui on les conseille. Il est en tout cas remarquable que certains genres de films apparaissent comme des trieurs sociologiques en termes de goût et de dégoût.

Quels sont les films que vous conseilleriez à vos amis ?
%
Auteur 20,1%
Action 14,1%
Science-fiction 16,3%
Comiques 12,8%
Dramatique 10,3%
Policier ou espionnage 8,2%
Amour 7,9%
Historique 4,1%
Horreur ou épouvante 2,2%
Classiques 1,4%
Comédie musicale 0,3%
Aventure 0,3%
Western 0%
Dessin animé 0%
Non-réponse 1,9%
Autres/NSP 0,3%
TOTAL 100%
Source : D. Malinas, La culture cinématographique des étudiants,
l’exemple de l’Université d'Avignon, DEA, EHESS-UAPV, 2001


Quels sont les films que vous déconseilleriez à vos amis ?

%
Comique 18,2%
Action 16%
Horreur ou épouvante 15,8%
Science-fiction 15,5%
Auteur 9,8%
Amour 9%
Policier ou d'espionnage 3%
Dramatique 2,7%
Historique 1,6%
Aventure 1,1%
Western 0,3%
Dessin animé 0,3%
Classiques 0%
Comédie musicale 0%
Non-réponse 6,5%
Autres/NSP 0,3%
TOTAL 100%
Source : D. Malinas, La culture cinématographique des étudiants,
l’exemple de l’Université d'Avignon, DEA, EHESS-UAPV, 2001

Il faut lire : 16 % des étudiants de l’échantillon déconseilleraient à leurs amis les films d’action.

Les films d’horreur, par exemple, ne sont conseillés à des amis que par 2,2% des étudiants : qui souhaiterait ces visions à quelqu’un à part à son ennemi ? Ces films apparaissent comme étant à proscrire pour ses amis pour 15,8 % des étudiants. Le film d’auteur semble lui plus vertueux : ce genre est « mieux à conseiller » à ses amis pour 20,1 % des étudiants alors que seulement 9,8 % des étudiants cherchent à en préserver leurs amis. Le film de genre comique subit quasiment le sort opposé conseillé par 12,8 % des étudiants, il est au pilori estudiantin : il est déconseillé par 18,2 % des étudiants. .

Chose étrange lorsque l’on se penche sur les pratiques effectives de ces étudiants qui, pour la plupart, ont quitté le lycée, il y a un an au plus et dont le foyer est majoritairement confondu avec celui de leur(s) parents : ils hésitent rarement à aller voir les films pour teen-agers, seulement, ils s’en préservent avec une arme presque magique puisqu’elle sert à tout : le second degré. Cette protection permet en partie aux étudiants de pouvoir prolonger certaines pratiques qui relèvent du milieu familial mais aussi de l’adolescence : les films sont en fait le genre qu’ils préfèrent avec 19,3 % d’entre eux à le déclarer.

Quel est le genre de film que vous ne vous lassez pas de regarder ?

%
Comique 19,3%
Policier ou espionnage 17,9%
Dramatiques 12,2%
Action 11,1%
Science-fiction 9,8%
D'amour 8,2%
D'auteur 5,7%
Horreur ou épouvante 3,3%
Historique 2,2%
Aventure 1,1%
Westerns 0,5%
Classiques 0,5%
Dessin animé 0,5%
Autres/NSP 3,8%
Non-réponse 3,8%
TOTAL 100%
Source : D. Malinas, La culture cinématographique des étudiants,
l’exemple de l’Université d'Avignon, DEA, EHESS-UAPV, 2001

Il faut lire : 19,3 % des étudiants de l’échantillon ne se lassent pas de regarder des films de genre comique.

Les étudiants de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse sont tous des spectateurs de cinéma : il s’agira, ici, de se demander comment on bricole, articule son identité, ses pratiques notamment cinématographiques afin d’atteindre partiellement l’identité que l’on revendique dans ce lieu de formation identitaire, culturelle et sociale qu’est l’université et qui ne sera accordé que temporairement. C’est cette tension entre éducation et culture que pointait Émile Durkheim dans son ouvrage intitulé L’éducation morale : comment est-ce qu’on enrichit une formation par ce qu’on fait à l’extérieur de celle-ci ? Et, quels en sont les résultats dans le processus plus général de la formation de l’identité ?

« Accrocher » le cinéma : montrer son cinéma

Au-delà de la fréquentation des salles elles-mêmes, quelques visites multipliées dans les chambres, les studios, les appartements, bref les logements « étudiants » suffisent à se convaincre de la place à la fois matérielle et symbolique qu’occupe le cinéma dans l’investissement de leur décoration intérieure. Affiches grand format qui s’appliquent sur la place murale la plus centrale , photos d’actrices ou d’acteurs qui se mélangent pêle-mêle aux photos d’amis, de famille ou d’amours, pages de magazine en papier glacé déchirées ou soigneusement découpées pour être collées telles quelles sur la porte ou les murs des toilettes ; l’imagerie cinématographique s’installe dans l’intérieur estudiantin comme autant de fragments de miroirs, supports esthétiques des choix, des attraits ou des inclinations qui viennent sceller sur les murs les fils ténus d’une certaine relation d’un « petit soi » culturellement exprimé à un fait filmique, un peu comme ces fils téléphoniques qui nous mettent potentiellement en relation avec notre réseau de sociabilité.

Ce qui demeure amusant lorsque l’on interroge celles et ceux qui accrochent ces images, c’est que tous prétendent à afficher là une originalité, propre à les singulariser, alors que ce sont toujours les figures récurrentes de Brad Pitt, Julia Roberts ou Johnny Depp, légions, qui se bousculent, et de surcroît pour « présentifier » sur les murs ces mêmes acteurs quasiment toujours dans leurs mêmes incarnations photo-filmiques : Sleepy Hollow, le Mariage de mon meilleur ami, Fight Club et la Neuvième porte viennent ainsi composer une sorte de « top four » des accrochages estudiantins.

Néanmoins, il convient d’amender ce constat de deux remarques qui méritent d’être faites pour compléter le « richesse banale » de ce qui pourrait en-soi constituer un programme de recherche sociologique à part entière : la décoration des murs d’étudiants :
- Les images tirées des films signalent précisément un aspect de la condition étudiante / lycéenne : celui ou celle qui accroche « du film » au mur de son logement affirme plus ou moins directement une manière de se séparer de l’imagerie enfantine et préadolescente (dessins, belles images, premiers posters de stars,…). L’imagerie cinématographique fournit de fait une sorte d’imagerie « de transition » qui conduit l’adolescent et le jeune adulte vers une imagerie plus adulte et plus solennelle (photographies, reproductions de tableaux, peintures originales). Sans doute faut-il voir là un différentiel dans le pouvoir d’imagination suscité par l’image d’un monde de l’imagerie à l’autre.
- En corollaire de la première remarque, on pourrait penser que c’est bien un « éclat » de la construction identitaire qui se manifeste dans l’accrochage des images photo-filmiques qui précisément viennent caractériser des différences assez fortes et propres à distinguer les attitudes des « filles » et des « garçons ». Comme le montrent le tableau ci-dessous et mieux encore le graphique qui en est tiré, si les courbes d’accrochage des affiches de films possèdent une allure similaire pour les deux sexes, il apparaît nettement que les filles sont plus nombreuses à « accrocher » du cinéma plus tôt. De même, tout comme les garçons, elles se détachent progressivement de cet accrochage, elles semblent le faire plus franchement et plus rapidement. Les hommes, pour leur part, conserveront plus longuement leurs accrochages photo-filmiques et seront plus nombreux à le faire longtemps.

Sur 100 « garçons » ou « filles », ont déclaré posséder une affiche de cinéma accrochée sur un de leurs murs

8-11 ans 11-15 ans 16-20 ans 21-25 ans 26-30 ans 30-35 ans
Garçons 5 36 54 53 49 39
Filles 16 57 41 35 24 14
Source : statistiques C.N.C., enquête sur les affiches de films (2000)

Ce rapport singulier à l’accrochage photo-filmique des étudiants, s’il caractérise bien une relation particulière de ces spectateurs à l’œuvre cinématographique, paraît jouer un rôle essentiel dans les processus de présentation du « petit soi » culturel dont nous parlions plus haut ; un petit soi destiné à ses pairs qui fonctionne un peu comme les disques que l’on possède et dans lesquels on peut aisément entendre un mode expressif de la personnalité culturelle d’un individu. Cette présentation de soi, lorsqu’on est étudiant, est à la fois rapide, économique et redoutablement trieuse quant aux liens qu’elle permet de tisser avec autrui. En effet, si l’on peut justifier d’un choix de disque diversifié où un Bach placé en évidence dans sa discothèque pourra toujours servir d’alibi pour excuser la collection complète des Mylène Farmer, une affiche grand format n’offre guère les mêmes possibilités de justification compte-tenu de la très large place qu’elle occupe souvent seule au milieu d’un mur. En ce sens, on pourrait être en mesure de s’interroger sur ce rapport à l’image accrochée, un rapport qui est rarement interrogé pour lui-même chez les « accrocheurs ». En effet, pour ces derniers, le fait d’accrocher une image tirée d’une œuvre filmique va toujours de soi, ces images sont naturellement « accrochables » chez soi ; de plus cette première évidence se double souvent d’une autre : si l’on sait foncièrement que l’on peut, par l’accrochage, donner à voir de soi, on interroge rarement l’impudeur qui existe à accrocher ses objets de prédilection qui se passent de commentaires et ce même si – joli paradoxe – ils sont porteurs d’un espoir de déclenchement de commentaires chez ceux qui les perçoivent comme tels : « Ah tu aimes Johnny Depp ? Moi c’est le film que j’ai aimé, lui en tant qu’acteur, je le trouve moyen… »
Ainsi, afficher dans son intérieur est porteur de significations. Avant de les aborder, posons nous la question de la médiation par l’affiche, lorsque celle-ci joue certains rôles dans les médias audiovisuels.

L’image à la télévision

Le décor de Mardi Cinéma, dans les années 80, est constitué d’affiches de cinéma. Pierre Tchernia annonce le film du soir sur l’image d’une affiche plein cadre. Durant l’émission, les affiches permettent d’illustrer l’actualité du cinéma. Cet exemple nous montre l’importance des affiches de cinéma dans les émissions de télévision dont l’objet est le 7ème art. C’est une évidence ? Pas si sûr... En effet, l’affiche arrête les images, alors que la télévision est un média du flux. L’affiche est la proposition d’une seule image et quelque texte, tandis que la télévision les multiplie. Nous sommes au coeur d’un paradoxe.
L’affiche est présente dans la plupart des émissions sur le cinéma. Telle une actrice douée, elle peut tenir différents rôles : Illustration, décor, instrument de communication ou bien simple prétexte. Elle tient en tout cas un rôle de médiation entre le téléspectateur et un objet : le film. Bien que souvent en arrière-plan, l’affiche de cinéma exposée à la télévision possède plusieurs valeurs :
- L’affiche représente. Cette valeur de représentation se trouve à un niveau très concret. L’affiche est une image « réelle » du film dont il est question. Avant la sortie du film, l’affiche est l’une des seules images concrètes auxquelles peut avoir accès le téléspectateur susceptible de se transformer en spectateur du film. L’émission Ubik, sur France 5 utilise fortement l’affiche pour représenter des films dont la sortie est imminente. Il s’agit, à la rubrique « Sorties de films », de montrer les affiches qui vont représenter les films dont il est question .
- Par-delà la représentation, l’affiche acquiert une valeur symbolique. Cette valeur de symbole fait de l’affiche l’Image du film. À elle seule, l’affiche symbolise le film avant, pendant et après la diffusion du film. Toutes les affiches n’acquièrent pas le même statut symbolique, qui dépend du succès du film et de sa présence médiatique. L’affiche du film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain » symbolise le film, même quatre ans après sa sortie. Le succès de ce film fut tel que l’affiche n’en n’est pas le seul symbole, mais il s’agit cependant d’un symbole suffisamment fort pour avoir creusé un sillon dans la tête des spectateurs. On ne s’en étonne pas lorsqu’on observe la promotion du film à sa sortie. La journée du 18 avril 2001 sur Canal + est consacrée à Jean-Pierre Jeunet et à son film. L’affiche est montrée dans les différentes émissions. Tantôt élément du décor, présentée au même titre que des photos du tournage, ou bien présentée comme un point final à l’émission, la monstration récurrente de l’affiche dans tous les programmes de la chaîne participe de la mise en avant de cet objet et conduit véritablement à l’ériger un symbole.
- Enfin, l’affiche possède une valeur de signe. Car si « une image sert de signe lorsqu’elle figure un contenu dont elle ne reflète pas visuellement les caractères », alors effectivement, l’affiche fait signe pour le film lui-même, tandis qu’elle n’en représente qu’une infime partie (le visage en gros plan d’Audrey Tautou sur un fond vert signifie le film « Le fabuleux destin d’Amélie Poulain »). Cependant, la réception audiovisuelle restant mystérieuse, il faut observer que cette valeur de signe n’est pas la même pour tout le monde et que conserver près de soi un objet du film, tel que l’affiche prend un sens particulier. Dès lors, « afficher l’affiche » chez soi, c’est dire quelque chose des signes qu’évoque l’affiche. C’est à partir des signes que ce jouent le travail et le plaisir de la reconnaissance. Exposer une image du film telle que l’affiche conduit à exposer des signes d’un film que l’on aime, ou d’un acteur que l’on apprécie. Il s’agit d’inviter à une forme de plaisir, au moins celui de se remémorer un agréable instant, peut-être celui de construire avec l’affiche autre chose, dans son univers privé. L’image contenue dans l’affiche est ici soumise à la perception du spectateur qui fait exister l’image. C’est « la part du spectateur » mise en avant par Gombrich selon lequel le spectateur de l’image supplée au non-représenté, qu’il complète l’image qui ne peut à elle seule tout représenter. Cette part du spectateur est forte lorsqu’il est question de l’affichage cinématographique dans la sphère intime. Celui qui ouvre son univers à l’affiche invite sa propre subjectivité à venir combler l’image, à la réinventer du fond de sa chambre, et à en devenir une sorte d’auteur.
Les images ne fonctionnant pas sur un seul registre, la plupart des affiches de cinéma mêlent ces différentes valeurs, auxquelles il faut associer une fonction d’information, dans le sens où l’affiche apporte une somme (très variable) de renseignements sur le film, ainsi qu’une dimension esthétique, tout à fait fondamentale : l’affiche doit séduire, plaire à ceux à qui elle est destinée.


Afficher l’affiche

Considérons pour approfondir notre interrogation le passage d’une affiche d’un ou de plusieurs lieux publics (la rue, la télévision, le cinéma lui-même), à un lieu privé, celui de la maison, de la chambre de l’étudiant.
Dans les lieux publics, l’affiche de cinéma occupe un espace prévu à cet effet. Immédiatement, elle s’offre aux regards et a vocation à s’imposer. Pourtant, même exposée dans la sphère publique, l’affiche « induit une sorte très particulière d’espace privé, (car elle) instaure un lieu tout à fait particulier où notre regard est autant déterminé par ce que nous voyons que par le regard de l’autre (qui nous surprend ainsi) et dont nous savons qu’il peut nous voir regarder ce qu’il a, lui-même vu ». En ce sens, l’affiche est tout autant l’occasion d’un partage, que la promesse d’une interprétation, voire d’une aventure personnelle. C’est aussi pour cette raison qu’elle franchit aisément le passage à la chambre de l’étudiant qui, d’une manière ou d’une autre, va faire de l’affiche son « porte-parole placardé » et devenir le substitut de ses psychés. En recueillant des affiches de cinéma, le plus souvent dans des magazines, les étudiants expérimentent le principe de plaisir : ils exposent un objet qu’ils possèdent, et vont pouvoir en jouir quotidiennement. Nous ne sommes pas éloignés des propositions de Bruno Bettelheim qui, à propos du conte de fées observe que « ce n’est qu’après avoir écouté de multiples fois le conte, après avoir eu tout le temps et l’occasion de s’attarder sur lui, que l’enfant est à même de profiter pleinement de ce que l’histoire lui offre ». Il est question d’une satisfaction qui se réalise dans la durée et la pratique renouvelée. Il en est de même pour l’affiche, qui reste là, et offre un plaisir réitéré, celui des retrouvailles avec elle, chaque jour, pour continuer d’évoquer quelque chose de satisfaisant pour celui qui habite la chambre. Cependant, ce plaisir n’est pas un plaisir de la satisfaction immédiate. Il est question d’un plaisir construit, qui part des représentations et trouve son apogée sur un moyen ou long terme (on n’affiche pas pour une seule journée). Outre ce plaisir quotidien, il s’agit aussi du plaisir de posséder.
Afficher dans son espace privé reviendrait à lutter contre un fait mis en avant par Edgar Morin, qui constate que le fan ne peut posséder , que toujours l’amour qu’il porte lui échappe. Il s’agit d’une inégalité « de fait », qui ne fait pas du fan un vaincu, qui va pourtant collectionner et conserver à divers titres. Dans son enquête sur le festival de Cannes, Emmanuel Ethis observe que 61,8 % des festivaliers possèdent une affiche qui témoigne de leur cinéphilie. Le chercheur considère par ailleurs que collectionner des objets de cinéma correspond à « une volonté délibérée de s’approprier l’objet cinématographique ». Et cette appropriation dépasse de loin la possession des affiches, des cassettes et des DVD. Emmanuel Ethis montre que l’appropriation passe par la collecte d’objets tels que les dossiers de presse, les photos, les billets de cinéma et même un verre marqué de traces de rouges à lèvres de leur star préférée. Ainsi, « dotés d’un pouvoir fortement suggestif, ces objets leur permettent de consolider pour eux-mêmes et aux yeux de leurs proches une relation matérielle durable avec les mondes de cinéma ».
L’affiche (que l’on affiche) revêt un sens particulier dans le sens où elle témoigne d’un attachement (au cinéma, au film, à la star…), mais également dans le sens où elle se montre. Dès lors, et même si nous sommes dans un espace privé tel que celui de la chambre, cet espace peut être ouvert (à la famille, aux amis). Dans ces conditions, afficher c’est dire quelque chose de soi-même non seulement à soi mais également aux autres.

Afficher comme un acte

On peut considérer cet acte comme un acte d’énonciation. Il s’agit d’entendre l’énonciation comme « l’acte même de dire, lequel désigne réflexivement son locuteur. (Sont nécessairement impliqués dans) l’acte d’énonciation, le « je » et le « tu » de la situation d’interlocution ». Si, comme nous l’avons observé plus haut, l’affiche fait signe, il faut envisager l’idée selon laquelle elle signifie aussi quelque chose de celui qui l’expose. Cet acte comporte en lui une dimension réflexive qui ne peut cependant connaître de généralisation. On peut se dire cinéphile, afficher son goût pour un film, son intérêt pour un acteur, etc. Cet acte d’énonciation est particulier dans le sens où le « je » reste primordial. En effet, au cœur de cette situation particulière, dans laquelle l’étudiant affiche, s’il affirme quelque chose à quelques autres, il s’affirme surtout lui-même… à lui-même.
Au-delà de l’affichage d’une cinéphilie, il s’agit aussi parler de soi-même sur d’autres registres, en offrant comme une vitrine de soi-même. L’étudiant étant à un moment de sa vie important dans l’affirmation de ses choix (le choix de ses études par exemple), et de ses goûts (en matière culturelle), Cette affirmation de soi est fondamentale. Jean Baudrillard a mis en avant l’importance de la personnalisation et de la différenciation au sein de notre société qui tend à généraliser tous les processus de consommation, culturelle ou non . Il s’agit en somme, pour chacun d’entre nous, d’être face à « l’exigence d’agir en individu » et de fait, de devoir affirmer son identité, de différentes manières. Dans ce cadre, choisir l’affiche d’un film parmi beaucoup d’autres consiste à affirmer une différence en affirmant son choix, à se mettre en scène en quelques sortes, au milieu d’une offre culturelle variée, à signaler son style et son statut.
Cet acte d’énonciation, cette affirmation de soi peuvent prendre la forme d’une déclaration (d’amour) pour quelqu’un, pour son idole, sa star. Ici également, et comme le relève Edgar Morin, « Les participations et affirmations de soi imaginaires inspirées par les stars déclenchent aussi des participations et des affirmations de soi concrètes ». Nous sommes ici à la frontière de l’imaginaire et du réel, entre un « repliement narcissique sur soi » d’un côté, et de l’autre, « une affirmation de soi ».
Afficher une représentation de la star que l’on aime signifie faire entrer la star dans sa sphère privée. La star se situe pleinement entre ce qu’Edgar Morin nomme « la star-déesse et la star-marchandise », puisqu’elle poursuit son existence de star-déesse en apparaissant sur l’affiche de son film, et qu’elle est une marchandise dont l’effigie se vend et s’achète, se consomme comme un produit. Depuis longtemps, « le rôle des stars a très largement débordé l’écran de cinéma ». Cependant, leur arrivée dans l’espace de la chambre est un élément particulier, dans le sens où ce n’est pas la télévision ou de la presse qui mettent en œuvre un discours sur la star, mais bien le fan lui-même qui met en scène l’objet de son affection. Les stars, dont nous savons déjà qu’elles « participent à la vie quotidienne des mortels » entrent, au moyen de l’affiche, dans l’intimité du fan. Elles conservent cependant bien leur statut de star car elles occupent l’espace privilégié du mur, celui sur lequel on place des objets de valeur. Afficher est donc bien faire entrer dans l’intimité, mais également contribuer à la construction du mythe autour de l’objet aimé.


La constitution d’un lien ?

Ainsi, l’image de la star va passer de l’univers mouvementé du cinéma à l’image figée de l’affiche. Cette affiche, avant d’atteindre la chambre, sera certainement passée par l’univers télévisuel. L’image arrêtée se prête alors à toutes les confidences, à une nouvelle intimité entre le fan et sa star. Il s’agit de la construction d’un rapport très personnel entre soi-même et la star (elle seule pourra voir ce qui se passe dans la chambre), ainsi que d’un rapport collectif, qui va faire du fan le membre d’un groupe. « À vrai dire, les stars accroissent les solitudes et les participations, mais les unes et les autres ne s’annulent pas ; elles constituent les solitudes et les participations que développe l’évolution de l’individualité contemporaine ».
Observons tout d’abord le phénomène (possible) de participation. Nous avons vu qu’afficher consiste à signifier. Signifier l’appartenance à un groupe, dire son goût pour un genre, mais surtout pour une personne, celle qui figure sur l’affiche. Ici, l’étudiant qui manifeste cette appartenance produit du sens quant à la formation de son identité. Il s’agit de l’importance du groupe dans la relation aux objets culturels. Il peut (mais pas toujours) se sentir appartenir à une communauté. Pour Dominique Pasquier, la communauté de fan est « la communauté qui se met socialement en scène de la manière la plus visible. Le fan est quelqu’un qui se montre comme fan ». La sociologue montre que les fans se sentant appartenir à une communauté n’hésitent pas à communiquer sur leurs diverses collections, qui sont autant de signes d’appartenance au groupe. Le fan est entouré, intégré à des réseaux d’échange et de discussion, ce qui lui permet d’acquérir un statut particulier, dépassant celui de simple spectateur.
Cependant, chaque personne, chaque étudiant qui affiche n’appartient évidemment pas à une communauté de fan. Il est susceptible d’appartenir à ce que Daniel Dayan et Elihu Katz nomment une communauté imaginée et qui est tout aussi importante que l’appartenance à des communautés plus réelles. Daniel Dayan considère qu’être un public c’est procéder à une présentation de soi, se livrer à une performance . Ainsi, un public adopte nécessairement une attitude réflexive, et « son existence passe par une capacité à s’auto-imaginer, par des modes de représentation du collectif, par des ratifications de l’appartenance ». Appartenir à la communauté imaginée, c’est accepter de rejoindre un groupe imaginaire, une « fiction de public » avec laquelle on construit un lien d’appartenance. Dès lors, afficher son goût pour un film, c’est accepter d’entrer dans la communauté imaginée des publics de ce film, et entrer dans une fiction de public en acceptant de la co-construire.
Il peut donc exister un lien à une communauté de fans, il existe plus vraisemblablement l’appartenance à une communauté imaginée, mais il existe également un rapport relativement solitaire entretenu entre le fan et la « star affichée », il est question de la création d’un lien. Ainsi, « se sentir proche de quelqu’un qu’on ne connaît pas n’est pas une attitude aussi irrationnelle qu’il pourrait y paraître ». Dominique Pasquier observe que ce lien réussit à s’inscrire dans le quotidien, durant un moment de la vie de l’adolescent, et qu’il est susceptible de disparaître aussi vite qu’il est apparu. Ce lien personnel, intime, peut non seulement avoir un rapport à une personne, une star, mais plus largement, il peut être question du rapport au film, considéré parfois comme une œuvre culte.

Afficher l’objet d’un culte

Finalement, l’affiche de film change plusieurs fois de rôle : ses passages à la télévision, puis aux devants et dans les cinémas, dans les lieux publics puis dans l’espace privé lui confèrent des fonctions toujours différentes. Mais, en effectuant le passage à la chambre, l’affiche, et le film dont elle témoigne, acquièrent un statut particulier, qui peut ressortir à la notion d’œuvre culte. Il est question de la mise en avant d’une œuvre qui a produit chez le spectateur un ou des effets suffisamment rares pour tenter de prolonger cette expérience. La notion de culte « concerne les fans et plus largement les publics lorsqu’ils expriment leurs goûts et placent des œuvres au sommet de leur hiérarchie. Lorsqu’un individu s’attribue une œuvre culte, il fait souvent référence à des émotions intenses, il remémore des périodes de l’existence affectivement chargées, il cristallise des stratégies d’affirmation de soi ». Effectivement, « le statut artistique du film ne dépend pas du seul spectateur », et de nombreux discours l’incitent à voir le film comme une œuvre. Cependant, ce qui nous intéresse ici est moins le fait qu’une œuvre puisse accéder au rang de culte sous l’effet d’un groupe de fans que l’accès du film au niveau du culte par l’affichage d’un seul individu qui peut ou non se sentir appartenir à un groupe. Il s’agit donc là d’un rapport personnel, d’une relation spectatorielle singulière. Ainsi, « tout film peut être considéré comme un film-culte (et) il n’y aurait pas de film-culte mais des spectateurs qui aiment « trop » certains films jusqu’à en faire des objets de culte ». Ici, l’éventuel visionnement répété du film lui confère le statut d’œuvre culte, mais c’est surtout le fait que le spectateur collectionne des objets et les mette en avant qui l’érige l’œuvre en objet de culte. Il est question de l’exposition de sa propre fascination.
Nous retrouvons naturellement ici l’aspect télévisuel. Les chaînes, par leurs émissions qui parlent de cinéma, mais aussi par la diffusion des films, ou d’autres lieux dans lesquels il est question de cinéma, conduisent à ériger le film en œuvre culte et à faire du film un objet du désir. Le culte, relève Eric Maigret, « est incontestablement considéré comme un phénomène englobant le télévisuel », il serait en partie construit par celui qui l’érige. En somme, le culte est une question de personne, et votre objet de culte a peu de chances d’être celui de votre voisin, ce qui est plutôt rassurant.
Le goût cinématographique lorsqu’il s’énonce aussi ouvertement dans l’affiche accrochée ou plus discrètement dans les conversations fonctionne comme une sorte de projection de soi-même, qui s’énonce pour soi comme un pari et pour celui ou celle qui la perçoit comme une promesse. D’où son importance dans les dispositifs de socialisation et notamment dans les dispositifs de socialisation estudiantine où la pratique cinématographique est la seule à être partagée par l’ensemble de la communauté. Contrairement à un contrat, qui engage toutes les parties qui le signent, le pari est un acte unilatéral qui n’engage que celui qui parie: « C’est un énoncé – précise Paul Ricoeur - qui fait ce qu’il dit ». Et c’est bien parce qu’il s’agit d’un pari que l’on peut parler à propos de ce que dit la pratique cinématographique d’une pratique culturelle de socialisation. Comme l’indique Clément Rosset « les images de cinéma qui nous ont frappé enfant continuent à mener en nous, souvent à notre insu, leur vie souterraine et à influencer notre vie intellectuelle lorsque nous devenons adolescents puis adultes […] L’histoire racontée par le film se découpe en séquences hachées les unes par rapport aux autres, la compréhension des « intervalles instantanés » qui séparent ces séquences étant laissée à l’initiative des spectateurs, dans la mesure où leur signification est tenue pour implicite » . C’est sans doute lorsque l’on décide de comprendre ce qu’il y a derrière cet implicite que l’on peut entendre commencer à mener une enquête sociologique qui aspire à saisir comment on devient spectateur de cinéma, comment le spectateur que l’on est ou que l’on prétend être représente un promesse quant à l’humain porteur de « goûts » avec lequel on pourra ou non échanger. Lorsque l’on est étudiant, tout comme l’univers intime de la musique que l’on écoute, on tend à accorder une confiance particulière à l’univers cinématographique qu’autrui nous propose et cela justement parce que ces univers-là ne relèvent pas directement de l’apprentissage scolaire. Ils signent et signalent des inclinations communes, des terrains possibles d’entente car ces derniers résultent malgré tout d’une formation à ces significations implicites laissées à l’initiative de chacun. On « reconnaît » l’autre lorsqu’on pense qu’il s’est saisi des mêmes initiatives que soi. Et l’on est particulièrement attentif à cette reconnaissance d’autrui durant ces périodes de formation que sont les études universitaires, spécialement structurantes dans la construction de son « petit soi » culturel.
Pour quatre étudiantes et trois étudiants sur une quinzaine interrogés assez longuement, on a pu remarquer que l’affiche de cinéma qu’ils avaient accroché chez eux représentait leur acteur préféré. Mais, comme l’a déjà remarqué ailleurs Emmanuel Ethis , on pouvait constater chez ces derniers un détail singulier : toutes ces affiches étaient à la fois « à portée de bouche » et étaient toutes légèrement usées à la hauteur des lèvres de l’acteur. Il nous est impossible d’en tirer là une quelconque conclusion d’ordre général à propos du fétichisme cinéphilique chez les étudiants. Ce détail méritait toutefois d’être souligné à l’aune de ce travail pour reposer la difficulté effective qui existe lorsque l’on se confronte à la compréhension du sens que chacun d’entre nous place dans les objets culturels que l’on tente de s’approprier.
L’affiche durant son parcours, et selon ses usages, revêt plusieurs valeurs, et qu’il soit question de la constitution d’un lien (qui peut avoir diverses formes), d’un rapport entre un fan et une star, ou plus simplement un spectateur et un film, nous sommes face à un acte d’énonciation, acte qui est l’occasion pour celui qui affiche de dire, de se dire.


Avignon / Les Angles, 20 mai 2005

mardi, mai 01, 2007

Commission Jedi - vendredi



Comme je n'ai guère trouvé d'informations moins techniques et moins administratives sur les commissions de spécialistes que celles disponibles dans le message précédent, j'ai finalement trouvé que le blog suivant ne correspondait pas si mal à l'idée que je m'en fais. Les universitaires qui savent ce qu'est une commission de spécialistes m'excuseront de la maladresse de cette représentation, c'est seulement vendredi que j'entame la deuxième vague de ma première campagne de recrutement : les auditions. Mais qu'on se rassure dans la hiérarchie Jedi, je sais déjà que si être doctorant, c'est être padawan, aspirer à devenir maître de conférences ne veut pas dire prétendre au niveau maître Jedi, mais celui de chevalier Jedi. La maîtrise est réservée aux directeurs d'études et aux professeurs des universités. Que les spécialistes de star wars me pardonnent ce sacrilège.

Padawanement vôtre.


http://lorl.free.fr/ojedi.htm

"L’Ordre des Jedi est très ancien, datant de plus d’un millier de générations. C’est une réunion d’individus qui ont en commun leur croyance et leur respect en la Force, une sorte de pouvoir extrasensoriel permettant de comprendre et de modifier son environnement. Au cours des siècles florissants de la République galactique, les Jedi furent ses serviteurs en tant que gardiens de la paix et de la justice.

Le siège de l’ordre est le Temple Jedi, situé à Coruscant, dont les tours dominent les structures de la cité-planète. Il est gouverné par un Haut Conseil de 12 membres, composé essentiellement de maîtres Jedi, qui par leur sagesse peuvent contempler la véritable nature de la Force. Le Haut Conseil est la principale interface entre les Jedi et le gouvernement de la République.

Pour devenir Jedi, un profond engagement et un grand sérieux sont nécessaires. L’instruction Jedi est rigidement structurée et codifiée afin d’éviter toute transgression à la discipline. En effet, un élève impatient qui échouerait lors de sa formation, pourrait être attiré par le côté sombre de la Force, et devenir ainsi une sérieuse menace.

Les candidats Jedi sont détectés et recrutés dans l’ordre alors qu’ils ne sont encore que des enfants, ils doivent alors couper tout lien avec leur famille d’origine. Au premier stade de l’entraînement, un maître Jedi peut instruire un groupe de plusieurs aspirants. Au terme de cette période de maturation, chaque apprenti Jedi est alors couplé avec un maître, pour les phases suivantes de l’instruction. Conformément au Code du Jedi, un maître ne peut avoir qu’un seul " Padawan " à la fois. Vers la fin de sa formation, le Padawan doit ensuite passer des tests, avant d’être admis au rang de " Chevalier ". Enfin, le dernier grade dans la hiérarchie de l’ordre, est celui de " Maître Jedi ". Ce stade est réservé aux chevaliers ayant fait preuve de talents exceptionnels dans leur relation avec la Force. C’est parmi les Maîtres Jedi que sont choisis les membres du Haut Conseil."

Grammaire pour les non spécialistes (voir aussi Alain Chamfort)



Décret modificatif relatif aux commissions de spécialistes de l'enseignement supérieur. 04/12/1997
Les derniers textes en vigueur sur les commissions de spécialistes, aprés la réforme des procédures de recrutement initiée par Claude Allègre.

Décret no 97-1120 du 4 décembre 1997 modifiant le décret no 88-146 du 15 février 1988 - NOR : MENX9700127D

Art. 1er. - L'article 3 du décret du 15 février 1988 susvisé est remplacé par les dispositions suivantes :
" Art. 3.
- I. - Chaque commission comprend dix membres titulaires au moins et vingt membres titulaires au plus, ainsi qu'un nombre égal de membres suppléants.
" Chaque commission est composée, en nombre égal, d'une part, de professeurs des universités titulaires et, le cas échéant, de personnels assimilés ainsi que, d'autre part, de maîtres de conférences titulaires et, le cas échéant, de personnels assimilés.

" II. - Les membres de chaque commission sont désignés ainsi qu'il suit :
" 1o 60 % au moins, 70 % au plus des membres sont élus, en nombre égal, d'une part, parmi les professeurs des universités titulaires et les personnels assimilés, d'autre part, parmi les maîtres de conférences titulaires et les personnels assimilés relevant de la ou des disciplines concernées ; ces personnels doivent être affectés à l'établissement ou, pour les chercheurs titulaires, y assurer des enseignements ; le suppléant de chacun de ces représentants est élu dans les mêmes conditions ;
" 2o 30 % au moins, 40 % au plus des membres sont nommés, en nombre égal, d'une part, parmi les professeurs des universités titulaires et les personnels assimilés, d'autre part, parmi les maîtres de conférences titulaires et les personnels assimilés relevant de la ou des disciplines concernées et affectés à d'autres établissements ; le suppléant de chacun de ces représentants est nommé dans les mêmes conditions.
" Ces nominations sont faites par le chef d'établissement sur proposition du conseil d'administration siégeant en formation restreinte aux enseignants-chercheurs et assimilés de rang égal à la catégorie considérée et complété par les membres élus de la commission de spécialistes appartenant à la catégorie.
" Le recteur d'académie, chancelier des universités, assiste ou se fait représenter à cette séance, avec voix consultative.
" Les décisions de nomination sont notifiées dans les huit jours aux intéressés, aux chefs des établissements dont ils relèvent et au recteur d'académie, chancelier des universités.

" III. - Nul ne peut être élu ou nommé, en qualité de membre titulaire ou suppléant, dans plus de trois commissions de spécialistes. "

Art. 2. - L'article 4 du même décret est modifié ainsi qu'il suit :
I. - Le I est remplacé par les dispositions suivantes :
" I. - L'élection des représentants des professeurs des universités et personnels assimilés, des maîtres de conférences et personnels assimilés a lieu dans les conditions suivantes :
" Sont électeurs, pour chaque commission, d'une part, les professeurs des universités titulaires et les personnels assimilés, d'autre part, les maîtres de conférences titulaires et les personnels assimilés, affectés à l'établissement et relevant de la ou des disciplines concernées. Les chercheurs titulaires doivent assurer des enseignements dans l'établissement.
" Ces électeurs sont répartis en deux collèges.
" Tous les électeurs sont éligibles.
" Toutefois, dans le cas où le nombre de sièges de membre titulaire à pourvoir est égal ou supérieur au nombre des électeurs, ces derniers font partie de la commission sans qu'une élection soit organisée.
" Le vote est secret.
" Les élections ont lieu au scrutin de liste à la représentation proportionnelle avec répartition des sièges au plus fort reste. Les listes déposées peuvent être incomplètes. Elles doivent néanmoins compter un nombre de candidats au moins égal à la moitié du nombre des sièges de membre titulaire et de membre suppléant à pourvoir. A chaque candidat à un siège de membre titulaire est associé un suppléant.
" Dans le cas où il n'y a plus qu'un siège à pourvoir et où il y a égalité de reste entre deux listes, il est procédé à un tirage au sort. "

II. - Il est ajouté un IV ainsi rédigé :
" IV. - Lorsqu'en cas d'irrégularité des opérations électorales un ou plusieurs sièges n'ont pu être pourvus, un nouveau scrutin est organisé pour les pourvoir. "

Art. 3. - L'article 5 du même décret est remplacé par les dispositions suivantes :
" Art. 5. - Lorsque, pour une catégorie de personnels, des sièges n'ont pu être pourvus par la voie de l'élection, ces sièges sont pourvus selon la même procédure que celle prévue au 2o du II de l'article 3 ci-dessus, parmi les enseignants-chercheurs ou les personnels assimilés de la même catégorie, relevant d'autres disciplines et affectés à l'établissement, ou relevant de la ou des disciplines concernées et affectés à d'autres établissements. "

Art. 4. - L'article 7 du même décret est modifié ainsi qu'il suit :
I. - Le III est remplacé par les dispositions suivantes :
" III. - Un membre titulaire ou suppléant qui interrompt son mandat ou qui perd la qualité au titre de laquelle il a été désigné est remplacé, pour la durée du mandat restant à courir, dans les conditions suivantes :
" 1o Un membre titulaire élu est remplacé par son suppléant ;
" 2o Un membre suppléant élu est remplacé par le premier candidat non élu de la même liste.
" En cas d'épuisement de la liste en cause dans la catégorie considérée, les membres titulaires de la commission représentant ladite catégorie élisent au scrutin secret majoritaire à deux tours un enseignant-chercheur ou assimilé de la même catégorie et de la même discipline.
" En cas d'impossibilité de procéder au remplacement dans les conditions prévues ci-dessus, une élection est organisée pour la catégorie considérée dans les conditions prévues à l'article 4 du présent décret ;
" 3o Un membre titulaire nommé est remplacé par son suppléant ; un membre suppléant nommé est remplacé par un membre désigné dans les conditions de l'article 3-II (2o) ci-dessus. "

II. - Le IV est supprimé.

Art. 5. - Il est inséré dans le même décret, après l'article 7, un article 7-1 ainsi rédigé :
" Art. 7-1. - L'ensemble des membres de la commission, qu'ils aient la qualité de représentant titulaire ou de représentant suppléant, sont convoqués aux réunions des commissions de spécialistes.
" Un représentant suppléant n'a voix délibérative qu'en l'absence du membre titulaire qu'il remplace ; si tel n'est pas le cas, il peut, toutefois, assister à la séance par dérogation au dernier alinéa de l'article 8 ci-après. "

Art. 6. - L'article 8 du même décret est ainsi modifié :
I. - Le premier alinéa est complété par la phrase suivante :
" Seuls participent à ce scrutin les membres ayant voix délibérative. "

II. - Au deuxième alinéa, après les mots : " les personnels assimilés ", sont ajoutés les mots : " ayant la qualité de représentant titulaire ".

III. - Le troisième alinéa est complété par la phrase suivante :
" Les vice-présidents doivent avoir la qualité de représentant titulaire. "

Art. 7. - Il est ajouté à l'article 9 du même décret un second alinéa ainsi rédigé :
" Nonobstant les autres dispositions du présent décret, lorsque les commissions de spécialistes sont constituées en jury de recrutement des professeurs des universités ou des maîtres de conférences, siègent seuls, jusqu'à la fin des opérations du concours, les membres titulaires et, le cas échéant, les membres suppléants, qui ont participé avec voix délibérative à la première réunion du jury comportant l'examen des dossiers des candidats. De même, les membres de la commission qui, après le début du concours, perdent la qualité qui a permis de les désigner continuent à siéger jusqu'à la fin des opérations de ce concours, à moins d'une décision leur interdisant de participer au service public de l'enseignement supérieur. "

Art. 8. - Il est mis fin au mandat des membres des commissions de spécialistes constituées en application de la réglementation applicable antérieurement à l'entrée en vigueur du présent décret.

Art. 9. - Le Premier ministre, le ministre de l'éducation nationale, de la recherche et de la technologie, le ministre de l'économie, des finances et de l'industrie, le ministre de la fonction publique, de la réforme de l'État et de la décentralisation et le secrétaire d'Etat au budget sont chargés, chacun en ce qui le concerne, de l'exécution du présent décret, qui sera publié au Journal officiel de la République française.

jeudi, mars 29, 2007

LA PETITE MER DES OUBLIÉS Étang de Berre, paradoxe méditerranéen


LA PETITE MER
DES OUBLIÉS
Étang de Berre, paradoxe méditerranéen
Photographies
Franck POURCEL
Textes
Jean-Louis FABIANI

Rares sont les territoires qui concentrent autant de paradoxes. L'étang de Berre est aujourd'hui l'un des plus importants complexes pétrochimiques d'Europe (et l'un des plus dangereux), mais il accueille aussi tout ce qu'on peut attendre d'une région balnéaire. On y pratique une pêche nocturne spectaculaire, on y chasse le canard, on s'adonne aux plaisirs de la plage et aux sports nautiques les plus novateurs. Mais ces réalités sont morcelées, entrecoupées par une activité industrielle à haut risque qui balaie le paysage et conditionne les modes de vie. Face à cette démesure, l'homme tente de trouver sa place et invente quotidiennement des stratégies de survie et de reconquête...
Depuis 1996, Franck Pourcel photographie ce territoire avec la double approche qui caractérise son travail : à la fois artistique et ethnologique. Ses images écrivent en quelque sorte l'histoire invisible de ceux qui peuplent l'étang, ouvriers, pêcheurs, baigneurs, tous « oubliés d'une petite mer » qui se jette dans la Méditerranée.
Jean-Louis Fabiani apporte un éclairage sociologique à ces photos : ces mots disent la mémoire humaine d'un territoire trop souvent réduit à son apparence paysagère et à ses pics de pollution.

LES SPECTATEURS DU TEMPS Pour une sociologie de la réception du cinéma


"Les oeuvres d'art n'existent et ne durent que par l'activité interprétative de leurs publics respectifs". Dans son travail de recherche sur la réception des oeuvres d'art, l'auteur insiste sur l'importance de la notion de temps, terme qu'il faut mettre au pluriel tant dans la vie sociale s'entrecroise sans se confondre une multitude d'appréhensions des temps. Cet ouvrage propose sur la base d'une enquête exemplaire non seulement un apport de connaissances nouvelles sur les rapports des spectateurs aux films, mais aussi une méthode d'investigation nouvelle et originale.

Le Don du patrimoine : Une approche communicationnelle de la patrimonialisation


Après L'Exposition à l'oeuvre qui traitait de l'exposition comme média de communication et comme médiation symbolique, Le Don du patrimoine propose une approche communicationnelle de la patrimonialisation en rupture avec les interprétations parfois simplistes dont le patrimoine fait souvent l'objet.
La situation de ce dernier est en effet paradoxale : invoqué sans cesse, appliqué à tout, il n'en est pas moins stigmatisé comme la figure du conservatisme culturel. Délaissant ces polémiques, l'ouvrage propose l'examen de quelques questions de base : par quelles opérations le caractère patrimonial est-il conféré à certains objets. Que représente cette institution en termes de liens symboliques dans une société ? Comment les objets sont-ils soustraits à leur statut ordinaire pour devenir objets de patrimoine ? Quel lien s'établit alors entre des temps et des cultures différents ?
Le Don du patrimoine montre ainsi que l'explication économique ne suffit pas pour comprendre la dimension anthropologique de cette communication particulière que le patrimoine instaure avec ceux que nous nous choisissons comme nos ancêtres culturels.

http://www.sfsic.org/

Critical Review of the Social Sciences Nº 67


Helena Santos

About audiences for culture: an illustrated reflection on a Portuguese case
This article analyzes the creation and production of an opera by the Educational Department of the Casa da Música from the perspective of work done with the active involvement of participants recruited in two public housing projects of the city of Oporto. The aim is to problematize this unprecedented experiment in the Portuguese context, as well as to relate it to some of the structural transformations of contemporary societies which put into question the analyses on audiences for culture.

Critical Review of the Social Sciences Nº 67
December, 2003

Le(s) publics(s) de la culture


Le(s) publics(s) de la culture

Olivier Donnat et Paul Tolila (dir.), Presses de Sciences po, 2003, 716 p. (dont 323 sur le CD-Rom joint), 28 €.

Issu du colloque éponyme qui s'est tenu en novembre 2002, cet ouvrage collectif fera référence pour tous ceux qui s'intéressent à la sociologie des pratiques culturelles ou, plus largement, à la connaissance des publics de la culture et de leur comportement. L'intérêt du volume vient notamment du fait qu'il réunit à la fois des contributions se situant à des niveaux très différents d'analyse, offrant ainsi un panorama très complet de ces pratiques. Seule restriction : tous les textes, sans exception, concernent la situation française et portent plus spécifiquement sur les équipements culturels (cinémas, musées, théâtres...).

La partie papier de l'ouvrage réunit les analyses les plus générales, avec notamment une mise en relation de l'évolution des pratiques culturelles et des « mutations sociales » : massification de l'école (François Dubet), individualisation de la famille (François de Singly) ou des moeurs (Olivier Galland)..., qui invitent à chercher ailleurs que dans le secteur culturel lui-même les facteurs d'évolution des pratiques culturelles.

On trouve également dans cette partie une discussion de la théorie de la légitimité culturelle qui, inspirée par les travaux de Pierre Bourdieu, « hante » toujours, vingt-cinq ans après la publication de La Distinction (1979), les grandes enquêtes du ministère de la Culture et nombre de travaux de sociologie de la culture. La deuxième partie de l'ouvrage, quant à elle, réunit plus de trente contributions qui sont autant d'analyses empiriques des publics des divers équipements culturels (les jeunes et la culture, le public des médiathèques et bibliothèques, des musées, du spectacle vivant). Cette partie étant livrée sur CD-Rom, sous forme d'un fichier au format .pdf, il vous faudra être équipé en informatique pour pouvoir la lire.

XAVIER MOLÉNAT
Sciences Humaine
Mensuel N° 149 - Mai 2004
Les nouveaux visages de la croyance

La relation amoureuse : analyse sociologique du roman sentimental moderne


La relation amoureuse : analyse sociologique du roman sentimental moderne / Bruno Péquignot. - Paris :
Ed. L’Harmattan, 1991. - ISBN 2-7384-1015-4
Le roman sentimental charrie tout un monde de représentations construites a priori et pour la plupart dévalorisantes. Sociologue de la culture, de l'art, des oeuvres, au travers d'une enquête, Bruno Péquignot établit une typologie du roman sentimental moderne et de sa lectrice en lopposant à sa critique. Ainsi, on se rend compte que les représentations les plus critiques et acerbes du roman sentimental sont produites par les femmes : c'est une forme d'intériorisation du modèle de domination qu’elles rejettent. En marquant leur différence avec la lectrice du roman sentimental, elles réifient ce modèle.
Le roman Harlequin n’a pour objectif que de distraire ses lectrices et par une attention particulière des attentes des
lectrices, ces éditions proposent des collections qui touchent tous les publics. Les héros et héroïnesont évolué au fur et à mesure des changements sociaux. Les romans mettent en scène des jeunes femmes indépendantes et insérées dans la vie active et ainsi jouent le rôle de roman d’initiation : l’héroïne subit des épreuves qui la mènent à l’épanouissement. Elle devient une femme. Le « happy end » obligatoire positive le passage à l’âge adulte. Par exemple, le mariage, institution impresionnante, est ainsi dédramatisé.

La démocratisation culturelle. Une médiation à bout de souffle



Auteur(s) : Jean Caune
Editeur : PUG
Date parution : le 06/07/2006 - ISBN : 2706113405
Nombre de pages : 205

L'art présente une dimension politique. Ne serait-ce qu'en raison des conditions de sa production et des dispositifs socio-économiques de sa diffusion. Alors que l'art modèle les comportements et les attitudes sensibles, les conditions de sa réception, dans l'espace et le temps de la collectivité, ont trop souvent été négligées. Le génie rhétorique de Malraux aura été de proclamer, dès 1935, que l'héritage culturel se conquiert; cette conquête, qui présuppose une volonté politique, se réalise par l'attention à l'oeuvre d'art. Le lyrisme de Malraux a su témoigner de la capacité de l'art à forger une sensibilité commune et, par là même, à contribuer à la construction d'une communauté culturelle. Son talent politique a su convertir le souffle de son verbe en force d'entraînement. Ainsi la conjonction du discours et de la conviction a eu un effet fondateur : avec la création du ministère des Affaires culturelles, en 1959, la Ve République se fixait la mission de «rendre accessibles les plus grandes oeuvres au plus grand nombre d'hommes» [Malraux, 1996, 257]. La volonté de lutter contre l'inégalité d'accès à la culture se fondait sur la confiance en l'universalité de la culture qu'il s'agissait de faire partager. En faisant de la culture un objet de sa politique, l'État français se donnait, dans les années 1960, un nouveau moyen d'assurer la cohésion nationale, d'orienter les transformations sociales et de définir des pôles d'identification. Ce discours, mis en acte dans une politique, prolonge le «Grand récit» qui fait de l'art une activité autonome et lui reconnaît, dans sa fonction historique, un rôle de transmission de valeurs universelles par la médiation de la forme.

Jean Caune est professeur émérite à l’université Stendhal de Grenoble. Après avoir été comédien et metteur en scène, il a mis en place le centre d’action culturelle de la Villeneuve de Grenoble et dirigé la maison de la culture de Chambéry (1982-1988). Chercheur au Gresec, ses travaux recouvrent le domaine des pratiques esthétiques envisagées comme processus de médiation culturelle.

LA PERFORMANCE DES VULNERABLES


LA PERFORMANCE DES VULNERABLES
par Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani et Damien Malinas
un texte écrit en juillet 2003 suite à la crise d'Avignon
( La performance des vulnérables, Avignon : des lycéens aux intermittents - Alix de Montaigu)

Il n’a suffi que de quelques éditions au Festival d’Avignon pour s’imposer en tant que lieu rituel de mise en tension des trajectoires et des projets de l’aventure théâtrale nationale et européenne. Rêvée toute l’année, la confrontation avec les pairs et le public est simultanément une fête et une épreuve. Dans un métier où l’évaluation est toujours vécue comme un jugement sur la personne, où la convivialité ne va pas sans brutalité, le temps du Festival est celui où l’approfondissement de soi permanent qu’implique le métier d’acteur se mue en extraversion. Un festival ordinaire est toujours au bord de la crise, dans un univers où les chances de montrer son travail sont rares, où persiste la disproportion entre, d’un côté, l’intensité de l’effort de préparation, de mobilisation et de coordination et, de l’autre, la rareté des fenêtres où l’on peut être vu et aimé. La vie d’artiste impose le choix de l’incertitude maximale et exile les candidats par rapport aux régularités tranquilles de la société ordinaire : elle crée une sorte d’aristocratie aux faibles ressources, mais où la promesse d’un parcours réinventé chaque jour est la rétribution.

La crise des intermittents rompt le pacte qui repose sur l’échange admis entre l’incertitude et la liberté : ne reste que la certitude du désespoir, de l’interruption du jeu. Ce n’est pas la défense d’un style de vie où un minimum de confort qui est en jeu. La menace porte sur quelque chose de beaucoup plus diffus et de beaucoup plus fort : la possibilité même de se jouer des déterminations sociales en jouant, de se maintenir en suspension dans l’ordre social, de ménager un chemin de liberté qui a son coût social, mais dont la crise révèle soudain l’énormité. Que se passe-t-il lorsqu’on cesse de jouer à être un autre pour être réduit à être un simple individu social ? Les visages et les corps disent l’anxiété de cette fin de partie annoncée. Le paradoxe de l’action collective éclate : pour certains, il s’agit de ne plus jouer pour continuer à jouer, pour d’autres, il s’agit de jouer à n’importe quel prix, pour sauver sa peau d’artiste. La menace redoutée installe des arguments qui justifient les attitudes les plus contradictoires.

L’interruption est momentanée, mais qui sait ? Dans la suspension, il y a toujours l’anxiété de la fermeture définitive. Le festival est installé dans la durée : n’est-il pas aujourd’hui une tradition nationale, bâtie sur une chaîne intergénérationnelle faites d’émotions, de plaisirs partagés mais aussi de disputes. De disputes, de conflits sévères, certes, mais pas comme ça, pas au point que la mort du théâtre ne devienne une possibilité. Et les corps disent, plus que les slogans, le prix qu’on attache à être ici ensemble dans un lieu de mémoire par excellence dont on ne sait plus si l’est un lieu d’avenir. Nous avons tellement joué avec la mort du théâtre que nous sommes surpris, presque interdits, par cet arrêt de jeu.

On ne joue plus. Mais si l’on joue, on fait le jeu de l’ennemi… On joue. Mais si l’on ne joue pas, on fait le jeu du même ennemi. Impasses. Dilemmes. Surtout lorsqu’on sent qu’on n’existe pas hors du jeu. Avignon 2003 : nous savons désormais que les institutions sont mortelles. Nous célébrons un passé mythique, oubliant qu’il fut souvent cruel, parce que nous ne pouvons plus nous appuyer sur la promesse et le pacte fondateur : celui d’une communauté participative que les exigences comptables tiennent en un douloureux suspens. Avignon 2003 : pendant que BFA éteint à l’Espace Jeanne Laurent les bougies son dernier festival, on entend monter de l’ombre de l’entrée du Palais des Papes le souffle d’un harmonica ou d’un bandonéon qui joue l’air des trompettes de Maurice Jarre annonciatrices d’un spectacle qui, ce soir, ne n’aura pas lieu. La place du Palais est déserte. D’aucuns imaginent que c’est Denis Lavant qui joue là les fantômes. Mais l’on n’a jamais surpris ou jamais voulu surprendre ce musicien qui rappelle aux passants ce qui aurait pu être et qui n’est pas ; crainte de briser, sans doute, la performance fragile d’un vulnérable. C’est alors que nous sentons là la valeur immense que nous attachons à ces semaines de juillet, à ces rencontres légères et ces soirées tempétueuses où s’exprime, pour tous, artistes et publics, la nécessité de jouer. Avignon 2003 : une fin soudain possible. Ariane Mnouchkine est propulsée au milieu des forums où les publics n’ont d’autre choix que de devenir des « solidaires ». Alain Léonard est lui aussi solidaire. Avignon 2003 : le Festival n’aura pas lieu. La Maison Jean Vilar devient un refuge. Les commerçants de la ville soutiennent le off ! Alain Léonard est toujours solidaire et Marianne James fait salle comble tous les soirs. Avignon 2003 : le Festival n’a pas eu lieu

lundi, mars 26, 2007

Transmission fraternelle




http://domas.over-blog.com/
Merci de faire passer l'info à tous vos confrères.

jeudi, mars 22, 2007

Cueillir des serments Cette fleur sauvage Qui fait des ravages Dans les cœurs d'enfants



La sociologie, les sciences de l'information et de la communication, et plus généralement, les sciences humaines et sociales n'ont pas développé de rite de professionnalisation similaire au serment d'Hippocrate prononcé dans les facultés de médecine. Pour autant, les chercheurs en sciences sociales ne manque pas d'éthique. Si ces éthiques sont multiples, celles-ci sont rarement en toc comme le poulpe, enquêteur parmi les enquêteurs, nous amènerait à le penser dans un opus intitulé "éthique en toc".

-Malgré tout ce que j’ai pu voir comme saloperies, j’avais encore une certaine considération pour les chercheurs, les universitaires. Avec tout le respect que je te dois, on ne s’étonne plus d’apprendre qu’un journaliste en croque, que ses articles sont aux ordres…
Zill piqua une lamelle de blanc de seiche avec un cure-dent.
-Il n’y a pas d’offense. Si la presse me convenait, question liberté d’expression, je n’aurais pas été obligé de fonder mon propre canard…Pourquoi voudrais-tu que les juges, les avocats, les commissaires de police, les sociologues, les historiens aient l’échine moins souple que les pisseurs de copie ? Ils se connaissent tous, ils fréquentent les mêmes magasins, les mêmes restaurants, les mêmes concessionnaires de grosses bagnoles, les mêmes cocktails. Un véritable fonctionnement consanguin. Ils finissent par penser exactement la même chose au même moment…
Le Poulpe délaissa la seiche, par principe, pour s’attaquer aux poivrons.
- J’avais encore des illusions, à presque quarante ans. Pour moi, les historiens ne pouvaient être que des gens propres.
- Il y en a, bien sûr, mais il ne faut pas généraliser…N’oublie jamais que leur domaine est un enjeu de pouvoir. Celui qui dit l’histoire contrôle le présent et agit sur l’avenir… Tu crois qu’on les laisse bosser tranquillement ? Ils sont attachés à la laisse par l’institution, et ils font là où on leur dit de faire ! Ce n’est pas que le fruit du hasard si dans CNRS il y a CRS.
- C’est facile…Dans CeRiSe aussi…Et dans CaRuSo, CuRiSte ; CuRieuSe, CuRéS…
- Zill ne releva pas l’ironie.
Didier Daeninckx, Le Poulpe. Éthique en toc, Paris, Librio, 2000, pp 82-83.

Au regard de cette excellente aventure du détective, (incarné au cinéma dans une autre de ses aventures par Jean-Pierre Daroussin), la réalité est bien terne : autour de moi, je ne vois guère de diplômes de complaisance -en fait, je n'en ai point vu- : ai-je mauvaise vue ? selon moi, que des professeurs échangistes "échangent" ne les éloigneraient en aucune façon de leur déontologie professionnelle -ils doivent juste veiller à la qualité de l'échange- non ? de la même manière, les professeurs sont, toujours selon mon expérience, rares à truquer les concours -ils sont plutôt, et légitimement, en train de recruter pour ceux-ci- logique ? Mais je dois reconnaître qu'il doit être difficile de faire se dérouler une intrique policière dans une université, si on n'y introduit pas du vrai crime de fiction. Et cela même, si j'ai eu, il y a quelques temps, le désagrément de me faire voler un vélo à l'université, on imagine mal une aventure du commissaire Maigret et le bmx manquant. Comme pour la plupart des univers, Derrick lui-même aurait du mal à nourrir une de ces polies aventures avec l'activité ordinaire même universitaire : enseignement-recherche, parking-vélo et restau U et à moins que... tout cela ne cache complaisance, sexe, trucage (une sorte de sex, drug and rock and roll de l'intrigue policière universitaire). Dans le même sillon de sens, la déception de l'équipe de tournage de la prophétie d'Avignon (saga de l'été de France 2) face à la salle du conseil scientifique de l'université de la dite ville, les a amené à penser installer le vrai conseil scientifique de fiction dans le nouveau gymnase de la fac (voir à ce propos le blog d'Emmanuel Ethis socioblog sur la prophétie d'Avignon).
Ce détour par l'univers fictionnel du poulpe permet de mieux cerner, ce qu'en tant que réservoir symbolique, d'autres diront paradigme, l'université et particulièrement, les sciences humaines, permettent de mobiliser dans la fiction comme représentations. En France, on est loin de Will Hunting où l'université, Massachusetts Institute of Technology, est représentée comme le lieu des puants mais aussi comme le lieu de la mobilité sociale. Cette version de l'institution universitaire, qui n'est certes pas idyllique et rose, est assez éloignée d'une conception cynique, assez répandue dans nos contrées "ça ne sert à rien", "l'école et pire que tout l'université, reproduit les inégalités". Il faut dire qu'un temps historique n'a pas à être cohérent pour servir la cohérence d'un propos, et qu'en même temps, les grandes écoles sont présentées par ceux qui en sortent comme un facteur de démocratisation sociale : c'est sûrement cela l'école de (président de) la république. Mais l'université cinématographique et hollywoodienne entretient aussi d'autres versions de l'université plus criminelles : scream, souviens-toi l'été dernier en sont des exemples de la fac comme lieu de formation identitaire et de la violence qu'elle peut inspirer. Moins hollywoodien mais puissamment inscrit dans cette lignée de l'université comme lieu de construction de soi, Tesis, film d'étudiant d'Alejandro Amenabar met en scène une étudiante dont le doctorat de communication porte sur la violence à l'écran. Autre film, les lois des attractions tiré d'un roman de Bret easton Ellis montre la débauche et les sentiments croisés des étudiants sur le campus dans une tendance que l'on pourrait décrire comme hypermoderne. Chaque univers aurait donc les crimes qu'ils méritent fictionnellement ? Toujours est-il que l'imaginaire universitaire dans les productions audiovisuelles hexagonales semble bien étriqué ? Lorsque cet imaginaire n'est pas réduit à la cafeteria comme dans Hélène et les garçons, où le crime est tout au plus une question de soldes arrêtées ou des retards de Nicolas, (jamais les retards d'Hélène n'ont jamais eu le temps de prendre quelque intérêt narratif que ce soit !). On est bien loin du souffre décrit dans les films précédents. Et, lorsqu'on cherche le souffre universitaire dans nos tendres fictions, il est du côté de l'enseignant et de l'institution. Mais ce souffre n'a rien de flamboyant, non, plutôt, une vilaine odeur qui relève de la petite complicité : quelque chose de pourri au royaume du Danemark mais décrit comme la bourgeoisie provinciale de Flaubert. Le crime fictionnel de l'université est donc la complicité entendue comme la participation à un délit ou à un crime, aide apportée à celui qui commet le délit, entente criminelle.
Les étudiants certainement inspirés par le film de Mathieu Kassovitz "Assassin(s))" avec son sous-titre "Toute société à les crimes qu'elle mérite" m'expliquent que toute société a le cinéma qu'elle mérite : serait-ce le cas de la société des universitaires ? À ces questions sur la "complicité" des enseignants chercheurs, Raymond Aron qu'on taxait d'être entouré professionnellement par trop d'amis répondait qu'il les choisissait bien : ce qui est certainement une position éthique aussi valable que beaucoup d'autres. Mais, c'est ainsi que l'université, comme on l'a dit plus haut, est décrite systématiquement sous l'angle de la reproduction des inégalités sociales. Pourtant, le relevé de cette reproduction des inégalités sociales à l'université par Pierre Bourdieu et Jean-Claude Passeron dans les Héritiers n'était pas fataliste mais avait et a pour but originel de dénoncer l'idéologie du don qui sous prétexte d'une distribution égale du savoir (dont la figure exemplaire le cours magistral dans sa définition consiste en l'absence de questionnement et d'interpellation possible de l'enseignant par l'étudiant) masquait les inégalités d'accès au savoir par rapport au milieu social d'origine.Il n'est pas question ici de discuter un ouvrage qui constitue un fondamental de l'apprentissage sociologique, mais de relever cette étrangeté qui fait que ce qu'on fait dire à cet ouvrage conduit trop souvent à réduire les personnes à leur origine sociale et donc finalement à réduire à néant l'événement, perturbateur et fondateur, que doit être une formation dans une vie. L'université et les diplômes doivent êtres aussi regardés comme ce qui permet à chacun de ne pas être résumé à son origine sociale.

À défaut de serment d'Hippocrate, il faut essayer de ne pas être trop hypocrite :

Quand je passe des examens, personne ici n’est en peine ; mes succès aux yeux de tous, sont la chose la plus naturelle du monde. Amertume du bon élève. ( …) Je ne suis pas très fier des pensées que je pense. Il me faudra beaucoup de temps pour comprendre que l’injustice est encore à mon profit dans ce malheureux partage.

George Duhamel (de l’Académie Française), Vue de la terre promise, chronique des Pasquier,1934, Paris, Mercure de France, pp 93-94.

Cette citation sera donc ici comme une forme d'exergue de ce blog. Je crois qu'étant des sciences historiques les sciences humaines et sociales ne peuvent prétendre au serment en tant que promesse solennelle prononcée en attestant un être ou un objet sacré. Elles en sont rendues à ces exergues qui définissent des éthiques datées dans la vie d'un chercheur et qui peut-être deviennent un texte plus important qu'elles-mêmes lorsqu'elles sont relues ensemble, non pas un serment, mais une promesse tenue.

Pour ceux à qui cela pourrait paraître obscur, c'est dans le temps de la relation avec mes directeurs de thèse Emmanuel Ethis et Jean-Louis Fabiani que j'ai pu comprendre les formes que prennent une éthique de chercheur en sciences sociales : les petites promesses tenues au fur et à mesure. Quant à moi, je suis bien trop jeune dans ma carrière de chercheur pour dire si je tiens mes promesses, mais je me suis amusé à rassembler les exergues de mes écrits universitaires adressés à un jury : maîtrise, DEA, thèse.

Quoi de neuf, docteur ?


En présence des Maîtres de cette faculté, de mes chers condisciples, devant l'effigie d'Hippocrate,
Je promets et je jure d'être fidèle aux lois de l'honneur et de la probité dans l'exercice de la Médecine.
Je donnerai mes soins à l'indigent et n'exigerai jamais un salaire au-dessus de mon travail, je ne participerai à aucun partage clandestin d'honoraires.
Admis dans l'intérieur des maisons, mes yeux ne verront pas ce qui s'y passe, ma langue taira les secrets qui me seront confiés et mon état ne servira pas à coorompre les moeurs , ni à favoriser le crime.
Je ne permettrai pas que des considérations de religion, de nation, de race, de parti ou de classe sociale vienne s'interposer entre mon devoir et mon patient.
Je garderai le respect absolu de la vie humaine.
Je ne remettrai à aucune femme un pessaire abortif.
Même sous la menace, je n'admettrai pas de faire usage de mes connaissances médicales contre les lois de l'humanité.
Respectueux et reconnaissant envers mes Maîtres, je rendrai à leurs enfants l'instruction que j'ai reçu de leur père.
Que les hommes m'accordent leur estime si je suis fidèle à mes promesses.
Que je sois couvert d'opprobre et méprisé de mes confrères si j'y manque.

Serment d'hippocrate de la thèse de Jean malinas présentée et soutenue le 29 octobre 1976 à l'Université scientifique et Médicale de Grenoble sous la présidence de M. le Professeur Yves Malinas dirigée par Georges Bossi pour obtenir le grade de docteur en médecine diplômé d'état : un nouveau type d'incision esthétique sus-pubienne (incision de Pandolfo).

Tete d'exergue 2006



Elliot : - Fonce, il faut sortir de là, Michael !
Michael : - Mais, j’ai jamais appris à conduire en marche avant !

Elliot : - Bon, écoutez, c’est l’homme qui est venu de l’espace et nous allons le ramener à son vaisseau spatial.
Greg : - Il a pas un laser pour se propulser ?
Elliot : - On est dans la réalité, Greg.

Elliot : - Regarde ce qu’ils ont fait de toi… Je suis vraiment désolé… Tu es sûrement mort parce que je ne sais plus ce que je ressens… Je ne ressens plus rien du tout. Tu vas ailleurs maintenant. Je croirai en toi toute ma vie, tous les jours.
E.T., je t’aime.

E.T., l’extra-terrestre, Steven Spielberg, Universal Studios, 1982, 115 mn.

Exergue de la thèse pour l'obtention du grade de docteur de l'Université d'Avignon et des Pays de Vaucluse soutenue par Damien Malinas sous la direction d'Emmanuel Ethis et Jean-Louis Fabiani.

Tete d'exergue 2001


Charles Nicolle m’a dit un jour, en parlant de notre collègue Vuillaume : « Il aurait donné sa vie, soyez sûr, il la donnerait encore, avec élan, pour faire une grande, une véritable découverte. » Dès qu’il aborde un tel sujet, Nicolle devient grave. Il a pourtant, mieux que personne, déjoué les caprices de l’esprit créateur. Il a souvent reçu la visite de l’ange.
Cette passion des savants en quête d’illumination, je la connais, je l’éprouve, je l’ai durement éprouvée. Sa vie ! Qui de nous ne la donnerait pour arracher un fragment, un éclat, une parcelle au noir diamant de la connaissance. Créer, en définitive, est la seule joie digne de l’homme et cette joie coûte beaucoup de peine. Nous, gens de la recherche, nous souffrons à notre manière qui n’est pas trop romantique. Nous savons parfois qu’il nous faut pourtant séduire l’inspiration, lui tendre des pièges, lui montrer « des lits pleins d’odeurs légères » ; Nous savons aussi que, parfois, la chance ne dédaigne pas l’homme endormi. Et nous nous assoupissons volontiers dans de petites besognes médiocres. Nous rampons sur notre chemin en espérant l’heure, l’heure de l’envol surprenant.

George Duhamel (de l’Académie Française), Vue de la terre promise, chronique des Pasquier,1934, Paris, Mercure de France, pp 93-94.

- Vous ne semblez pas songer beaucoup à votre enquête, dis-je enfin, interrompant la dissertation musicale de Holmes.
- Pas de données, encore, répondit-il. C’est une erreur capitale que d’échafauder des théories avant d’avoir des faits. Cela fausse le jugement.

Conan Doyle, Sherlock Holmes, une étude en rouge, 1995, Paris, Librio, pp 27-28

Exergue du mémoire de DEA de l'EHESS soutenu par Damien Malinas sous la direction de Jean-Louis Fabiani et tutoré par Jacques Cheyronnaud et Emmanuel Ethis : Des Spectateurs à l'Université. Éléments pour une sociologie de la culture cinématographique des étudiants.

Tete d'exergue 2000




Je vous rappellerai d'abord, à vous débutants, que les plus excellents penseurs qui vous ont précédé ne font qu'une mesure de leur vie et de leur travail. Ils respectent l'un et l'autre, et ils enrichissent l'un par l'autre. Certes, si les hommes ont coutume de les séparer c'est que leur travail est inconsistant. Mais vous avez compris qu'homme d'études, vous avez une occasion sans pareil de vous ménager une vie qui favorisera l'amour du métier. Choisir le métier d'intellectuel, c'est opter pour un mode de vie autant que pour une carrière ; sans toujours le savoir, le travailleur intellectuel se fait, lui-même, à mesure qu'il chemine vers la perfection du métier ; pour faire éclore ses richesses latentes, il se bâtit une personne où dominent essentiellement les qualités du bon ouvrier.

Charles Wright Mills, l'imagination sociologique, Paris, Editions, François Maspero, 1967.

Exergue du Mémoire de maîtrise de sciences et techniques de communication de l'université d'Avignon et des Pays de Vaucluse soutenu par Damien Malinas sous la direction d'Emmanuel Ethis : Métamorphoses d'une pratique culturelle ordinaire par un espace extraordinaire. Les publics du Festival International du Film de Cannes.

lundi, mars 19, 2007

Audition : transmission avisée



http://coulmont.com/blog/2005/11/10/redaction/
http://coulmont.com/blog/2007/02/27/recrutements-universitaires-session-1-2007/

Un commentaire par Marsyas (11/11/2005 à 11:54 am)
Curriculum vitae
Baptiste Coulmont a une longue notice très précieuse, tirée de sa récente expérience personelle de rapporteur, sur la rédaction des CV destinés aux commissions de spécialistes universitaires. À lire impérativement pour les futurs candidats. R…

mardi, mars 13, 2007

À la licence des étudiants !



Il y deçà quelques mois, lors d’un cours avec les licence 3 « sciences de la communication » de l’Université d’Avignon et des Pays de Vaucluse, entre 17h00 à 20h00, horaire que j’affectionne particulièrement, s’est produit un événement dans ma carrière de jeune enseignant-chercheur zélé et, certainement, un peu prétentieux.

J’ai omis de faire la pause. Plus exactement, étant lancé dans ce que les collègues de sciences de l’éducation appellent, je crois, une séquence pédagogique, autrement dit un tunnel d’où on ne peut sortir qu’à là fin si on veut que les étudiants ne perdent pas le fil et que, soi-même, on arrive à le retrouver, j’ai royalement accordé une pause à 19h15 et non à 18h30 comme le veut l’usage. De retour de pause, ce n’est pas 3 ou 4 étudiants qui avaient été perdus comme à l’habitude, et ce pour des raisons plus ou moins justifiées, de l’UE d’ouverture, des bus et trains…, mais approximativement, 32 étudiants évaporés. Mon ego d’enseignant fut touché (en fait, je ne crois pas, mais une partie des étudiants l’ont cru), cependant, il m’en restait quelques uns et je leur affirmais que si ce cours avait été sanctionné par un partiel et non par un dossier, les démissionnaires du jour auraient toujours été là (ce que je croyais). Malheureusement, à l’université, les absents n’ont pas toujours tort et, c’est donc aux présents que je m’adressais.

C’est au cours suivant que je suis arrivé avec un carton jaune collectif « pour toute la promo » : répondre en une page à la question « À quoi servent les études ? » à partir d’une pièce de théâtre de David Mamet. Il me semblait que cela avait au moins l’avantage de servir aux uns et aux autres. Puis, nous sommes rentrés en discussion comme on rentre en affaire. Les étudiants ont et, à juste titre, argué de la masse de travail qu’ils avaient que ce ne n’était pas après moi qu’ils en avaient et que je ne devais pas "personnaliser". Je leur répondais que je ne personnalisais pas non plus et que je ne pensais à aucun moment qu’ils soient venus par défaut et ou soient en permanence en défaut , ce qu’on dit malheureusement trop souvent des étudiants à l’université. Une étudiante m’a alors interpellé sur mon manque de professionnalisme dans la mesure où je ne différenciais pas les étudiants dans l’adresse que je faisais à leur encontre. Je dois reconnaître que cela doit être un défaut de sociologue des publics travaillant depuis les sciences de l’information et da la communication : je fais confiance à ceux qui reçoivent le même message pour s’individualiser et, parfois, à partir de ce qui peut devenir une expérience, créer du lien.

J’ai donc proposé aux étudiants de rendre leur page après les jurys du premier semestre, en leur signalant que j’étais tout à fait conscient qu’ils pouvaient ne pas la rendre et ne subir aucune sanction autre que celle de leur conscience professionnelle.

Les ¾ des étudiants ont rendu cette page. J’ai été très impressionné par ce qu’ils y racontaient et je leur ai proposé de publiciser leurs paroles, car je les trouve utiles pour d’autres et pas uniquement, étudiants ou enseignants. Cela a donné lieu à un blog :

http://etudesencommunication-avignon.blogspot.com/

Je remercie donc les étudiants de licence de cette leçon entre nous qui a fait que les présents et les absents avaient raison, que j’ai eu l’impression d’éprouver le sentiment de communauté universitaire, et qu’après avoir lu leur texte, les démissionnaires de ce jour-là n’auraient certainement pas plus été là, s’il y avait eu un partiel à la place d’un dossier, que les étudiants ne sont pas là que pour les notes.

Si un étudiant de licence 3 tombe sur cette page, (et non pas de licence 4, la réforme LMD a eu chaud en France), je serai très heureux qu’il puisse, peut-être, découvrir d’autres définitions d'une licence :

Permission, liberté qui est accordée à quelqu'un.

Autorisation délivrée par l'Administration d'exercer certaines activités économiques et plus particulièrement commerciales, moyennant redevance ou non. Droit de licence; licence de débit de boissons

Grade universitaire intermédiaire entre le baccalauréat et le doctorat et donnant accès à diverses fonctions; ensemble des études qui préparent à ce grade; diplôme correspondant à ce grade.

Licence libre. Licence dont les certificats étaient choisis par l'étudiant sauf incompatibilité, mais ne donnant accès ni aux concours de recrutement de l'enseignement public ni à cet enseignement. Auparavant, la sociologie constituait (...) la matière unique d'un certificat d'une licence libre.

Autorisation de pratiquer un sport dans le cadre d'une fédération et de participer aux compétitions; carte l'attestant.

État de dérèglement moral dans lequel vit une personne ou une collectivité. Licence effrénée; licence des camps (militaires).

Caractère d'un acte, d'une œuvre qui reflète une trop grande liberté morale. Licence des mœurs.

Liberté que prend un écrivain, un artiste ou qui lui est laissée par l'usage, d'enfreindre certaines habitudes, certaines règles de son art; ce qui en résulte.

vendredi, février 23, 2007

Le Festival d'Avignon à la télévision


Sur le site l'INA, vous pouvez retrouver feuilletons, séries, grands entretiens, discours fondateurs, journaux télévisés, émissions culturelles ou d’information, événements sportifs ou scènes de la vie quotidienne…

à la page Festival d'Avignon

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?full=festival+d%27Avignon&action=ft&x=0&y=0

SUR LES PLANCHES D'AVIGNON

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=dossier&id=75

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=3&cs_order=0&num_notice=22&total_notices=453

Jean Vilar

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=corpus&code=C0524220984

Paul Puaux

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=t%E9l%E9vision+avignon+festival&num_notice=2&total_notices=4

BFA

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?full=Bernard+Faivre+d%27arcier&action=ft&x=0&y=0

Baudriller

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=baudriller&num_notice=2&total_notices=2

George Wilson

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=1&cs_order=0&num_notice=11&total_notices=453

Alain Crombecque évoque la progammation du festival d'Avignon 1985

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=3&cs_order=0&num_notice=28&total_notices=453

1968

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=9&cs_order=0&num_notice=67&total_notices=453

2003 en 2003

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=3&cs_order=0&num_notice=24&total_notices=453

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=3&cs_order=0&num_notice=26&total_notices=453

2003 en 2004

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon+2003&num_notice=4&total_notices=5

Lieux et publics QUARANTE ANS D'AVIGNON 1947 1987

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=2&cs_order=0&num_notice=15&total_notices=453

Antoine Vitez "L'Echarpe rouge" opéra au festival d'Avignon

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=4&cs_order=0&num_notice=35&total_notices=453

Maria Casares à propos du festival d'Avignon

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=8&cs_order=0&num_notice=62&total_notices=453

Yolande Bignères à propos du financement du festival d'Avignon

http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=festival+d%27Avignon&cs_page=9&cs_order=0&num_notice=69&total_notices=453

Les hérauts du Festival d’Avignon V





Vous pouvez utiliser ces photos en les citant :
« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Guillaume David.
Veuillez nous signaler leur utilisation : damien.malinas@univ-avignon.fr Merci.


On voit ici le Festival d’Avignon éprouver ses plus jeunes participants dans une des formes les plus précoces de transmission et d’autonomie face à la culture: les parents apprennent aux enfants à « aller donner une pièce » et que ce que l’on voit prend, de fait à ce moment, une valeur. Pour les enfants, c’est une petite épreuve où on les pousse à aller au centre de cette scène en rotonde délimitée par le corps des spectateurs attroupés et à mettre une pièce dans un chapeau. C’est une pratique qui les met en jeu à la fois individuellement et au sein d’un groupe : le petit héraut fait alors partie intégrante du spectacle lorsqu’il se retrouve face au chapeau, qu’il tend sa pièce, qu’il inspecte, qu’il évalue, qu’il regarde s’il est regardé et s’il fait comme il faut. De retour dans le groupe, il arrive qu’il s’interroge : quelle est la valeur de ce qu’il vient de voir, quelle est la valeur de sa participation ? Durant ces petites épreuves, il apprend à prendre sa place de spectateur au milieu d’un public. Notons qu’il n’est pas rare de voir un de ces enfants revenir près de ses parents et leur demander de nouveau de l’argent pour retourner au chapeau ; difficile de savoir si c’est simplement pour revivre cette expérience ou bien s’il estime que la première pièce était insuffisante pour rémunérer la performance à laquelle il a assisté et participé.

Les hérauts du Festival d’Avignon IV







Vous pouvez utiliser ces photos en les citant :
« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Guillaume David.
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les hérauts du Festival d’Avignon III







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« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Guillaume David.
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Les hérauts du Festival d’Avignon II







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« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Guillaume David.
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Les hérauts du Festival d’Avignon I







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« Enquête sur les publics du Festival d’Avignon » Emmanuel Ethis, Jean-Louis Fabiani, Damien Malinas-Veux – photo prise par Guillaume David.
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